Bénin

Une seconde chance pour les enfants exploités et vulnérables au Bénin

Par Alex Duval Smith

Le rapport phare de l'UNICEF, « La situation des enfants dans le monde 2012 : les enfants dans un monde urbain », sera publié le 28 février, et axé sur les enfants en milieu urbain. Un milliard d'enfants vivent en milieu urbain, et ce nombre croît rapidement. Pourtant, les disparités au sein des villes révèlent que beaucoup d'enfants n'ont pas accès à l'école, aux soins de santé et à l'assainissement, bien qu'ils vivent à proximité de ces services.

COTONOU, Bénin, 24 février 2012 – Honorine Noudjèmèdji, 14 ans, vendeuse de pain, zigzague adroitement dans Dantokpa, l'un des plus gros marchés de la capitale du Bénin. De hautes piles de pain sont entassées sur sa tête, à la hauteur des yeux des clients.

VIDÉO : 4 février 2012 – Le correspondant de l'UNICEF, Patrice Brizard, fait le point sur l'aide apportée par l'UNICEF aux enfants vulnérables du Bénin, reportage au Bénin Suzanne Beukes.  Regarder dans RealPlayer

 

Honorine est comme les millions d'enfants dans le monde qui survivent dans les bidonvilles ou autres environnements urbains difficiles. D’après les données, l'urbanisation s'accélère, ce qui signifie que de plus en plus d'enfants vulnérables vont grandir dans les villes, à proximité des services de santé et d'éducation, auxquels trop souvent ils n'ont pas accès. Le Bénin, dont l’économie est faible et les frontières poreuses, compte des milliers d’enfants victimes de la traite et de l’exploitation au travail. Il est estimé que 600 000 enfants sont impliqués dans le travail des enfants dans le pays, dont une grande partie en milieu urbain comme à Cotonou ou d’autres villes. 

Un répit pour les enfants qui travaillent

Si Honorine vend deux plateaux pleins par jour, le boulanger lui paye 600 francs CFA (1,20 dollars des É.-U.), soit 10 pour cent du prix de vente. Mais dernièrement, Honorine ne vend qu’un plateau par jour, manquant le travail pour apprendre. Elle fréquente un centre voisin tenu par les soeurs salésiennes. En y arrivant, Honorine pose son plateau de pain sur un tabouret, puis s’assoit pour étudier près d’un tableau recouvert de mots. Là-bas, elle apprend à lire et à écrire et acquiert des savoir-faire utiles comme la couture et le perlage.

« Je ne suis jamais allée à l’école mais j’aimerais bien », dit-elle. « Je connais des enfants qui vont à l’école. Je ne sais pas ce qu’ils font là-bas, mais ça a l’air bien, un peu comme ici. Ici j’ai appris à lire, à coudre ».

Les cours ont lieu dans un simple conteneur, l’un des trois centres d’accueil de ce type appuyés par l’UNICEF au Bénin. Les enfants qui travaillent ou vivent dans la rue peuvent s’y rendre pour apprendre, jouer, ou dormir. Comme le dit Mary Chabi, responsable de la protection de l’enfance pour l’UNICEF au Bénin, il s’agit pour eux d’une « seconde chance de vivre leur enfance ».

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
À Porto Novo, au Bénin, l'UNICEF appuie le travail d'organisations comme les soeurs salésiennes de Don Bosco, qui aident les enfants des rues, les survivants des mauvais traitements et les victimes de la traite des enfants.

Les enfants ont des droits

Les enfants qui travaillent sont souvent privés de leurs droits, et beaucoup ne savent même pas qu’ils ont des droits. Le centre d’accueil a pour objectif de changer cela.

« Ils ne savent pas qu’ils ont le droit d’aller à l’école, de manger, d’être protégés », affirme Mary Chabi. « Lorsqu’ils viennent au centre, ils commencent à prendre conscience qu’ils manquent de beaucoup de choses, qu’ils ont le droit de planifier leur avenir, que leur vie peut ne pas se résumer à être des personnes exploitées par d’autres personnes ».

Les parents doivent être sensibilisés aux droits des enfants également.

« De nombreux parents ne savent pas non plus que leurs enfants ont des droits », explique Mary Chabi. « Ils considèrent l’enfant comme leur propriété. Ils ne réalisent pas que les enfants ont besoin d’apprendre ».   

Claudine Bohissou, agent communautaire, connait Honorine depuis deux ans. « Elle est d’abord venue avec sa soeur ainée, puis je ne l’ai pas vue pendant un moment… Quelques temps plus tard, elle a été accusée de vol chez elle et s’est enfuie ici pour ne pas être battue par ses frères. Désormais elle vient ici presque tous les jours. Mais elle ne reste jamais très longtemps car elle doit vendre son pain ».

Claudine Bohissou a essayé de convaincre Honorine d’amener sa mère au centre.

« Dès que nous le pouvons, nous parlons aux parents, aux tuteurs ou aux patrons pour essayer de les convaincre des avantages d’un minimum d’enseignement ou de formation… mais nous connaissons aussi des déceptions. Récemment, une fille qui venait régulièrement a cessé de venir. J’ai appris qu’elle avait été envoyée dans un village pour être mariée. Elle n’avait que 12 ans ».

Prendre conscience de l’importance de l’éducation

Alors que Claudine Bohissou s’apprête à donner un cours de perlage, une femme en colère arrive au centre. Il s’agit de la mère d’Honorine, Jeanette Olègbèyè. C’est la première fois que Claudine Bohissou rencontre la mère d’Honorine, et, à en juger par l’expression de Jeanette Olègbèyè, cette dernière souhaite que sa fille retourne au marché avec son plateau de pain.

Mais la colère de Jeanette Olègbèyè se dissipe lorsqu’elle est complimentée au sujet du collier et du bracelet de perles qu’elle porte. Honorine les lui a fait au centre. 

Puis elle reconnaît que « le comportement d’Honorine s’est beaucoup amélioré depuis qu’elle vient ici… Elle fait beaucoup plus attention à son argent. Maintenant elle sait aussi écrire « 1, 2, 3, 4, 5 » et même plus… Lorsque je lui ai demandé où elle avait appris cela elle m’a répondu « dans cet endroit où je vais ». Alors je dois admettre que cela semble être une bonne chose ».


 

 

Recherche