Bangladesh

L’histoire de Shetra : la vie d’un enfant du Bangladesh victime d’exploitation sexuelle

Image de l'UNICEF
© UNICEF Bangladesh/2008/ Noorani
Une maison close au sud du Bangladesh. Selon une récente étude d’UNICEF Bangladesh, l’âge moyen au cours duquel les enfants deviennent victimes d’exploitation sexuelle à des fins commerciales est de treize ans.

Le troisième Congrès mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants, qui doit se dérouler du 25 au 28 novembre 2008 au Brésil, a pour but de favoriser la coopération internationale afin que soit menée une action plus efficace contre l’exploitation sexuelle. Voici un des reportages de la série consacrée à ce sujet.

BARISAL, Bangladesh, 19 novembre 2008 – Une récente étude de la mission de l’UNICEF au Bangladesh révèle que l’âge moyen à partir duquel les enfants deviennent victimes d’exploitation sexuelle à des fins commerciales est de 13 ans. 

Bien que la violence sexuelle touche toutes les couches de la société, elle reste au Bangladesh un sujet tabou dont personne ne parle. Résultat : les nombreux enfants exploités à des fins commerciales par l’industrie du sexe ne le disent à personne.   

L’ONG AVAS (Association of Voluntary Action for Society) s’occupe d’un centre de jour qui reçoit le soutien du programme contre le VIH/SIDA de l’UNICEF. Grâce à ce centre de jour, les personnes se livrant au commerce sexuel peuvent disposer de préservatifs pour se protéger d’une infection par VIH ainsi que de diverses prestations médicales de base, d’aide psychosociale et d’informations sur le VIH.

L’histoire de Shetra

Récemment, une adolescente de 13 ans du nom de Shetra, victime d’exploitation sexuelle, a été découverte dans un hôtel par un éducateur de son âge appartenant à l’ONG  AVAS. Voici son histoire, telle qu’elle a été racontée à Kathryn Seymour, de l’UNICEF :

« Mon père est mort à l’âge de six ou sept ans si bien que ma mère a toujours dû travailler pour nous faire vivre. Quand ma mère va au travail, je m’occupe de ma plus jeune sœur qui a seulement onze mois. Mon autre sœur a huit ans.

« Nous vivons toutes les quatre dans une maison que nous louons à Barisal mais le loyer est très élevé. Souvent, le travail de ma mère comme femme de ménage ne lui rapporte pas assez d’argent et la situation devient difficile. Parfois, nous n’en avons pas assez pour nous nourrir ou payer le loyer. Récemment, je me suis mise à me dire que je devrais vraiment gagner de l’argent pour nous sortir de là et alors j’ai décidé de chercher un travail.

« Pendant une courte période, j’ai eu un travail comme femme de ménage. Mon employeur me battait et me donnait seulement un repas par jour. Alors je suis partie. Deux mois plus tard, j’ai commencé à me livrer au commerce sexuel.

« Ma mère ignore où je vais quand je sors pour rencontrer des hommes. Je lui dis que je vais voir une amie. Quand je lui donne ensuite l’argent et qu’elle me demande d’où il provient, je lui raconte que j’ai trouvé un travail sur les chantiers, le long des routes, et que je taille des briques. C’est ce que je raconte à tout le monde.

Comment tout a commencé

« J’ai commencé à me livrer au commerce sexuel à cause d’un de nos voisins. C’était un ami proche de ma famille et je l’appelais « tonton » même si nous n’étions pas parents. Un jour, il m’a appelée pour me dire qu’il y avait quelqu’un chez lui dont je devais faire connaissance. Quand je suis entrée dans sa maison, il m’a présentée à un homme en me disant que je devais également l’appeler « tonton ». 

« Nous sommes allés ensemble dans un hôtel et cela a été ma « première fois ». Cela m’a fait très mal. Depuis ce moment, deux ou trois fois pas semaines, je vais à l’hôtel avec ce tonton.  Une fois, il m’a emmenée chez lui alors que personne d’autre ne s’y trouvait. Je suis allée dans d’autres hôtels et parfois dans des maisons privées quand les épouses n’étaient pas là. »

« Normalement, ce sont les hommes mûrs qui s’adressent à moi.  Je pense qu’ils ont généralement plus de quarante ans. D’habitude, mon voisin m’appelle quand il y a un homme pour moi. Je ne pas s’il pas s’il appelle d’autres filles mais c’est très possible.

 « Je voudrais  bien m’arrêter de faire cela mais je ne sais pas comment m’y prendre car ma mère a besoin d’argent. Je ne veux pas continuer car je sais qu’alors je n’aurais aucune instruction. Mais j’ai besoin d’aider ma famille. »


 

 

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