Afghanistan

En première ligne dans la lutte pour l’éradication de la polio en Afghanistan

Par Rajat Madhok

En Afghanistan, où la pauvreté et l’insécurité sont un problème malheureusement bien connu, des mobilisateurs sociaux mènent une lutte discrète pour éradiquer la polio. 

KANDAHAR, Afghanistan, 23 octobre 2013 – Éradiquer la polio en Afghanistan – un des trois seuls pays du monde où cette maladie reste endémique – est une bataille qui se déroule chaque jour à travers le pays. Dans le contexte plus large d’instabilité et de souffrances qui continue d’attirer l’attention du monde entier, c'est aussi un combat en grande partie invisible.

Mais, dans cet environnement, il y a des hommes et des femmes qui luttent contre les obstacles sociaux et culturels et y consacrent de longues heures, en essayant d’améliorer les choses dans ce qui est un véritable combat entre la vie et la mort. Ils vont de maison en maison, de village en village et d’une mosquée à l’autre pour insister sur l'importance de l'éradication de la polio. Malgré les menaces de mort et la crainte d’être rejetés par la société, ces personnes vouées tout entières à leur cause ne se laissent pas décourager et leur objectif est clair : débarrasser leur pays une bonne fois pour toutes de cette maladie mortelle.

L’UNICEF a rencontré quelques-uns de ces héros et héroïnes pour les faire parler du travail qu’ils accomplissent et des problèmes auxquels ils doivent faire face, jour après jour. Voici quelques extraits de leurs interviews.

© UNICEF Video
Malgré les menaces de mort et la crainte d’être socialement rejetée, Rahila travaille comme mobilisatrice en faisant du porte à porte pour vacciner les enfants de moins de cinq ans contre la polio.  Télécharger cette vidéo

 

Rahila* est mobilisatrice sociale contre la polio :

Trois jours avant le début de la campagne de vaccination, nous allons de maison en maison pour faire des marques sur les maisons. Chaque symbole sur le mur ou la porte correspond à un enfant appartenant à ce foyer. Les vaccinateurs vaccinent tous les enfants âgés de moins de cinq ans.

Dans certains secteurs où nous travaillons, des familles ne nous permettent pas de vacciner leurs enfants. Certaines communautés n’aiment pas les femmes qui vont dans les rues de maison en maison. La principale difficulté pour les mobilisateurs sociaux et les vaccinateurs est que, parfois, les familles pensent que le vaccin n’est pas une bonne chose pour leurs enfants. Ou alors, elles se plaignent des campagnes trop fréquentes et dans ce cas, nous, les vaccinateurs et les mobilisateurs sociaux, devons leur expliquer pourquoi il est tellement important de vacciner chaque enfant lors de chaque campagne. Nous devons aussi les convaincre que le vaccin est sans danger pour leurs enfants.  

En tant que femme, travailler à Kandahar est très difficile. Tout d’abord, la plupart des femmes doivent convaincre leurs propres familles qu’il s’agit d’une bonne action pour une bonne cause, que c’est sûr et que nous travaillerons essentiellement avec d’autres femmes.

Je travaille à présent comme mobilisatrice sociale contre la polio depuis quelques années et je continue à être confrontée à des difficultés quand j’accomplis ma tâche dans les communautés. Je suis souvent critiquée pour travailler à l’extérieur de la maison et pour participer à ce programme mais je continue à m’y consacrer parce que je crois que j’ai le droit d’aider à améliorer la vie de ma communauté. Je crois aussi que c’est le droit des enfants d’être protégés contre la polio.

© UNICEF Video
Mullah Abdul Rauf, directeur d’une médersa (une école religieuse), et Gul Mohammad, un chef de communauté, s’emploient à dissiper les craintes et les préjugés portant sur le vaccin contre la polio.  Télécharger cette vidéo

 

Mullah Abdul Rauf est directeur d’une médersa (une école religieuse islamique) et soutient les actions menées pour éradiquer la polio :

À l’origine, les médersas étaient opposées à la vaccination et elles exhortaient les parents à ne pas vacciner leurs enfants. Par la suite, elles ont fini par comprendre que, dans la sharia, il n’y a rien qui interdit ceci. Les rumeurs circulant dans la communauté étaient que ces vaccins étaient néfastes et pouvaient nuire à la fécondité des enfants. De nombreux  mollahs et de nombreuses médersas disaient aussi aux gens que ces vaccins étaient interdits par l’Islam. Nous n’étions pas en situation de dire que ces vaccins étaient une bonne chose simplement parce que nous n’avions pas assez d’informations.

La question de la vaccination a été examinée avec les religieux et les spécialistes de l’Islam et il en est ressorti que la vaccination était favorable au bien-être des enfants. Il est conforme à l’Islam et au droit humanitaire que tous les enfants soient vaccinés. 

Il est de notre responsabilité de protéger nos enfants de maladies dangereuses comme la polio.

© UNICEF Video
Un élève se porte volontaire pour devenir mobilisateur social pour la vaccination contre la polio et découvre que son cousin n’a pas été vacciné.  Télécharger cette vidéo

 

Gul Mohammad est un chef de communauté qui se consacre à l’information de la population sur l’importance de l’éradication de la polio :

Il y a tellement de familles qui refusent la vaccination. Beaucoup de gens la détestent. Le mollah Molvi s’est rendu dans notre communauté et nous a convaincus qu’il n’y avait rien de négatif dans les vaccins et que des vaccinations faites au bon moment protègeraient nos enfants d’une infection causée par le virus de la polio.

Depuis que le mollah Molvi est venu parler dans notre communauté, nous avons changé d’avis et mes enfants sont tous vaccinés. Nous participons aussi à des réunions et nous parlons aux autres des bienfaits de ces vaccins.

En 2012, un total de 37 cas confirmés de polio ont été signalés en Afghanistan, une réduction significative par rapport aux 80 cas signalés l’année précédente.

À la date du 19 octobre, huit cas confirmés de polio ont été signalés cette année en Afghanistan. Les zones du sud de l’Afghanistan où la polio est endémique n’ont pas signalé de cas de polio sur les dix derniers mois.

* Le nom a été modifié


 

 

Photographie : Atteindre chaque enfant

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