Afghanistan

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7 mai 2005 : lettre de Kaboul

Image de l'UNICEF
© UNICEF Afghanistan/2004
Edward Carwardine en compagnie d'enfants afghans.

Par Edward Carwardine

Edouard Carwardine est responsable de Communication à  l'UNICEF en Afghanistan. Récemment, à l'occasion d'un déplacement de terrain dans le pays, il a visité deux écoles très différentes, aidées par l'UNICEF.Ce qui suit est un journal au quotidien de son voyage.

Il y a des fois,alors que je vis ici en Afghanistan, ou je pense que ce pays n'est pas si différent de la maison au Royaume-Uni.

Prenez les plombiers par exemple. Quand ils viennent, ils font quelques trous dans le mur et disparaissent pendant une semaine. En ville, les chauffeurs de taxi roulent à vive allure ne prêtant aucune attention aux feux ou aux rues en sens unique. Et les techniciens réparateurs de télévision, ils  prennent deux secondes à titiller les câbles ou l'antenne puis présente une facture d'honoraires exorbitante. Cela ne vous semble pas familier ?

Aujourd'hui, alors que je roulais en direction de la province de Parwan, à une heure environ de Kaboul, j'ai de nouveau été frappé des ressemblances entre l'Afghanistan et mon ancienne maison,  bien que cette fois-ci pour des raisons plus agréables. Le paysage passe d'un plateau verdoyant et luxuriant, profitant d'un des hivers les plus humides dans les annales, à des versants de montagne escarpés qui me rappellent les montagnes d'Écosse.

Je me déplaçais pour visiter une école dans une communauté et soutenue par l'UNICEF dans le cadre d'un nouveau programme conçu pour faciliter l'éducation des filles dans les villages.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Afghanistan/2005/Carwardine
Les filles de l'école communautaire de Khan Baiee, au coeur de l'Afghanistan rural, écoutent d'une oreille attentive la leçon apprise par une jeune femme du village. Soixante filles suivent maintenant ce projet soutenu par l'UNICEF.

Blotti à mi-chemin en haut d'une pente, le village de Khan Baiee, une communauté agricole composée de quelques maisons en pierre au-dessus d'une rivière au cours rapide. Il n'y a jamais eu d'écoles ici, jusqu'à ce que Mohammad Sadiq revienne après avoir été réfugié en Iran l'année dernière. Il avait alors pu constater l'intérêt de l'éducation  et était déterminé à trouver un moyen pour que les enfants de son village puissent aller en classe.

Avec l'aide du Conseil du village (Shura), il s'est adressé au département local de l'Éducation et en mars il ouvrait une salle de sa propre maison à 25 filles, principalement âgées entre 6 et 14 ans. Le professeur était l'une de ses filles, qui a terminé le collège. L'UNICEF a fourni les livres et les cahiers.

En quelques semaines, le registre scolaire enregistrait environ 60 noms, comme les enfants de quatre autres villages de la vallée ont commencé à venir. La deuxième fille de Mohamed Sadiq s'est portée volontaire pour travailler comme enseignante supplémentaire, et maintenant ils sont trois enseignants. Les deux jeunes enseignantes vont bénéficier d'une formation spéciale grâce à l'UNICEF en juillet.

C'est une idée toute  simple, mais pour la première fois de leur vie, ces filles apprennent à lire et à écrire, et elles attendent le jour où peut-être Khan Baiee aura sa propre école véritable.

A 15 ans, Adila fait partie des filles les plus âgées de l'école. Toute sa vie elle a été occupée aux tâches domestiques, jusquà cette année où sa famille a accepté de la laisser aller en classe. Elle a appris l'alphabet en tout juste un mois, et s'efforce maintenant de composer des mots. Cela ressemble à un défi, mais Adila insiste, car elle trouve cela plus facile que ce qu'elle croyait. C'est intéressant, pas ennuyeux comme le travail à la maison. « Comment quelque chose d'aussi intéressant pourrait il être ennuyeux ? » dit elle.

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© UNICEF Afghanistan/2005/Carwardine
Ex enfant soldat Amin montre comment écrire son nom dans son Dari natal dans un projet soutenu par l'UNICEF ldans la province de Parwan. Il y a trois mois, Amin ne savait ni lire ni écrire le moindre mot.

A tout juste 40 km en direction de Kaboul, une autre forme d’éducation est en cours d’expérimentation. Dans le marché de la ville de Charikar, près de 200 ex enfants soldats et adolescents déscolarisés sont inscrits dans un projet UNICEF qui combine à la fois formation professionnelle et alphabétisation.

Les formations vont  de la couture à la réparation de motos,  et tirant parti des nouvelles possibilités qui s'offrent aux femmes, les 94 filles qui participent au projet ont même la possibilité de suivre une formation d'esthéticienne.

Amin, 17 ans était autrefois cuisinier dans une unité militaire locale, sa conscription dans la milice lui otant toute chance d'aller à l'école. Il a rejoint le projet en février, incapable d'écrire un mot dans sa langue maternelle. Aujourd'hui il écrit fièrement et distinctement son nom au tableau.

« Avant je n'avais aucune possibilité, aucune idée de ce que j'allais faire. Sans éducation, qu'est ce que j'allais devenir ? Maintenant c'est différent, » dit il en écrivant à nouveau son nom pour moi. « Et un homme éduqué cela attire plus de femmes en quète de mariage. » Ses camarades éclatent de rire.

Sur la route du retour à Kaboul, les cieux s'entrouvrent libérant la pluie. Une averse torrentielle début mai ? Décidemment, ce pays ressemble plus ma patrie que je ne  pouvais l'imaginer.


 

 

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