Turquie

La grippe aviaire endeuille une famille de l’est de la Turquie

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L’année dernière, la grippe aviaire a tué Fatma, la fille de Mehmet Emin Ozcan, après qu’elle eut touché un canard infecté par le virus. Son frère Muhammed, 5 ans, a été lui aussi infecté. M. Ozcan tient la photo de sa fille parue dans un journal.

Par Thomas Nybo

PROVINCE VAN, Turquie, 18 janvier 2007 – Au pied du Mont Ararat, dans l’est de la Turquie, un père essaie d’accepter la mort de sa fille de 16 ans, Fatma. Un an après sa mort, causée par la grippe aviaire, Mehmet Emin Ozcan semble toujours hébété et il refuse de croire les médecins qui lui disent que sa fille est devenue malade après avoir manipulé un canard malade dans la cuisine de la famille.

Les experts sanitaires pensent que le virus de la grippe aviaire infecte de nombreux enfants comme Fatma parce que ce sont souvent eux qui s’occupent de la volaille domestique, eux qui la nourrissent, qui nettoient les cages et ramassent les œufs. Les enfants plus petits sont aussi en danger car ils aiment bien prendre un de ces oiseaux comme animal domestique.  


Une perte soudaine

M. Ozcan n’a que 45 ans mais son visage buriné témoigne d’une vie dure passée en plein air dans un environnement hostile. Sa première femme est morte à l’hôpital – le même hôpital où les médecins voulaient envoyer sa fille lorsqu’elle était malade --  et les explications qu’ils lui fournissent sur la mort de sa fille, la préférée de ses enfants, ne lui paraissent guère satisfaisantes.

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Muhammed, 5 ans, le frère de Fatma, lui aussi été infecté mais après 17 jours d’assistance respiratoire, il a réussi à s’en tirer
« Elle est morte brutalement et personne ne m’a expliqué comment elle est devenue malade », dit M. Ozcan. « C’est Dieu qui a décidé, je pensais ‘ Fatma est l’enfant que j’aime le plus !’ Mais Dieu a décidé de me la prendre ». Les seules photos qu’il a de sa fille sont celles qui sont parues dans les journaux et prises quelques jours avant sa mort.
M. Ozcan a cinq autres enfants. L’un d’eux, Muhammed, 5 ans, a lui aussi été infecté mais il a survécu, grâce à une assistance respiratoire qu’il a fallu maintenir pendant 17 jours.
« Muhammed aussi était malade, mais il n’est pas mort », dit M. Ozcan en regardant son fils, assis près du chauffage dans la pièce principale. « Dieu nous a rendu sa vie ».

Messages de prévention

A cause de sa situation géographique – à cheval sur l’Asie et l’Europe et pas très loin de l’Afrique, la Turquie se trouve sur le passage de nombreux oiseaux migrateurs. On pense que des oiseaux infectés ont transmis le virus aux volailles domestiques, souvent élevées par des communautés pauvres. Les médecins font valoir que les quatre enfants qui sont morts en 2006 ici avaient été très proches de canards ou poulets domestiques. 

Après la flambée épidémique de l’année dernière, des millions de poulets et autres volatiles ont été abattus dans les pays touchés, Turquie comprise.  

L’UNICEF travaille étroitement avec le Gouvernement de Turquie pour informer la population, en particulier les gens qui élèvent de la volaille chez eux, des précautions à prendre en matière d’hygiène et des mesures de protection indispensables. L’UNICEF a intégré six messages dans six annonces de service public différents qui ont été données aux chaînes de télé nationales et locales.

Les autorités religieuses ont également été encouragées à mentionner ces messages dans leurs sermons.

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Une des stratégies contre la grippe aviaire consisterait à construire de grands élevages de volailles qui soient hermétiquement protégés du monde extérieur.
« Dans ces messages, nous nous concentrons vraiment sur la prévention », dit Sema Hosta, responsable de la communication à l’UNICEF. « Nous leur disons de tenir leurs enfants à l’écart des poulets et de tous les volatiles et de se laver les mains avec de l’eau et du savon. Nous devons apporter les informations correctes sur la prévention en temps voulu et en nous concentrant surtout sur les enfants eux-mêmes ».
Eviter une pandémie mondiale   D’autres mesures ont été prises. Le gouvernement met sur pied un laboratoire dans  l’est du pays qui pourra diagnostiquer rapidement tout nouveau cas dans la région à l’aide des mêmes équipements de dépistage que ceux qui sont utilisé dans les plus grands labos du monde. Le gouvernement tente aussi de limiter les contacts entre la volaille domestique et les oiseaux sauvages. L’une des stratégies consiste à construite de vastes élevages de volaille qui soient fermés hermétiquement. Une ferme de ce type aux abords d’Ankara abrite plus de 100 000 poulets mais six personnes seulement suffisent pour s’en occuper.
En dépit de tous ces progrès, de graves menaces persistent. On a décelé de nouveaux cas de grippe aviaire chez les humains en Asie en 2007, et les spécialistes de la santé affirment que si une souche humaine apparaissait, une épidémie mondiale pourrait tuer des millions de personnes.
Contrairement aux vaccins contre la grippe saisonnière, dont on ne manque pas, un vaccin qui soit efficace contre un virus pandémique n’est pas prêt à une production commerciale et il faudrait des mois, après le début de la pandémie, avant qu’il soit disponible en vastes quantités.



 

 

Vidéo (en anglais)

16 décembre 2006:
Le correspondant de l’UNICEF Thomas Nybo présente un reportage sur un père de Turquie dont la fille a été emportée par la grippe aviaire.
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