Tunisie

Une école pour panser les maux et apprendre des mots

Image de l'UNICEF
© UNICEF Tunisie/2011/Mounira
Cours de rattrapage scolaire pour des élèves lybiens réfugiés en Tunisie.

par Mounira Ben Amor

RAS JDIR, Tunisie, 8 août 2011 - Dans une école primaire d’El Hamma, un bâtiment historique du 19e siècle, des enfants jouent dans la cour, d’autres plus studieux récitent l’alphabet, sous l’œil attentif d’une institutrice. Dans une autre classe, des mélomanes en herbe s’exercent à l’art du violon et du luth.

Une éducatrice pédagogique donne quelques conseils à un groupe d’enfants réunis autour d’une table pour décider du dessin, choisir les couleurs. « Le plus important, c'est qu’ils optent pour une activité qu’ils aiment, où ils se sentent bien », explique Nadâa dans un arabe teinté d'un accent libyen.

La scène pourrait se dérouler dans n’importe quel pays. Elle serait alors banale. Mais elle est insolite et singulière en Tunisie ; d’abord, parce qu’en cette période estivale, les écoles sont fermées et les enfants sont en vacances. Ensuite, parce que les élèves qui fréquentent ces écoles ne sont pas des petits tunisiens mais des enfants d’origine libyenne, et parlent le berbère en plus de l’arabe.

Récit d’une expérience humaine et solidaire

Six centres de ce type sont aujourd’hui implantés dans les gouvernorats de Tataouine, Médenine et Gabès. Cette région proche de l’ouest libyen connait une forte concentration de réfugiés fuyant les combats qui sévissent depuis plus de 4 mois dans leur pays. Leur nombre est estimé à plus de 50 000 dont plus de 7 000 sont enfants de moins de 5 ans.

Une fois l’urgence de l’installation dans des conditions décentes de ces familles résolue -la majorité étant accueillie par des familles tunisiennes- le premier défi qui se présente dans cette situation d’urgence est de rendre le droit à l’éducation  accessible à leurs enfants qui en sont temporairement privés.
 
Le Ministère de l’éducation tunisien joue la carte de l’efficacité : des élèves libyens intègrent les écoles tunisiennes, bénéficient de cours de rattrapage accélérés et passent les examens de fin d’année. « 10 000 copies du programme des épreuves sont imprimées avec l’appui de l’UNICEF et distribuées dans les centres d’examens à travers tout le pays. Rien que dans la région de Tataouine, 52 centres ont accueilli 1724 élèves» nous dit le coordonnateur pédagogique tunisien du projet à Tataouine.

Mais la réponse aux situations d'urgence ne suffit pas

Image de l'UNICEF
© UNICEF Tunisie/2011/Mounira.
« La danse du canard » interprétée par des enfants lybiens réfugiés en Tunisie.

« Une fois l’effervescence des épreuves de passage de classe dépassée, nous nous sommes retrouvés confrontés à trois problèmes : d’abord, les cours dispensés dans l’urgence sont en deçà de la qualité requise ; ensuite, à partir de la 2e semaine de juillet, environ 4000 enfants se trouveront inoccupés ce qui est déconseillé dans leur situation ; enfin, les épreuves de la 9e année auront lieu au mois de septembre et les élèves concernés ne sont pas bien préparés», ajoute son homologue libyen.

En réponse à ce constat, le Ministère de l’éducation avec l’appui de l’UNICEF, de la Confédération Suisse et d’autres partenaires a mis en place un programme scolaire et récréatif en concertation avec les responsables pédagogiques libyens. Soutien scolaire et préparation aux examens pour les grands, programme préscolaire dans des «espaces amis des enfants » pour les plus petits et animation récréative pour tous, constituent les 3 volets du projet. 

En plus de l’enseignement des mathématiques, de l’arabe, de l’anglais, de l’informatique et une initiation au français, les équipes d’encadrement, au travers d’activités multiples et variées tant dans leur genre que dans leur forme, tentent de procurer à chaque enfant des moments de détente, de découverte et de bien-être physique et mental.

« Les mots manquent pour vous décrire les bienfaits sur mon enfant et sur beaucoup d’autres enfants libyens », nous confie Aberrahman père de Douâa , une petite fille de 11 ans qui fréquente le centre Al Faleh dans la région de Tataouine. « Au début de notre arrivée ici, elle ne quittait pas la maison. Elle restait rivée devant la télévision à suivre les informations. Ce n’est pas une vie pour un enfant. Le centre constitue une chance pour eux d’échapper au cycle de la guerre et de ses atrocités et de reprendre leurs cours pour ne pas rater l’année scolaire ».

Le climat de confiance qui règne dans les centres ne s'est toutefois pas instauré sans résistance. Au début de la première semaine de cours les parents ont demandé que les garçons et les filles soient séparés .Demande refusée. « Aujourd'hui, une telle requête serait impensable », dit Med Hédi professeur d’expression corporelle. « Cette activité, interdite en Lybie, m’a réconciliée avec mon corps », confie Saida une jeune fille de 13 ans originaire de Djebel Nafousa. « J’ai vu tellement de corps nus, mutilés…. »
L’histoire de Salem, 14 ans,  est similaire à l'expérience vécue par des centaines d’enfants qui ont été sévèrement traumatisés par le conflit. Leurs histoires se ressemblent. Tous ont côtoyé la mort, croisé la peur et connu la souffrance. Leur quotidien est très dur mais dans le centre, « une leçon de français, une cour pour jouer, de la musique », explique Sawssen qui nous accueille avec un « bonjour » retentissant, « voilà ce qu'il me faut pour être à nouveau heureuse ».

Ces centres constituent des bouées de sauvetage auxquelles, enfants et adultes s’accrochent. Tous craignent la fin du projet et appréhendent avec angoisse le vide que ces centres, une fois fermés, laisseront.
Mais en attendant, les enfants continuent à courir dans la cour comme pour rattraper une enfance volée.

La situation politique en Libye est toujours instable et la crise risque de durer au-delà du mois de septembre. Pour faire face à ce défi fort probable le Ministère de l’éducation, l’UNICEF et d’autres partenaires travaillent d’ores et déjà à la manière d’intégrer les enfants réfugiés, quelle que soit leur nationalité, dans des programmes scolaires réguliers dès la rentrée, à la mi-septembre 2011.


 

 

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