Tadjikistan

Dans les campagnes du Tadjikistan, les élèves apprennent la «règle numéro un» pour ne pas tomber malades

Image de l'UNICEF
© UNICEF Tajikistan/2007/ Ayisi
Des élèves donnent une présentation sur l'eau, l'hygiène et l'assainissement dans une école rurale du Tadjikistan.

Le rapport annuel de l’UNICEF La Situation des enfants dans le monde, lancé le 22 janvier 2008, exhorte la communauté internationale à s’unir pour la survie de l’enfant.  Voici une des histoires d'une série liées à la publication du rapport.

ISFARA, Tadjikistan, 10 Mars 2008 – Le lycée du village d’Aerport Mahalla du district d’Isfara, au nord du Tadjikistan et au milieu des montagnes aux sommets enneigées du Turkestan, est plus simplement connu sous le nom d’ « Ecole 57 ». Cependant, pour les quelque 400 familles habitant le village, l’Ecole 57 est en partie responsable de la baisse des taux de maladies diarrhéiques chez les enfants. Depuis 2002, elle sert de cadre à un programme pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène. Celui-ci a transformé la façon dont les élèves de l’école conçoivent les questions fondamentales de santé pour leur  village.

Les soeurs Amakova, Tahmina, 20 ans, Parveena, 18 ans, et Madina, 14 ans, toutes trois élèves à l’Ecole 57, vivent avec leurs parents dans une maison qui, à l’intérieur, n’a ni toilettes ni eau courante. Cette situation est banale dans les campagnes du Tadjikistan où moins de la moitié de la population dispose d’installations en eau potable et d’équipements sanitaires adéquats. Une guerre civile d’une durée de cinq ans terminée en 1997 a détruit la plus grande partie des infrastructures du pays, y compris les canalisations d’eau, avec, pour résultat, la présence d’eau contaminée. La vulnérabilité du Tadjikistan aux tremblements de terre a encore accru la désorganisation des systèmes d’assainissement et d’approvisionnement en eau. Les maladies hydriques et  celles transmises par les excrétas comme l’hépatite A, la typhoïde et la diarrhée sont donc fréquentes et représentent les causes principales de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans.    

Malgré ces conditions de vie difficiles, la famille Amakova est en bonne santé et la maison et le jardin sont propres et bien entretenus. Les filles expliquent avec enthousiasme que, à l’école, elles ont appris des leçons d’une grande importance sur l’hygiène et l’assainissement. 

Les élèves suscitent de meilleures habitudes d’hygiène

Le programme de l’Ecole 57 pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène a pour but de favoriser une meilleure santé et une meilleure hygiène grâce à un cursus interdisciplinaire adapté aux enfants se déroulant sur le terrain. Il se focalise sur l’autonomie personnelle, les activités d’intérêt général et les relations interpersonnelles.  Le projet comporte sept volets, un pour chaque jour de la semaine : i) lundi : conservation sans risques de l’eau de boisson, ii) mardi : élimination sans risques des eaux usagées, iii) mercredi : élimination sans risques des excrétas humains dont ceux des enfants, iv) jeudi : élimination des déchets solides, v) vendredi : hygiène domestique et  alimentaire, vi) samedi : hygiène personnelle et vii) dimanche : assainissement et hygiène au sein de la communauté. Madina, Parveena et les autres élèves de l’école travaillent bénévolement pour participer à l’un de ces sept groupes, diriger des réunions scolaires sur des sujets donnés, afficher des « conseils de la semaine » et des informations à jour sur des panneaux affectés à l’hygiène dans les couloirs de l’école et pour réaliser de courtes animations liées à la santé sous la forme de chansons, de spectacles de marionnettes ou de poèmes pour leurs camarades. Les élèves ont également mis en place un dispositif de surveillance hebdomadaire de l’eau de boisson du village, en utilisant des bandes de papier réactives à l’H2S  pour tester la contamination bactérienne.  

Tahmina Amakova, 20 ans, qui est aussi une ancienne élève de l’école et a participé au programme, raconte comment les habitants du village ont été surpris par les résultats de ces tests.

« Nous avons découvert une eau de mauvaise qualité non seulement dans les canaux et les ariks (de petits canaux), ce qui est habituel, mais aussi dans une partie des puits que les gens considèrent comme une source d’eau sans risques. Aujourd’hui, nous faisons bouillir l’eau et nous savons que c’est la règle numéro un pour ne pas tomber malade» affirme-t-elle. Aujourd’hui, l’école met constamment de l’eau bouillie à disposition des élèves lorsqu’ils ont besoin de se désaltérer. 

« Nous faisons connaître nos conclusions aux gens du village pour qu’ils puissent se protéger des maladies infectieuses et être en meilleure santé », explique Madina, montrant comment l’école et les habitants du village travaillent ensemble sur les problèmes de santé et d’assainissement. Les habitants du village ont commencé à travailler ensemble pour nettoyer les rues et creuser des fosses pour les détritus. Une association parents-enseignants assure l’existence d’un autre lien entre l’école et le village. Par ailleurs chargée de recueillir les financements destinés à garantir la durabilité du programme d’assainissement, l’association encourage les responsables locaux à s’exprimer sur les questions d’hygiène au sein de l’école et du village  

Le programme est en train d’être progressivement étendu au reste du pays, des ONG locales formant davantage d’enseignants capables d’enseigner les méthodes d’hygiène à  leurs élèves. Aujourd’hui, l’UNICEF apporte son soutien à 360 écoles ayant dans le pays des programmes pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène. Il épaule aussi des programmes visant à la construction dans la plupart des écoles de latrines à siphon hydraulique séparées pour les filles et les garçons.  

« Les élèves sont l’élément déterminant pour le succès du programme »,  explique Ikram Davronov, un responsable récemment à la retraite du programme d’eau et d’assainissement de l’UNICEF au Tadjikistan. « Ce sont les élèves qui vont former leurs semblables, leurs parents et les autres membres de la communauté. Les enfants sont davantage réceptifs aux nouvelles idées et davantage préparés à modifier leurs habitudes. »

Un double avantage

Comme le prouvent les voix de Madina, Parveena, Tahmina et d’autres filles du district d’Isfara, le programme pour l’eau, l’hygiène et l’assainissement à l’école 57 a recueilli des résultats inattendus qui vont au-delà de la recherche d’une meilleure santé pour les élèves de l’école et du village : il a encouragé les filles à participer aux côtés des garçons à toutes les activités. Ceci est particulièrement stimulant pour les campagnes du Tadjikistan où les attitudes envers l’éducation des filles n’ont pas toujours été si positives.

Le succès de tels programmes, mobilisant les habitants et l’école, est partiellement responsable de la diminution au Tadjikistan de la propagation des maladies hydriques et de celles transmises par les excrétas. Cela a permis, en retour, l’obtention de taux moins élevés de mortalité chez les nourrissons et les enfants. Les taux de mortalité chez les nourrissons sont passés de 75 pour 1 000 naissances vivantes en 2000 à  56 pour 1 000 naissances vivantes en 2006. Au cours de la même période, le nombre de décès parmi les enfants de moins de cinq ans a aussi enregistré une diminution significative.


 

 

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