Darfour (Soudan/Tchad) - Région en crise

 

Les écoles rouvrent quelques semaines à peine après une attaque des milices au Sud Darfour

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© UNICEF Sudan/2006/Kodsi
Mariam Mohamed Omar, 15 ans, s’inquiète des effets du conflit sur son éducation.

Par Nagui Kodsi

MANAWASHI, Darfour, le 7 mars 2006 - Les enfants retournent à l’école et près de 70 pour cent des services sont de nouveau opérationnels à Mershing, Sud Darfour, quelques semaines à peine après que des milices eurent attaqué la ville et forcé 57 000 personnes à un sauve-qui-peut général.

A la fin du mois de janvier, 400 rebelles Janjaweed en armes ont attaqué Mershing, pillant et détruisant des bâtiments et terrorisant la communauté. On compte au nombre des victimes de cette attaque plus de 22 000 résidents de camps pour personnes déplacées qui avaient trouvé refuge dans cette enceinte pour échapper aux conflits.

Lorsque l’UNICEF a eu vent de cette attaque, l’organisation a envoyé une équipe pour évaluer les besoins des enfants touchés et s’efforcer d’y répondre, dans des secteurs comme la santé, la nutrition, l’eau et de l’assainissement, la protection de l’enfance et l’éducation. Depuis lors, l’UNICEF et ses partenaires se sont employés à prodiguer des services essentiels et à rouvrir les écoles dans le secteur.

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Les salles de classes des écoles de Manawashi ont servi d’abris à ceux qui avaient fui les attaques des milices dans la ville voisine de Mershing. Quelque 20 familles se sont entassées dans chaque salle de classe.

Restaurer un sens de la normalité

Mariam Mohamed Omar, 15 ans, a fui avec tous les autres lorsque les milices ont attaqué Mershing. Cette adolescente s’est rendue à pied au village de Manawashi, à 12 km de là, où les réfugiés étaient recueillis par des membres d’une communauté elle-même déplacée à la suite de violences précédentes. Les écoles et autres espaces publics ont servi d’abris, mais il y avait tellement de personnes qui fuyaient les milices que chaque salle de classe a abrité jusqu’à 20 familles, et certaines d’entre elles ont même campé sous les arbres près de la place du marché.

« Le village tout entier, le camp et le marché ont été totalement pillés et détruits », dit Mariam au bord des larmes à l’évocation de l’attaque sur Mershing. «  Rien n’a été épargné par les chameaux et les chevaux des milices. J’ai même dû leur abandonner mes livres.

« J’ai passé les trois dernières années dans le camp de Mershing », continue-t-elle. « J’ai pu continuer à aller à l’école – c’était bien. J’ai beaucoup appris à l’école mais il faut que je poursuive mon éducation. »

S’assurer que les enfants poursuivent leur éducation au cours d’une crise est un des objectifs principaux de l’UNICEF. L’école peut restaurer une certaine normalité dans une situation par ailleurs chaotique, et donner aux enfants espoir en l’avenir. À cet effet, l’UNICEF a commencé à reconstruire les écoles détruites à Mershing et à remettre en service les salles de classes de Manawashi où vivaient provisoirement les familles déplacées. L’UNICEF fournit aussi du matériel pédagogique aux enfants des deux villages.

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Les gens déplacés à cause des violences quittent volontairement Manawashi pour retourner à Mershing dans un camion du gouvernement.

Mariam est déjà retournée à Mershing et pourra y passer ses examens ce mois-ci. Candidate à l’enseignement, elle veut que tous les enfants aient accès à une scolarité normale. « La vie sans éducation, ce n’est rien », dit-elle.

Les enfants et les femmes sont les plus touchés

Bien que l’on craigne une poursuite de la violence, le Gouvernement du Soudan encourage les personnes déplacées à retourner à leurs villages et à leurs camps. Dans ce cas précis, le Gouvernement a offert le transport à ceux qui voulaient retourner à Mershing et a nommé un nouveau chef de la police pour garantir la sécurité dans le secteur.

Près de 45 000 personnes sont maintenant retournées à Mershing, alors que 6 000 ont choisi de rester à Manawashi et que 6 000 autres sont allées se réfugier dans des camps près de la ville de Nyala, à 80 km environ au sud, où les chances d’emploi sont meilleures et la sécurité peut-être meilleure. À Mershing comme à Manawashi, l’UNICEF et d‘autres organismes fournissent encore de la nourriture, des réservoirs d’eau potable, des cliniques mobiles, des latrines supplémentaires et d’autres formes de soutien aux victimes de l’attaque des rebelles en janvier.

Comme c’est le cas dans d’autres conflits, les enfants et les femmes demeurent les plus affectés par la violence au Darfour. Depuis presque trois ans, les milices Janjaweed forcent les villageois à quitter leur maison. On a évalué le nombre total de personnes touchées par le conflit à 3,4 millions, et environ 1,4 millions d’enfants de moins de 18 ans – dont plus de 500 000 de moins de cinq ans – vivent actuellement dans des camps pour personnes déplacées.

Cette année, l’UNICEF a lancé un appel pour collecter plus de 167 millions de dollars destinés à financer son travail au nord du Soudan, Darfour compris.

Contribution de Rachel Bonham Carter, depuis New York.


 

 

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