République démocratique du Congo

L'UNICEF engage les responsables communautaires et les parents à augmenter la couverture vaccinale et éliminer la polio

Par Natacha Ikoli

KAGANGA, République démocratique du Congo, 21 juin 2012 – Depuis 2010, la République démocratique du Congo (RDC) a connu 193 cas de polio.

La maladie, qui affecte le système nerveux, peut conduire à la paralysie et à un handicap à vie. Tout cela peut être évité avec seulement deux gouttes de vaccin polio oral. Toutefois, la RDC connait des taux importants de refus de la vaccination.

Vidéo (en anglais) : le reportage de l'UNICEF sur les efforts entrepris pour réduire le refus de la vaccination et améliorer la couverture vaccinale en République démocratique du Congo.  Regarder dans RealPlayer

 

Le refus de la vaccination contribue à la diffusion de la polio

La RDC avait presque réussi à se débarrasser de la polio en 2005, mais le virus est revenu par l'Angola voisin en 2006.

« Quand le virus est réapparu, l’immunité de la population était extrêmement  fragile », explique le Dr Granga Daouya, spécialiste de la vaccination à l’UNICEF. « La maladie pouvait se diffuser rapidement dans tout le pays, et malgré les nombreuses campagnes de vaccination des populations, le virus a continué de faire des victimes ».

Le refus de la vaccination a contribué à la fragilisation de cette immunité. Souvent, les gens opposent leur refus car, ils ne comprennent pas l'intérêt de la vaccination ou parce qu'ils ont entendu parlé d'effets secondaires nocifs associés à la vaccination. Dans certaines régions, l'opposition à la vaccination est largement basée sur des croyances culturelles et religieuses.

« L'un des plus grands obstacles  à l'éradication de la polio  est la difficulté de pouvoir joindre les gens d'un point de vue géographique et religieux », ajoute le Dr Daouya.

Marco Kiabuta est un chef religieux à Mukwaka, un village isolé du nord Katanga. Il a la ferme croyance que le vaccin contre la polio est inutile pour ses fidèles. « Nous avons notre foi qui nous protège… Nous ne refusons pas la vaccination parce que nous pensons que c’est un poison, mais parce que le seul docteur dont nous ayons besoin c’est Dieu », affirme-t-il.

Marco Kiabuta est une personne charismatique et son message contre le vaccin antipolio est largement entendu et suivi.

Image de l'UNICEF
© UNICEF RD Congo/2012
La polio a refait surface en République démocratique du Congo en 2006. Dans un effort pour éradiquer la maladie d’ici à 2015, l’UNICEF et ses partenaires ont mis un accent particulier sur l’implication des communautés pour améliorer la couverture vaccinale.

Méfiance à l'égard services de santé
La méfiance à l'égard des services de santé et les théories du complot ont également engendré un certain scepticisme quant à la vaccination.

À Kimvula, Étienne Makiadi Mafuta est un fonctionnaire qui se réjouit de suivre des cours d'informatique au Centre de de formation professionnelle de Kimvula. Il a également huit enfants dont deux vivent toujours avec lui à la maison. Les six autres sont partis étudier à Kinshasa.

Étienne Makiadi Mafuta persistait à refuser la vaccination pour ses enfants. « La Quinine, un médicament contre le paludisme, est donnée sur la base du poids de l'enfant. Pourquoi est-ce que l'on n'administre pas le vaccin de la même manière ? », avait-il l'habitude de dire. Pendant un temps, il s'est demandé si les vaccins administrés sans aucune considération du poids de la personne ne pourraient être fatals, et contribuer, peut être, au taux de mortalité à Kimvula.

Impliquer la communauté
Impliquer la communauté est essentiel pour mettre fin à la résistance à la vaccination et aux informations erronées. Les responsables traditionnels sont impliqués dans la promotion de la vaccination au sein de leur communauté. Les agents de santé dressent également une carte des refus afin de pouvoir cibler leur plaidoyer en faveur de la vaccination.

Les travailleurs sociaux apprennent les techniques d'écoute active, qui leur permettent de répondre aux interrogations des responsables opposés à la vaccination. D'autres activités sociales comprennent des débats publics incluant la participation de villages entiers, le théâtre de rue, le porte à porte, et les messages d'intérêt général diffusés via la radio et la télévision.

Image de l'UNICEF
© UNICEF RD Congo/2012
Un jeune homme reçoit une dose de vaccine antipolio en République démocratique du Congo. Depuis 2010, le pays a enregistré 193 cas de polio.

Ces actions ont un impact
Astrid Nsunka Muzita, qui est charge de communication pour le développement à l’UNICEF, explique que les animateurs communautaires ont permis de sensibiliser les responsables locaux. Un plaidoyer continu, des partenariats et la participation communautaire ont permis de changer l’attitude de beaucoup de communautés auparavant opposées à la vaccination.

Le chef traditionnel de Kimvula rassemble régulièrement des parents chez lui pour avoir des conversations éducatives. Au cours de ces séances, les parents peuvent poser des questions et exprimer leurs inquiétudes. Une fois qu’ils sont en confiance en ce qui concerne la vaccination contre la polio, les parents souvent deviennent réceptifs  à l’intérêt de la vaccination pour leur communauté.

Étienne Makiadi Mafuta, après avoir parlé avec un animateur communautaire et s’être impliqué dans des débats avec les responsables de sa communauté, a finalement compris l’efficacité et l’importance de la vaccination. « C’est seulement après avoir reçu des conseils que j’ai accepté de faire vacciner mes enfants. En fait, j’ai été le premier à me faire vacciner », se rappelle-t-il.


 

 

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