Par Karen Allen
KATSINA, Nigéria, 20 juillet 2012 – Les premières pluies sont arrivées dans le nord du Nigéria et des pousses de sorgho pointent hors du sol.
| VIDÉO (en anglais) : le reportage de la correspondante de l’UNICEF, Karen Allen, sur la crise de la malnutrition au Nigéria. Regarder dans RealPlayer |
Les fermiers sont optimistes et pensent que la période de pousse de cette année sera bonne - pourtant des centaines d'enfants s’entassent dans une clinique communautaire près de Katsina, pour y trouver un traitement contre la malnutrition sévère aiguë.
« Ce n’est pas qu’ils sont affamés, c’est juste qu’ils ne s’alimentent pas correctement », explique la nutritionniste en chef, Rabia Mohammed, appointé par le Gouvernement pour l’État de Katsina.
Traiter la malnutrition dans la communauté
On estime qu’à peine moins d’un quart de million d’enfants au Nigéria souffrent d’une malnutrition sévère aigüe qui pourrait les conduire à la mort.
Ici, le sorgho, la farine de maïs et le riz constituent la base du régime alimentaire. Tous riches en glucides, mais qui ne suffisent pas à eux seuls pour apporter aux enfants l’ensemble des nutriments dont ils ont besoin.
Il en résulte que des milliers d’enfants suivent maintenant un traitement dans les centres thérapeutiques ambulatoires. Ces centres font partie d’une stratégie de santé intégrée soutenue par l’UNICEF et appelée Gestion communautaire de la malnutrition sévère (CMAM).
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| © UNICEF VIDEO |
| Hauwa Nura et sa fille Mariam, âgée de 16 mois, dans le village de Gishiraina au Nigéria. Mariam souffre de malnutrition sévère aigüe. |
Les enfants attendent sous un arbre qui fait office de salle d’attente de la clinique. Tous présentent les symptômes classiques de la malnutrition aigüe : certains ont les membres enflés, un signe révélateur d'une carence protéinique ; d’autres ont des diarrhées chroniques et des vomissements. Mais leur établissement s’opère dans leur communauté plutôt qu’à l’hôpital.
À la clinique, les enfants sont régulièrement pesés, reçoivent des médicaments et sont nourris avec des suppléments alimentaires. Sur le même site, on apprend à leurs mères les règles d’une bonne nutrition et d’une bonne hygiène pour leurs enfants, et ceux-ci se voient également administrer les vaccins qu’ils auraient pu manquer.
Jusqu’ici, le programme a traité 16 000 enfants de moins de cinq ans, sur les 31 000 ciblés pour l’État de Katsina. Qui est pris comme modèle dans la région.
« Avec 20 pour cent de la population âgée de moins de cinq ans, ces types de stratégie intégrées sont essentielles », explique Ibrahim Lawal Dankaba, le représentant local du Gouvernement dont les équipes travaillent en collaboration avec l’UNICEF.
Promouvoir l’allaitement exclusif
Les familles des enfants regroupés à l’extérieur de la clinique sont toutes engagées dans l'agriculture.
Comme des milliers d’autres, Lawal Ramatu vend la moitié de ce qu'elle cultive et tente de survive avec ce qui lui reste. Mais ce n’est pas assez – ni une nourriture appropriée pour Saidu son fils de 10 mois qui vient d’être diagnostiqué avec une malnutrition sévère aigüe.
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| © UNICEF VIDEO |
| Des femmes attendant à l’extérieur du Centre thérapeutique ambulatoire de Katsina. |
Les mères de nourrissons sont encouragées à allaiter exclusivement leurs enfants pour tenir la maladie éloignée. Mais les traditions locales continuent de leur préconiser d’alimenter leurs enfants avec de l’eau, même si l’accès à l’eau salubre est limité.
« L’insuffisance de l’allaitement exclusif est un gros problème », déclare Rabia Mohammed. « La pauvreté empire les choses. Tout comme l’ignorance et la maladie ».
Il reste encore des défis
Un enfant sur sept au Nigéria ne survivra pas pour voir son cinquième anniversaire, et la malnutrition est un facteur important.
Saidu passera les prochaines huit semaines dans le cadre du programme CMAM, avec des agents de santé communautaire locaux qui s’assureront que sa mère l’amène bien au centre thérapeutique ambulatoire pour un suivi régulier de son état de santé.
L’UNICEF travaille pour renforcer de tels projets dans le nord du pays, mais manque de financements ce qui limite ses efforts. De même qu’il existe des challenges logistiques.
Un entrepôt, pas très éloigné du Centre thérapeutique, est plein de cartons récemment arrivés et contenant des produits d'alimentation – mais des retards au port de Lagos, situé à des centaines de kilomètres plus au sud, signifient souvent que ces aliments vitaux ne parviennent pas jusqu’ici.
Le Nigéria est la nation la plus peuplée d'Afrique. Sa crise nutritionnelle n’a pas réussi à faire les gros titres, mais sans intervention, son prix pourrait s’avérer exorbitant.
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