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ESARO KENYA: REPORTAGE

Les enfants kényans victimes des conflits ethniques

© UNICEF Kenya

Un agent de l’UNICEF rend visite à un enfant déplacé qui fait partie des quelque 66 000 personnes ayant fui la violence engendrée par un conflit lié aux terres, au Kenya, dans le district de l’ouest de Mount Elgon.

Titus a dix ans. Pour lui et sa famille, lorsque les conflits interethniques ont éclaté il y a presque un an dans le district du Mont Elgon, dans l’ouest du Kenya, la seule solution était la fuite.

« C’était très dangereux là où nous vivions. Les gens se disputaient des terres et certains affirmaient avoir été torturés par les Askaris (gardes armés). Maintenant nous habitons avec mon oncle. La situation est meilleure mais ici aussi les combats continuent », raconte cet élève qui, depuis, va à l’école primaire de Kaptoboi près de sa nouvelle « maison ».

Si Titus et sa famille n’avaient pas pris la fuite, ils auraient peut-être été tués lors des violents affrontements qui ont éclaté l’année dernière. La cause : des discordes sur le partage des terres. Aujourd’hui encore, ces affrontements font rage et ont déjà provoqué la mort de plusieurs centaines de personnes. Les enfants sont les plus touchés car les conditions de vie déplorables les exposent aux maladies et à la pauvreté.

L’UNICEF a condamné la violence de ces conflits et a demandé au gouvernement de protéger la vie des enfants dans les régions touchées. « Les enfants sont traumatisés par de telles atrocités et ont des difficultés d’apprentissage. Ce type de traumatisme peut durer très longtemps chez un enfant, à moins qu’il ne reçoive les soins d’un spécialiste », explique l’UNICEF dans une déclaration envoyée à la presse.

Heureusement pour Titus et sa famille, ils pouvaient compter sur un oncle dans le district voisin, mais tout le monde n’a pas eu cette chance. Les autres familles se sont réfugiées dans les enceintes des écoles et des églises, où elles vivent dans des conditions sordides. Leur vie dépend des dons de nourriture et de fournitures qui leur sont envoyés. Au total, on estime que 66 000 personnes ont fui leur domicile et que
4 000 d’entre elles ont traversé la frontière pour se réfugier en Ouganda.

Les conflits ont perturbé la scolarisation : 33 écoles ont fermé dans le district, et celles qui sont encore ouvertes n’arrivent pas à contenir tous les enfants ayant fui la violence près de leur domicile. Les installations sanitaires dans les écoles sont en nombre insuffisant. Quant aux inscriptions, elles ont chuté de 60 % dans certaines zones, car les familles déplacées cherchent avant tout la sécurité. En avril, à la fin du premier trimestre, 236 enfants avaient abandonné l’école en raison des déplacements et de la tension présente dans la zone. Par ailleurs, les locaux des professeurs, ainsi que les livres, les sacs et les uniformes de l’école avaient été brûlés.

La campagne de vaccination a elle aussi été interrompue. Dans les villes de Kopsiro et Cheptais, on a constaté une baisse considérable du nombre de personnes se rendant dans les cliniques prénatales et dans les centres de conseils et d’examens. D’autres facteurs, tels que l’absence de logements, de vêtements et de lits, le surpeuplement ou encore le manque de vivres, entraînent une augmentation des cas de pneumonie, de paludisme, de typhoïde et de maladies sexuellement transmissibles.

L’UNICEF travaille avec le Ministère de la santé, le Ministère de l’éducation, le Département des enfants et la Croix-Rouge du Kenya pour apporter aux familles des médicaments, des installations sanitaires, des bâches en plastique, des couvertures, des jerrycans et du savon, et ainsi soulager leurs souffrances.

L’UNICEF a expédié des trousses de matériel éducatif et récréatif ainsi que des pupitres pour les enfants déplacés qui s’entassent maintenant dans des écoles plus sûres. L’organisation collabore également avec le Département des enfants pour renforcer les contrôles et dénoncer les abus. De plus, elle apporte son soutien à la Croix-Rouge du Kenya pour aider les familles à retrouver leurs proches et à se rendre dans les centres d’aide humanitaire.

Le gouvernement kenyan a déployé des forces de sécurité pour ramener la paix dans la région. Mais dans un tel climat d’intimidation, les familles et les individus victimes d’abus n’osent pas dénoncer leurs agresseurs, de peur des représailles.

Les conflits du Mont Elgon opposent deux communautés qui sembleraient être en désaccord sur le partage des terres. L’UNICEF s’inquiète car cette crise foncière dure depuis 30 ans et la violence et les souffrances continuent.

Le gouvernement a récemment annoncé l’annulation des allocations controversées en faveur du lotissement agricole de Chebyuk, qu’on soupçonne d’être à l’origine des conflits. Malgré cela, la tension est encore vive. Ce n’est qu’avec les efforts prolongés de l’UNICEF et de ses partenaires que des enfants comme Titus pourront survivre et s’épanouir.

* Le total comprend un taux de recouvrement maximal de 7%. Le taux réel de recouvrement pour les contributions sera calculé conformément à la décision 2006/7 du Conseil d’administration du 9 juin 2006.