Rapport sur l'action humanitaire 2007 – Page d’acceuil

CÔTE D’IVOIRE

Rapprocher les services de santé des enfants ivoiriens

Il faut près de neuf heures pour se rendre en voiture d’Abidjan, la capitale commerciale de la Côte d’Ivoire, à la ville de Korhogo, dans le nord du pays. La ville, qui est entourée de forêts et de montagnes sacrées, a été relativement épargnée par la guerre. Néanmoins, la crise a gravement sapé les services publics de santé, en particulier dans les régions du nord et de l’ouest : 85% des 3500 agents de santé sont partis et 80% des 547 centres de santé ont été fermés après avoir été pillés ou saccagés.

Un coup d’État manqué en 2002 a déclenché la guerre civile qui a coupé en deux la Côte d’Ivoire : au sud, le territoire contrôlé par le Gouvernement et au nord des régions tenues par les Forces Nouvelles. Depuis le début du conflit, les services publics tels que les écoles et les centres de santé ont cessé de recevoir l’appui du Gouvernement. Les institutions humanitaires comme l’UNICEF ont dû intervenir pour aider la population qui avait désespérément besoin de services de base.

Néanmoins, des obstacles demeurent, particulièrement en raison des retours insuffisants du personnel qualifié. Malgré tout, un certain nombre de centres de santé disposent de suffisamment de professionnels médicaux pour garantir la vaccination systématique des enfants de moins d’un an contre la poliomyélite, la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la rougeole, la tuberculose, la fièvre jaune et l’hépatite B. Les mères et les nouveau-nés reçoivent des injections d’anatoxine tétanique. Une supplémentation en vitamine A et fer/acide folique ainsi que des mesures de prévention du paludisme sont intégrées à la vaccination.

Cependant, même à Korhogo, où les structures sanitaires sont peu touchées, l’UNICEF n’a pas encore mis en place un système pour vacciner régulièrement et efficacement les enfants. L’UNICEF soutient des programmes de vaccination systématique dans 38  des 70 districts de l’ensemble du pays.

« L’UNICEF nous a donné des véhicules et des motocyclettes qui nous ont permis de desservir les populations vivant dans des zones éloignées. Bien que beaucoup de mères et d’enfants puissent atteindre les centres de vaccination dans les villes et les villages importants, il est impératif d’accroître les stratégies de proximité qui apportent les vaccins aux populations », affirme le Dr Abel Guede, Directeur du centre de santé de Korhogo.

Miriam, 5 ans, est venue à pied au centre de santé avec sa mère, âgée de 34 ans, et ses 10 frères et sœurs. Sa mère est contente de pouvoir amener ses enfants au centre de santé. Miriam montre fièrement son carnet de vaccination dans lequel ses rendez-vous sont soigneusement notés.
 
« Ils nous conseillent de faire vacciner nos enfants pour les protéger des maladies. Ils nous enseignent aussi comment les soigner, nous disent qu’il faut faire bouillir l’eau avant de la boire et veiller à la propreté des produits alimentaires », ajoute la mère de Miriam avec un sourire, alors qu’elle attache l’un de ses enfants sur son dos.

Les mères et leurs enfants font la queue, clairement habitués à la routine de la vaccination. La mère de Miriam, qui est à nouveau enceinte, a reçu une seringue et fait la queue pour recevoir sa cinquième injection d’anatoxine tétanique, qui la protègera toute sa vie. Après l’injection, la seringue vide sera jetée dans un réceptacle de sécurité de couleur jaune vif placé aux pieds de l’infirmière.

« La crise a interrompu le système de surveillance des maladies et réduit la couverture systématique du PEV (programme élargi de vaccination) », reconnaît Youssouf Oomar, Représentant de l’UNICEF. « Des maladies évitables ou qui peuvent aisément être traitées demeurent meurtrières pour les femmes et les enfants ivoiriens, le paludisme, la rougeole, les infections respiratoires et la malnutrition étant responsables de la grande majorité des décès. Il est extrêmement inquiétant que les plus récentes statistiques indiquent non seulement une hausse de la mortalité maternelle et infantile, mais aussi une augmentation de la malnutrition aiguë chez les enfants, en particulier ceux qui ont moins de cinq ans. »

Depuis 2004, l’UNICEF a procédé au stockage préalable de médicaments essentiels, de fournitures médicales et de moustiquaires imprégnées d’insecticide pour couvrir 32 districts touchés par le conflit. Il a aussi remis en état la plupart des maternités et des centres de santé. Cela a permis de rouvrir plus de 89% des structures de santé dans les zones ciblées (nord, ouest, centre, sud-ouest) et de donner à 66% de la population accès à un centre de santé totalement opérationnel à moins de 5 km ou à moins d’une heure de marche.

La famille de Miriam est contente. Le centre de santé est à environ un kilomètre de la maison. « Je sais qu’en faisant vacciner mes enfants, je protège leur santé et c’est pourquoi je suis là. » Miriam et ses 10 (et très bientôt 11) frères et sœurs ont de la chance d’avoir une mère responsable. Ils sont ainsi assurés de prendre le meilleur départ possible dans la vie.


 

© UNICEF Côte d’Ivoire/2006

Miriam, 5 ans, est venue à pied au centre de santé publique avec sa mère et ses dix frères et soeurs.