Rapport sur l'action humanitaire 2007 – Page d’acceuil

LESOTHO

Les jeunes filles vulnérables font de plus en plus l’objet d’abus sexuels au Lesotho

Thakane ne peut pratiquement pas jouer avec les autres filles de son âge sans se préoccuper de son tampon. Bien qu’elle n’ait que huit ans et qu’elle n’ait pas encore atteint la puberté, elle doit porter un tampon hygiénique tous les jours parce qu’elle a été violée par ses voisins. Depuis qu’elle a été abusée, elle saigne de façon continue car la blessure n’a pas encore guéri.

L’Unité de lutte contre la discrimination liée au genre et pour la protection de l’enfance (Child Gender Protection Unit, CGPU) du service de la police montée du Lesotho de Quthing est de plus en plus inquiète devant l’augmentation des viols d’enfant à enfant. Ils travaillent avec l’aide de l’UNICEF et s’occupent spécifiquement des cas d’abus, de violence et d’exploitation des enfants et des femmes.

Quelques mois après le drame, Thakane repense encore à la douleur et au traumatisme causés par le viol collectif qu’elle a subi de la part de ses voisins masculins de 14, 8 et 7 ans. « Ce cas est vraiment traumatisant, même pour nous qui sommes de la Police. Nous avons essayé de soutenir la fillette sur le plan émotionnel mais la vision quotidienne du sang constitue un rappel permanent de ce qui lui est arrivé », comme l’explique l’officier de police CGPU Mamaki Monongoaha.

« Thakane a traversé une terrible épreuve. Au début, elle ne voulait ni parler ni jouer. J’ai utilisé toutes les techniques de thérapie par le jeu que je connaissais mais sans succès », nous dit Monongoaha qui a reçu une formation de thérapie par le jeu avec le soutien de l’UNICEF. « Elle a commencé à jouer lors de la troisième session, mais à chaque fois qu’un officier de police de sexe masculin entrait dans la pièce, elle s’arrêtait de jouer. Il m’a été difficile de lui faire accepter la présence de mes collègues de sexe masculin et de la faire parler. Après la huitième session, elle a commencé à retrouver un peu de sa joie de vivre ».

Thakane est l’une de ces 10 fillettes de Quthing qui ont été victimes d’un attentat à la pudeur par des « amis » depuis janvier. « La plupart des fillettes victimes d’attentats de ce type dans le district sont des personnes vulnérables. Du coup, les voisins ne se sentent même plus tranquilles lorsque leurs enfants vont jouer dehors », ajoute Monongoaha.

Mapitso Panyane, Administrateur du district de Quthing, a créé l’Équipe spéciale de protection de l’enfance du district comme une façon d’aborder les problèmes liés aux enfants dans la région. L’équipe est composée de ministres du gouvernement qui se consultent les uns les autres de temps en temps sur les problèmes de l’enfance. « Le viol d’enfant à enfant est un problème particulièrement effrayant. Dans un pays comme le Lesotho, lorsqu’un enfant viole et fait du mal à un autre enfant comme cela s’est produit dans le cas de Thakane, cela incite à se pencher sérieusement sur la question. Il n’est pas juste que les enfants ne soient même plus en sécurité avec leurs propres amis. Quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde et, croyez-moi, les répercussions sont dramatiques », remarque Panyane. Ses sentiments sont partagés par les autres membres de l’Équipe spéciale de protection de l’enfance du district. Cependant, afin d’optimiser l’efficacité de leur travail, ils ont besoin de davantage de soutien et d’informations sur le rôle qui est le leur.

Les statistiques nationales indiquent qu’entre janvier et mai 2006, les viols de pas moins de 777 femmes et jeunes filles ont été signalés. Ce chiffre est alarmant dans une région où la prévalence du VIH parmi les jeunes adultes atteint le pourcentage record de 23,2 %.

Tandis que l’UNICEF et ses partenaires travaillent 24 heures sur 24 pour mettre en place des structures destinées à réduire le traumatisme causé par les abus, les violeurs deviennent de plus en plus jeunes.

Les activités de la CGPU sont complétées par l’intervention de médecins généralistes formés aux soins et au traitement des personnes ayant survécu à un viol et par celle de travailleurs sociaux et de conseillers d’insertion et de probation. En 2007, l’élaboration d’un cursus du savoir-être par le Ministère de l’Éducation et de la Formation permettra aux enfants d’acquérir des compétences et des connaissances qui leur donneront la possibilité de mieux se protéger et de mieux gérer les situations dangereuses.

L’introduction des « écoles amies des enfants » favorisera la création d’un environnement d’apprentissage sécurisé et sain, tandis que la nouvelle formation suivie par les conseillers d’éducation de la jeunesse et les ONG qui doit leur permettre de consolider les compétences existantes et d’en acquérir de nouvelles est un bon moyen de combler les fossés référentiels. 

 

© UNICEF Lesotho/2006

L’introduction d’écoles « conviviales pour les enfants » crée un environnement d’apprentissage sain et sûr.