Somalie

Un an après la famine en Somalie, l'histoire du rétablissement d'un enfant

Il y a un an, le 20 juillet 2011, les Nations Unies déclaraient l'état de famine dans deux régions du sud de la Somalie, le point critique d'une crise humanitaire frappant la Corne de l'Afrique. Après un élan de soutien international, la famine a pris fin en février 2012 et, dans la région, d'innombrables vies ont été sauvées. Mais, en Somalie, en Éthiopie et au Kenya,  8 millions de personnes ont toujours besoin d'aide humanitaire et les opérations de secours de l'UNICEF se poursuivent.

Par Athanas Makundi

MOGADISCIO, Somalie, 18 juillet 2012 – Amina marche rapidement avec son fil de 4 ans, Ismail Mohamed, pour aller chercher de l'eau en bordure du camp où ils vivent, à Mogadiscio. Alors que le soleil se lève, ils peuvent entendre des cris de bébés en train de pleurer et des coups de feu lointains.

VIDÉO (en anglais) : le reportage de la correspondante de l'UNICEF, Susannah Price, sur le rétablissement d'Ismail Mohamed, à Mogadiscio, un an après la déclaration de l'état de famine dans plusieurs régions de la Somalie.  Regarder dans RealPlayer

 

« Nous devons nous lever de bonne heure pour aller chercher de l'eau car elle si rare », affirme Amina. « Si on ne fait pas ça, on se retrouve avec une longue queue à la pompe et, parfois, l'eau vient à manquer complètement ».

Une fois qu'elle a rempli ses bidons en plastique jaune, elle se rend en hâte chez elle pour préparer le petit déjeuner. La maison familiale, faite de bâches en plastique, de carton et de tissus aux couleurs chatoyantes, ne leur offre qu'une faible protection des fortes pluies nocturnes.

« Notre abri est exposé aux intempéries et les enfants ont souvent froid », raconte Amina pendant qu'elle fait bouillir de l'eau sur un feu de bois. « Mais je préfère être ici plutôt qu'au village parce que avons de quoi manger, de l'eau et des médicaments ». 

Obtention d'un traitement
Il y a un an, la sécheresse, combinée avec l'escalade des combats et  l'absence de moyens d'accès pour les membres des organisations humanitaires, aboutissait à une terrible famine dans la région de la Basse Shabelle, au sud de la Somalie, où vivaient Amina et sa famille.

« Tous nos animaux se sont mis à mourir et il n'est plus rien resté », affirme le mari d'Amina, Mohamed Ibrahim, alors qu'il prend son thé. « Nous avons dû partir ; mon fils Ismail est tombé malade ». 

La voix d'Amina s'emplit d'émotion en racontant leur calvaire.

« Quand nous sommes arrivés à Mogadiscio, Ismail était déjà très malade », dit-elle. « Son corps s'est mis à enfler et sa peau a commencé à se décoller ».

Ismail était atteint de malnutrition sévère et, comme beaucoup d'enfants dans sa situation, il a contracté la rougeole et le choléra. Son corps avait tellement enflé qu'il lui était impossible d'ouvrir les yeux.

« J'étais si inquiète quand se yeux se sont fermés », dit Amina en secouant la tête. « Je ne savais pas quoi faire. Je me demandais tout le temps où pouvoir trouver de l'aide ».

À ce moment, le père d'Ismail a entendu parler, par des agents sanitaires du camp, d'un centre d'alimentation géré par l'ONG somalienne SAACID et soutenu par l'UNICEF.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Somalie/2012
Quand il est arrivé en juillet dernier au centre d'alimentation de Mogadiscio, soutenu par l'UNICEF, Ismail Mohamed souffrait de malnutrition sévère et était atteint de rougeole et du choléra. Aujourd'hui, c'est un enfant de quatre ans en pleine santé et heureux.

Là, ils ont appris qu'Ismail était atteint d'une forme sévère de malnutrition appelée « kwashiorkor » et que cela nécessitait un traitement d'urgence.

« Quand on nous l'a amené, le niveau de gonflement - appelé oedème – était très élevé » se rappelle Abdullahi Mohamed, un infirmier de SAACID qui a été la première personne à s'occuper d'Ismail au centre. « Nous ne pouvions pas faire grand-chose pour lui ».

Ismail a été envoyé dans un hôpital géré par Médecins sans frontières (MSF)/Belgique où il a été admis pendant deux semaines, jusqu'à ce que l'oedème diminue.

« Ensuite, nous l'avons mené à notre centre d'alimentation où nous l'avons placé dans un programme thérapeutique », affirme Abdullahi Mohamed. « À présent, vous pouvez voir qu'Ismail est en pleine forme ».
 
Aide humanitaire depuis la déclaration de l'état de famine
Dans le centre de la Somalie ainsi que dans le sud, des milliers d'enfants sont morts avant la déclaration de l'état de famine, le 20 juillet 2011. Mais une intervention humanitaire massive a permis de sauver de nombreuses vies.

Au cours de l'année dernière, l'UNICEF a traité dans toute la Somalie plus de 455 000 enfants atteints de malnutrition aiguë dont près de 225 000 souffrant de malnutrition sévère et la grande majorité se trouvant dans les régions du centre et du sud.

Ismail a fait d'incroyables progrès et sa mère peut toujours à peine croire à ce changement. « Quand il s'est rétabli, j'ai eu dans mon coeur le sentiment que l'espoir était revenu », dit-elle. « Je suis très heureuse ».

Pourtant, dans de nombreuses régions de la Somalie, la situation reste fragile. Environ 2,5 millions de personnes – des enfants pour la moitié – ont toujours besoin d'aide.

« Bien que les besoins ne soient pas aussi importants que voici un an, il y a encore des enfants qui souffrent, comme Ismail » rappelle Abdullahi Mohamed. « Nous continuons de voir des enfants comme lui dans nos centres d'alimentation mais l'ampleur des besoins n'est pas ce qu'elle était il y a an ».

De toute évidence, une aide d'urgence reste nécessaire. L'UNICEF est également à pied d'œuvre pour renforcer la résilience des personnes les plus vulnérables en développant, au niveau local, les prestations de base. À long terme, il s'agit du seul moyen de réduire les risques provoqués par des crises comme une sécheresse ou l'insécurité alimentaire et de faire en sorte que des enfants comme Ismail puissent espérer une enfance normale.


 

 

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