En bref : Jordanie

Situation désespérée pour les enfants en République syrienne arabe, même là où il n’y pas d’affrontements

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© UNICEF/NYHQ2012-1299/Romenzi
Un garçon debout près d’un tas de gravats dans une rue d’Alep, une ville de République arabe syrienne où se sont déroulés des affrontements de longue durée.

Reportage effectué à Amman, en Jordanie. Dans ce débat sous forme de questions-réponses, Bastien Vigneau, Conseiller régional de l’UNICEF pour les situations d’urgence, décrit ce qu’il peut actuellement observer à Tartous, en République arabe syrienne, le travail qu’y effectue l’UNICEF et ce qui reste à faire.

Par Iman Morooka

AMMAN, Jordanie, 25 janvier 2013 – Nous nous sommes entretenus avec Bastien Vigneau, Conseiller régional de l’UNICEF pour les situations d’urgence, au cours de sa mission à Tartous, une ville portuaire importante de la République arabe syrienne, au bord de la mer Méditerranée.

Bastien Vigneau est en train de travailler à l’évaluation des besoins des enfants et de leurs familles déplacés d’autres régions du pays par le conflit,  ainsi qu’à la préparation de l’élargissement des programmes de l’UNICEF. 

Q. Quelle est la situation humanitaire, de façon générale, à Tartous ?

R. Tartous se trouve dans une zone qui, jusqu’à présent, a été épargnée par la violence et le conflit qui fait rage dans de nombreuses autres parties du pays. Par conséquent, on y a d’abord un sentiment de calme relatif. C’est une ville côtière qui a prospéré grâce à l’industrie navale mais, à présent, selon le Croissant-Rouge arabe syrien, elle abrite plus de 25 000 familles - ce qui représente plus de 150 000 personnes - qui sont venues dans la ville pour fuir les violences des autres parties du pays, principalement à partir d’Alep et d’Homs. L’afflux de population exerce une pression considérable sur les infrastructures des services de base.  

La ville se trouve à environ trois quarts d’heure en voiture de Homs où les combats se poursuivent toujours. Les personnes déplacées y sont principalement accueillies par les habitants ou bien se trouvent dans des centres collectifs d’hébergement. Elles vivent dans des conditions difficiles par temps humide et froid, particulièrement dans les zones de montagne, et beaucoup d’entre elles étant sans eau chaude et sans installations sanitaires convenables.

D’autres, comme certaines familles que j’ai rencontrées, n’ont pas d’autre endroit où rester que les grottes infestées de rongeurs des vieilles ruines du Tartous historique. La municipalité fait ce qu’elle peut pour soutenir ces familles déplacées mais avec trop peu de moyens et plus aucune possibilité en matière d’hébergement ni d’espace public pour les accueillir.

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À Alep, des garçons font la queue pour remplir des bidons d’eau. Jusqu’à présent, Tartous a été épargnée par les combats mais la situation est désespérée pour les quelque 25 000 familles qui ont fui vers cette ville relativement calme, principalement à partir d’Alep et d’Homs.

Q. Pouvez-vous nous parler de la situation des enfants, en particulier de ce ceux que vous avez vus ?

R. Ce que j’ai vu au centre collectif d’hébergement, par exemple, était principalement le désespoir, avec environ quarante familles partageant un WC et une douche. À cause du temps froid, humide et mauvais, beaucoup d’enfants tombent malades et sont atteints d’infections respiratoires aiguës.

Certains enfants que j’ai rencontrés ont abandonné l’école quand ils se sont enfuis de leur ville natale et n’ont pas pu se réinscrire, soit parce que les écoles sont déjà surchargées, soit parce qu’ils doivent aider à subvenir aux besoins de leur
famille, ou encore parce qu’ils ont manqué la période d’inscription.  

Une jeune femme que j’ai rencontrée qui a dû abandonner l’université quand elle a fui les combats à Alep m’a dit qu’elle enseignait à présent l’arabe et les mathématiques aux enfants non scolarisés qui partagent une grotte avec elle. Une mère dont le mari est porté disparu m’a dit qu’elle avait dû retirer son fils de onze ans de l’école afin qu’il puisse l’aider à gagner de l’argent pour faire vivre ses jeunes frères et sœurs.

J’ai demandé à un garçon de neuf ans quelles étaient les deux choses qu’il aimait le plus à propos de l’école et il m’a dit : « Un, j’aime apprendre. Deux, j’aime apprendre. »

Nous avons vraiment besoin de veiller à ce que le cycle scolaire des enfants ne soit pas perturbé. Nous sommes à pied d’œuvre avec les partenaires pour mettre à disposition des fournitures et du mobilier scolaires, des cartables pour les enfants et pour augmenter le nombre de classes. 

Q. Que fait à présent l’UNICEF pour aider les familles aux prises avec cet hiver difficile ?

R. Nous avons mis à disposition des approvisionnements d’hiver comme des vêtements chauds, des couvertures et d’autres articles non alimentaires tels que des nattes en plastique et des réchauds pour faire la cuisine pour plus de 260 000 personnes vulnérables dans diverses parties de la Syrie. Tartous est l’une d’entre elles.

En ce qui concerne Tartous en particulier, des kits d’hygiène familiaux et des couvertures épaisses sont arrivés ce week-end et, avec l’aide de nos partenaires, sont en train d’être distribués à quatre mille familles. Nous avons reçu également aujourd’hui des colis de vêtements d’hiver qui seront distribués dans les jours à venir à 5 000 enfants déplacés qui vivent dans les zones de montagne et les centres collectifs d’hébergement. Les colis contiennent une veste imperméable d’hiver, des pulls et des pantalons chauds, des souliers pour l’hiver, un bonnet et des sous-vêtements.

Nous secourons aussi les enfants en les aidant, eux et leurs familles, à disposer d’eau potable et nous aidons les enfants à participer à des activités de groupe divertissantes dans des environnements sécurisés. Les enfants dont la scolarité normale a été interrompue reçoivent des cours de rattrapage. 

Mais nous sommes constamment confrontés à de grosses difficultés car les besoins augmentent rapidement et nous devons nous adapter à l’ampleur de la crise. Pour cela, nous avons bien entendu besoin, dans l’immédiat, de davantage de ressources financières avec un renforcement des partenariats sur le terrain. Nous nous employons à renforcer notre présence et à travailler avec davantage de partenaires de manière à pouvoir atteindre tous les enfants en difficulté, ce qui est notre objectif. Tant de personnes comptent sur nous. 

Il est important de garder à l’esprit le fait que les besoins humanitaires urgents existent non seulement dans les zones de conflit mais aussi dans l’ensemble du pays, comme ce que je peux actuellement observer à Tartous.


 

 

Focus: Ville assiégée

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