Haïti

En Haïti, l'UNICEF et ses partenaires s'efforcent de contenir la flambée de choléra

Par Bob Coen

ARTIBONITE, Haïti, 26 octobre 2010 – Le pire n'est pas encore passé pour Haïti. Dix mois après le puissant tremblement de terre qui a dévasté le pays, une épidémie de choléra sème la peur et le malheur. Cette flambée constitue la plus importante crise sanitaire du pays au cours de ces dernières années. Ici, au centre médical de l'Estère, dans le département de l'Artibonite, au nord de Port-au-Prince, l'afflux de nouveaux malades ne semble pas s'interrompre.

VIDÉO (en anglais) : 25 octobre 2010 – le reportage de la correspondante de l'UNICEF Priyanka Pruthi sur les opérations destinées à contenir la flambée de choléra dans la région de l'Artibonite, en Haïti.  Regarder dans RealPlayer

 

Saint-Jacques Destin fait la queue debout, tenant sa nièce âgée de deux ans, Jackson. Des larmes coulent sur ses joues alors qu'elle pleure de douleur à cause de crampes d'estomac.

« Tout notre famille a été malade de la diarrhée mais notre village se trouve très loin, alors il n'est pas facile de venir ici, » explique Saint-Jacques Destin. « Nous avons fini par devoir utiliser une moto-taxi mais le père et la mère de Jackson sont morts avant que nous puissions parvenir ici. »

Dispensaires submergés
Jusqu'à présent, plus de 280 décès ont été signalés parmi les 3800 cas confirmés durant la première épidémie de choléra en Haïti depuis un siècle. Les hôpitaux et les dispensaires de toute la région ont été submergés de malades atteints de diarrhée aiguë.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-2156/Dormino
Un enfant soigné contre le choléra en train de pleurer à l'extérieur d'un centre médical de l'Estère, une ville du département de l'Artibonite, en Haïti.

« Depuis mercredi, on a admis plus de 400 malades dans ce dispensaire, » dit Chantal Umutoni, Chargée de la santé dans les situations d'urgences à l'UNICEF. « Pour l'instant, nous n'avons pas de détails statistiques mais à l'hôpital, je peux dire... que les enfants de moins de 18 ans représentent de 30 à 40 pour cent des malades admis. »

Des équipes de médecins cubains ont été appelées pour aider les autorités médicales locales à traiter les malades avec des fournitures médicales apportées par l'UNICEF. De nombreux patients sont même soignés en plein air. Certains gisent sans connaissance sur des matelas avec des intraveineuses reliées à des murs extérieurs ou à des arbres alors que d'autres gémissent en se tordant de douleur. 

Enrayer la propagation de la maladie
Le choléra est une bactérie d'origine hydrique extrêmement virulente qui provoque une importante et douloureuse déshydratation diarrhéique. Il affecte à la fois les enfants et les adultes et, si on ne le traite pas, il peut tuer en quelques heures. De nombreuses communautés de cette zone ne disposent pas d'eau potable et le choléra est aisément transmissible par l'eau et la nourriture contaminées et par contact. Même avant le tremblement de terre, l'accès des Haïtiens à l'eau et à l'assainissement figurait parmi les plus mauvais du monde, une situation qui est aujourd'hui grandement aggravée par le délabrement des infrastructures.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-2157/Dormino
Dans un centre médical de l’Estère, dans le département de l'Artibonite, en Haïti, une fille reçoit des fluides par intraveineuses pour traiter le dangereux niveau de déshydratation qui accompagne le choléra.

A présent, arrêter la propagation de l'épidémie constitue une priorité urgente pour l'UNICEF, les institutions de l'ONU et les ONG partenaires ainsi que le gouvernement haïtien. 

 Dans le village de Potenau, des centaines d'habitants se présentent pour recevoir des fournitures comme du savon gratuit, des comprimés de purification pour l'eau et des sels de réhydratation orale (SRO) fournis par l'UNICEF et distribués par l'ONG française ACTED. Cette distribution est un exemple de l'action coordonnée qui sera essentielle pour contenir l'épidémie.

« Dans n'importe laquelle de ces crises humanitaires, la coordination est absolument essentielle, » dit Nigel Fisher, le Responsable adjoint de la mission de l'ONU en Haïti qui s'est rendu dans le village dans le cadre de sa visite, lundi, de la zone affectée par le choléra. « L'UNICEF coordonne le groupe pour l'eau et l'assainissement qui est absolument indispensable pour gérer le choléra, » ajoute-t-il.

Créer une sensibilisation
Une autre question essentielle est l'information. Parce que, de mémoire d'homme, il s'agit de la première épidémie de choléra dans le pays, la plupart des Haïtiens n'avaient jamais jusqu'à présent entendu parler de la maladie. Par conséquent, l'UNICEF et ses partenaires ont mis en place des campagnes publiques d'information. 

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-2158/Dormino
Une femme est étendue aux côtés de son fils qui reçoit un traitement contre le choléra dans un centre médical de l'Estère, dans le département de l'Artibonite, en Haïti.

Parallèlement à la distribution de fournitures, les agents sanitaires délivrent des informations et effectuent des démonstrations sur les mesures simples qui peuvent prévenir l'infection et la propagation de la maladie comme le lavage des mains avec du savon. 

« Cela permettra aux gens de savoir comment éviter la maladie et cela réduira le nombre de personnes infectées, » dit Frank Kashando, un Coordinateur sur le terrain de l'UNICEF qui supervise la distribution à Potenau,  « parce que toute personne qui dispose de connaissances les transmet à ceux qui ne sont pas informés. Et, au fil du temps, nous espérons que toute la population sera informée de façon à ce que nous puissions contenir cette épidémie pendant que le personnel médical se concentre sur ceux qui sont déjà malades. »

Baisse du taux de mortalité
Si l'infection provoquée par le choléra est prise à temps et que les malades reçoivent le traitement qui convient dans les dispensaires, la plupart d'entre eux se rétabliront. « Le nombre de cas augmente mais le taux de mortalité a en réalité un peu diminué ce qui montre que l'intervention a été assez efficace, » dit Nigel Fisher. Mais il prévient que de nouveaux cas de choléra et de décès risquent d’apparaître : « Franchement, nous nous sommes concentrés sur les secteurs où la contamination est élevée. Nous devons aller partout parce que, malheureusement, cela va se propager. »

 Cependant, grâce aux opérations communes et continues de ses partenaires – ainsi que grâce au travail des équipes médicales sur le terrain – l'UNICEF espère que cette épidémie sera rapidement jugulée et que davantage de décès pourront être évités.


 

 

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