Haïti

Carnet de route : une famille réunie après le tremblement de terre en Haïti

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-0317/Noorani
Iste Miu Vincent pleure alors qu'il tient sa fille Sterling, 5 ans. Il l’a retrouvée après plus d'un mois de séparation, près du campement où vit leur tante Elude dans Port-Prince, la capitale haïtienne dévastée par le tremblement de terre.

Par Shezhad Noorani

PORT-AU-PRINCE, Haïti, 12 mars 2010 – En reportage comme photographe pour l'UNICEF en Haïti, j'ai eu le plaisir de rencontrer Sterling Vincent, cinq ans, un enfant qui avait été séparé de sa famille à la suite du tremblement de terre du 12 janvier. Je l'ai seulement connue deux jours mais sa joie, son courage et sa détermination resteront avec moi pour toujours.

L'équipe de secours d’urgence de l'UNICEF avait entendu parler de Sterling par un de nos humanitaires se trouvant sur le terrain. Elle demeurait à Carrefour Feuille, un faubourg de la capitale haïtienne, avec une famille d'accueil qui l'avait prise avec elle.

Un croquis du passé

Quand on lui posait des questions, Sterling était incapable de fournir des renseignements utilisables sur ses parents ou l'endroit où se trouvait sa maison. La Spécialiste de la protection de l'enfance, Marie de la Soudière, a alors décidé d'utiliser une technique particulière qui consiste à faire dessiner à l'enfant tout ce dont elle peut se rappeler de son passé.

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© UNICEF/NYHQ2010-0285/Noorani
Avant d'être réunie à son père, Sterling Vincent parle avec Wersner Gesegen, une bénévole chargée de la recherche des familles, et Marie de la Soudière, Spécialiste de la protection de l'enfance à l'UNICEF, à l'extérieur de l'habitation improvisée de sa famille d'accueil à Carrefour Feuille, un faubourg de Port-au-Prince.

En trente minutes, Sterling avait réussi à faire un dessin de sa maison, d'un cimetière et d'une église qui, disait-elle, se trouvaient à proximité. Elle se souvenait de détails concernant ses frères et sœurs et connaissait les noms de sa maîtresse d'école et du pasteur de son église.

L'équipe de l'UNICEF s'est lancée à la recherche du domicile de la petite fille. Sterling servait de guide.
 
Nous avons marché à vive allure pendant des kilomètres tandis qu'elle nous faisait passer par de nombreux sites comme le stade principal de Port-au-Prince. De temps en temps, elle s'arrêtait pour faire une remarque sur quelque chose qu'elle reconnaissait : une maison effondrée, par exemple, ou une boulangerie où sa famille avait l'habitude d'acheter du pain.

Parfois, nous avions l'impression de courir dans tous les sens pour rien. Nous autres adultes transpirions et faisions des efforts pour suivre. Nous nous demandions si cette petite fille avait vraiment une idée de l'endroit où elle allait.

Espoirs réduits à néant

Mais soudain, Sterling a commencé à monter une colline en courant, chantant et dansant tout le long. Elle nous a conduits en passant par des décombres et plusieurs campements vers un groupe de maison. Elle s'est écriée : « Tante Elude ! »

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© UNICEF/NYHQ2010-0289/Noorani
Sterling Vincent fait un dessin de sa maison et de ses environs pour « faire ressurgir les souvenirs » qui l'aideront à retrouver sa famille.

Une femme est sortie d'une des maisons et nous avons fini par comprendre qu'il s'agissait de la tante de Sterling qui s'occupait de la sœur aînée de la fille, Shasha. La tante Elude a sorti un morceau de papier avec un numéro de téléphone griffonné dessus, un numéro, a-t-elle dit, permettant de joindre le père de Sterling.

Sterling a utilisé un de nos téléphones mobiles pour appeler le numéro. Quand la communication est passée, nous avons retenu notre souffle, attendant. Mais plutôt que d'entendre les cris de joie de Sterling, nous avons réalisé qu'il y avait des problèmes, quelque chose qui n'allait pas. Bien qu'ayant parlé à plusieurs personnes en appelant le numéro, Sterling pensait qu'elle n'avait pas réussi à joindre son père.

Quand elle a raccroché, nous avons fait nos adieux à sa tante et à sa sœur et nous avons commencé à refaire le long chemin qui conduisait à notre voiture. Nos espoirs étaient réduits à néant.

Arrivée surprise

Au pied de la colline, cependant, l'histoire a pris un tour inattendu. Les bras grands ouverts et les yeux baignés de larmes, un homme a commencé à marcher dans notre direction. Aussitôt, Sterling s'est écriée : « Papa ! »  

En fait, sur le portable, elle avait parlé à son père, Iste Miu Vincent, mais elle n'avait pas reconnu sa voix. Après avoir reçu l'appel, il avait couru jusqu'à un taxi-moto. Le conducteur demandait trop d'argent mais Iste Miu Vincent, avait répondu : « Je m'en fiche, conduisez moi seulement à ma fille. » 

Iste Miu Vincent a également raconté la journée où il s'est retrouvé séparé de sa fille. Environ 10 jours après le tremblement de terre, il avait laissé Sterling et Shasha avec leur tante pour aller travailler de bonne heure. « Quand je suis retourné le soir, » dit-il, « Sterling n'était pas là... On m'a dit qu'elle était allée chercher du pain et qu'elle n'était plus revenue. »

Une famille réunie

L'UNICEF et ses partenaires, avec le Gouvernement haïtien, ont confronté le récit aux informations données par des témoins. La famille d'accueil de Sterling et les anciens du quartier. Et finalement, cela s'est fait : une famille était réunie.

Nous avons acheté de menus cadeaux pour la famille d'accueil de Carrefour Feuille ainsi que des cahiers, des crayons de couleur et du savon pour Sterling. Alors qu'elle faisait ses derniers adieux à ceux qui s'étaient occupés d'elle, Sterling a sorti une des savonnettes de son sac et l'a donnée à une des femmes du quartier.

Tout le long des rues poussiéreuses, les familles du quartier de Sterling sont sorties de chez elles pour l'accueillir à son retour. Quand elle est finalement arrivée à sa maison, en haut d'une colline avec une vue panoramique sur la capitale, la première chose qu'a faite Sterling a été de ranger son sac de cadeaux. Soigneusement et à dessein, elle a sorti un cahier et un étui de crayons de couleurs, s'est assise en croisant les jambes sur le sol de sa chambre et s'est mise à dessiner.

Jennifer Bakody a collaboré à ce reportage.


 

 

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