Haïti

Aider les enfants et familles de Haïti frappés par l’ouragan à survivre

Image de l'UNICEF
© UNICEF 2008/Pittenger
Fernando Thermidor, 2 ans, et sa mère Judith se sont réfugiés dans une salle de classe de l’école nationale Jubilée avec trois autres membres de leur famille lors des inondations de Gonaïves, Haïti.

Par Jasmine Pittenger

LES GONAÏVES, Haïti, le 17 septembre 2008 – Fernando Thermidor a tout l’air d’un petit enfant qui a fait une crise de larmes et enfouit son visage maculé de pleurs dans l’épaule de sa mère.

Mais il ne s’agit pas d’une de ces scènes dont sont coutumiers les enfants de deux ans. Fernando et sa mère Judith se sont réfugiés dans une salle de classe des Gonaïves, Haïti, où s’entassent près de 200 personnes pour se protéger des crues subites.

« Nous dormons ici, toute la famille, depuis une semaine. Nous avons dû quitter notre maison en hâte avec ce que nous avions sur le dos lorsque les eaux ont commencé à monter », dit Judith. D’une main, elle montre le niveau de l’eau dans leur maison : à mi-cuisse.

L’un après l’autre, les ouragans Faye, Gustav, Hanna et Ike se sont abattus sur Haïti. Les crues subites qui ont suivi ont touché 800 000 personnes dans tout le pays.

Rien qu’aux Gonaïves, quelque 70 000 personnes vivent dans des abris de fortune comme l’école nationale Jubilée, qui abrite la famille de Fernando. Celle-ci est affamée et fatiguée après avoir traversé à pied les étendues d’eau boueuse et fétide qui ont envahi les rues, et elle a besoin d’eau potable.

Les approvisionnements sont acheminés avec difficulté

Image de l'UNICEF
© UNICEF 2008/Pittenger
Sender Doristil est venu tout seul à l’école nationale Jubilée pour se procurer de la nourriture à l’intention de sa famille, restée à la maison avec un nouveau-né.

Un cri s’élève dans l’abri à l’arrivée du camion de distribution qui apporte l’eau potable fournie par l’UNICEF et la nourriture du Programme alimentaire mondial ; cela permettra de lutter contre la faim et la soif et contre les maladies hydriques qui constituent une des causes principales de la mortalité infantile suite à des situations d’urgence de ce type, lorsqu’un grand nombre de personnes sont forcées à vivre dans la promiscuité sans disposer d’un système d’assainissement.

L’eau et la nourriture qui seront distribués aujourd’hui ont suivi un périple presque aussi éprouvant que les Haïtiens eux-mêmes. Toutes les routes et tous les ponts reliant les Gonaïves au reste du pays ont été détruits, et l’aide humanitaire ne peut être acheminée que par hélicoptère et par bateau.

Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Une fois que les approvisionnements sont arrivés aux Gonaïves, ils doivent être livrés, sous escorte des Casques bleus de la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti, afin de s’assurer qu’ils sont mis entre les mains de ceux qui en ont le plus besoin.

D’autres approvisionnements sont prévus

Pour faire venir aux Gonaïves 60 000 litres d’eau et des centaines de trousses hygiéniques familiales, puis les livrer aux enfants et familles réfugiés dans des abris comme celui de l’école nationale Jubilée, les difficultés sont légion. Et il ne s’agit que des approvisionnements initiaux permettant aux familles touchées de faire face aux premiers jours de la crise.

Il y a des tonnes de matériel d’urgence qui doivent encore arriver : 11,5 tonnes de couvertures, des trousses hygiéniques, des comprimés de purification d’eau et des sels de réhydratation orale (pour le traitement de la déshydratation diarrhéique) sont acheminés par pont aérien du Siège des approvisionnements de l’UNICEF à Copenhague. Cet envoi comporte aussi des trousses « école-en-boîte » qui aideront à remettre le système éducatif sur pied après la catastrophe.

Des milliers de personnes reçoivent une aide d’urgence

La cour de récréation de Jubilée a l’air de rapetisser alors que des milliers de personnes émergent des salles de classes où elles se sont réfugiées. Près de la moitié de ceux qui font la queue sont des enfants. Beaucoup d’entre eux sont en haillons ; les plus chanceux arborent des T-shirts aux couleurs vives qui étaient à peine effilochés lorsque ces épreuves ont débuté. Ils sont tous couverts de boue.

« Si je suis venu ici aujourd’hui, c’est pour que ma famille puisse manger, boire de l’eau », indique Sender Foristell, un garçon d’une dizaine d’années. Avec quatre autres enfants à la maison, dont un nouveau-né, sa mère n’a pas pu le rejoindre dans la queue.

Néanmoins, la famille de Sender est une de celles qui a eu de la chance. Sa maison, bien qu’inondée, est toujours debout, et la famille a pu monter sur le toit, où elle s’est construit une tente improvisée.

« Plus qu’injuste »

Il est difficile de ne pas se demander à quel point les malheurs infligés par ces quatre ouragans vont exacerber l’état de privation dans lequel vivent déjà la plupart des Haïtiens.

Image de l'UNICEF
© UNICEF 2008/Pittenger
Des biscuits énergétiques roulés dans leurs T-shirts et des bouteilles d’eau à la main, les enfants – toujours parmi les plus vulnérables dans les situations d’urgence– sont mieux préparés à leur séjour dans l’abri.

« Haïti est déjà le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental. C’est un pays qui lutte pour garder la tête hors des eaux troubles laissées par des années de corruption et de violence, un pays où la pénurie de nourriture a causé de violentes émeutes tout récemment encore, en avril dernier, dit Nils Kastberg, Directeur régional de l’UNICEF pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Que ce pays soit frappé par quatre ouragans successifs en si peu de temps semble plus qu’injuste. ».

Mais le jeune Sender, qui vient de recevoir de l’eau, de la nourriture et des approvisionnements hygiéniques essentiels pleins les bras, ne pense évidemment pas à ce qui est juste ou injuste. Il porte son fardeau avec beaucoup de précaution, la tête haute alors qu’il procure à sa famille une aide salvatrice.


 

 

Recherche