Catastrophe du Raz-de-marée - Pays en crise

Un centre de traitement par les pairs pour combattre la toxicomanie dans les communautés des Maldives frappées par le tsunami

Image de l'UNICEF: Maldives: Tsunami
© UNICEF/HQ06-2105/Jason Taylor
Devant le centre « Journey », des jeunes attendent. Le personnel, 12 anciens toxicomanes, y offre divers programmes de lutte contre la drogue.
Par Bronwyn Curran

MALÉ, Maldives, 22 novembre 2006 – Hasan était attaché à un cocotier avec des menottes sur l'île qui abrite la prison principale des Maldives lorsque le tsunami dévastateur a déferlé à travers l'océan Indien.

Cette expérience, alliée aux pressions de la vie carcérale, a affaibli sa résolution de ne plus toucher à l'héroïne. « Je pensais que je ne sortirais jamais de prison, » se souvient Hasan. « Avec toute cette dépression, la peine à purger, la lutte, j'en ai eu assez. Alors le jour suivant j'ai recommencé. »

Hasan a fini par sortir de prison. Libre, soignant une nouvelle dépendance à l’héroïne, il s'est dirigé tout droit vers le centre de désintoxication situé sur une autre île.

Après la désintoxication, avec quelques amis qui avaient subi la même épreuve, il a décidé de créer un groupe communautaire de soutien aux anciens toxicomanes pour les aider à éviter les rechutes. Leur organisation non gouvernementale, qui s'appelle Journey, est la première de ce genre aux Maldives.

Recrudescence de la toxicomanie

Même avant le tsunami, la consommation d'héroïne était tenue pour responsable de graves pertes économiques aux Maldives. Selon les estimations officielles, le nombre d’héroïnomanes tournerait autour de 3000 – un nombre alarmant si l'on considère qu'il représente un pour cent de la population – et l'âge moyen de la première utilisation se situerait à 12 ans.

Après le passage du tsunami, qui a dévasté près de 200 îles habitées des Maldives et déplacé 29 000 personnes, le problème de la toxicomanie n'a fait que s'amplifier. On pense généralement que le taux élevé de consommation d'héroïne s’explique largement par les déplacements de population, la surpopulation et la difficulté de trouver un emploi.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/HQ06-2094/Jason Taylor
Devant le centre « Journey », où les toxicomanes peuvent recevoir soins et conseils, à Male, la capitale des Maldives.

Au début de 2006, l’UNICEF a commencé à fournir un soutien technique à Journey, reconnaissant que la dépendance à l'héroïne constituait une crise grave pour les familles maldiviennes.

« Lorsque les parents ou les frères et soeurs d'un enfant sont toxicomanes, l'enfant souffre de la détérioration des liens familiaux, des pertes de revenu de la famille et, dans certains cas, de mauvais traitements. Tous ces facteurs peuvent entraîner des enfants dans le cycle de la toxicomanie, » affirme Laura Fragiacomo, chef de la Protection de l'enfant et des moyens d'existence des adolescents aux Maldives.

L'utilisation accrue d’aiguilles, qui vient s'ajouter à la promiscuité dans laquelle vivent les personnes déplacées par le tsunami, expose également davantage la population des îles à l'infection par le VIH. « Le VIH va terrasser ce pays comme un bulldozer car le problème de la toxicomanie est totalement incontrôlé », avertit Mme Fragiacomo.

Aide aux toxicomanes sur la voie de la guérison

Pour Hasan, la guérison est aussi synonyme de lutte contre la discrimination et l'exclusion. Il est pratiquement impossible pour un ancien toxicomane comme lui de trouver un emploi et de se marier.

« Malé est tout petit, » se plaint-il. « Il suffit de marcher dans la rue et tout le monde dit "Voilà Hasan. C'est un toxicomane." On est très vite mis à l'écart. »

À Journey, un personnel composé de 12 anciens toxicomanes mène chaque jour des activités de sensibilisation à la toxicomanie, donne des informations et propose des programmes en 12 étapes. « Il y a maintenant la possibilité de discuter de ces problèmes, il n'existe rien de semblable dans le pays, » affirme Mme Fragiacomo. 

Pour lutter contre le chômage, l’UNICEF aide Journey à créer un centre de formation professionnelle pour les toxicomanes en voie de la guérison. L’UNICEF a également établi des contacts avec YAKITA, l'une des ONG indonésiennes chef de file en matière de lutte contre la toxicomanie avec l’aide des pairs, pour aider Journey à réaliser la première enquête du pays sur la toxicomanie chez les jeunes. Une campagne nationale de prévention de la toxicomanie est également en cours de préparation pour atteindre davantage de jeunes, d'enseignants et de parents.

Mais les Maldives ne sont pas au bout de leur peine pour juguler le problème de la drogue. Les jeunes hommes et femmes de Journey, qui passent leurs journées à s'entraider sur le chemin de la guérison, ne connaissent que trop bien ces difficultés.


 

 

Vidéo (en anglais)

Décembre 2006 :
Le correspondant de l’UNICEF, Rob McBride, décrit les mesures prises pour lutter contre la forte consommation d'héroïne dans les communautés des Maldives frappées par le tsunami.
 VIDEO haut | bas

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