Catastrophe du Raz-de-marée - Pays en crise

Thaïlande : à 1 000 km de l’océan, le tsunami les a rendus orphelins

Image de l'UNICEF
© UNICEF Thailand/2005/Duncan
Au village de Baan Kam Nok Kok, dans le nord-est de la Thaïlande, 10 enfants du pays sont devenus orphelins à cause du tsunami.

Par Robert Few

NAKON PANOM, Thaïlande, 21 juin 2005 – Nong, une sage écolière de 15 ans, verse encore des larmes en parlant de sa mère, disparue lorsque le tsunami a frappé, il y a six mois de cela. Assise à l’écart, au bord de la cour de récréation, Nong explique l’absence de sa mère en disant qu’elle s’est enfuie pour épouser un autre homme. Le refus de l’évidence est pour elle le seul moyen d’affronter le malheur.

En réalité, Nong est orpheline. Comme plus de 1 200 enfants thaïlandais, qui ont perdu leurs parents dans le tsunami, son avenir est sombre. Mais son cas présente une particularité majeure : elle vit à 1 000 km de l’océan, dans la province très pauvre de Nakon Panom.

Le 26 décembre, les vagues ont pénétré à l’intérieur des terres de trois kilomètres au maximum, mais leur effet a été ressenti dans le pays tout entier. Dans le nord et le nord-est du pays, des centaines d’enfants comme Nong ont perdu leurs parents, victimes de la fureur du raz-de-marée – il s’agissait de migrants travaillant dans les secteurs de la pêche et du tourisme à Phuket, Pee Pee et sur les îles voisines. Un bon nombre de migrants ne sont jamais rentrés chez eux, sur les milliers d’entre eux qui travaillaient dans le sud.

En dehors du secteur où se concentrent les efforts de secours

Le Ministère thaïlandais du développement social et de la sécurité des personnes  estime que le raz-de-marée a rendu orphelins jusqu’à 300 enfants en dehors des provinces méridionales. Dans la seule province de Nakon Panom, où Nong attend encore que sa mère rentre à la maison, quarante-quatre enfants ont perdu leurs deux parents ou l’un d’entre eux. Le nombre d’enfants, dont la famille avait un revenu dépendant de l’industrie touristique du sud aujourd’hui sinistrée, est bien plus important.

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© UNICEF Thailand/2005/Duncan
Un orphelin à l’école de Baan Kam Nok Kok.

Ces enfants ont été généralement négligés, parce qu’ils résident loin des zones touristiques et en dehors du secteur où se concentrent les efforts de secours. En outre, il est souvent impossible aux familles pauvres du nord-est de trouver l’argent nécessaire à un voyage dans le sud, d’identifier les corps et d’obtenir les certificats de décès, sans lesquels la famille ne peut procéder à une demande d’assistance auprès des autorités.

« Dans les provinces méridionales, le gouvernement a modifié la réglementation, de telle sorte qu’une personne disparue depuis trois mois peut être déclarée juridiquement décédée », explique Khun Apawadee, un fonctionnaire du ministère. « Mais ici [dans le nord], la procédure peut durer jusqu’à deux ans ».

Nong et ses trois frères et sœurs sont aidés par leurs grands-parents, qui ne peuvent pas se payer un voyage dans le sud pour essayer de trouver et d’identifier la mère de Nong.

En conséquence, la scolarisation de Nong risque de s’arrêter faute d’argent, elle qui rêve de devenir mécanicien moto.

Un besoin urgent de protection

La région du nord-est est la plus pauvre de Thaïlande, et ici beaucoup d’enfants risquaient l’exploitation, avant même les ravages économiques occasionnés par le tsunami. À présent, ils courent un risque accru.

« Il est nécessaire de recenser et de suivre d’urgence ces enfants, afin de voir de quelle manière on prend soin d’eux et de s’assurer qu’ils reçoivent toute l’aide qui leur est nécessaire », dit Brigitte de Lay, chargée à l’UNICEF de la protection de l’enfant en situation d’urgence.

« Nous savons, à partir de l’expérience acquise dans d’autres zones de catastrophe,  que les enfants orphelins – et ceux qui se trouvent dans des familles ayant perdu leurs moyens d’existence – voient s’accroître leur risque de quitter l’école et de subir des mauvais traitements de la part de leurs nouveaux dispensateurs de soins. Les enfants orphelins courent également le danger d’être l’objet d’une exploitation sexuelle dans un but commercial si des mesures de protection ne sont pas prises », ajoute-t-elle.

L’UNICEF travaille dans le nord et le nord-est de la Thaïlande pour faire en sorte que les enfants vulnérables soient protégés. En partenariat avec des organisations locales, l’UNICEF a mis en place des comités de protection de l’enfant, réunissant notamment la police, des assistants sociaux et des enseignants, dans le but de guetter des signes de mauvais traitements et de prendre des mesures pour les empêcher.

L’UNICEF prend également des dispositions pour la formation professionnelle et l’emploi des filles courant le risque de tomber dans la prostitution. L’organisation leur offre de participer au Programme de développement des carrières chez les jeunes, mené en coopération avec plus de 20 hôtels de Bangkok, une banque et un hôpital. Plus de 100 jeunes filles ont pu profiter de ce programme en 2004 et presque toutes, une fois diplômées, ont obtenu des emplois assortis d’un bon salaire.

Sans la vigilance et l’appui dont bénéficient les enfants que le tsunami a rendus orphelins ou vulnérables – quelle que soit la partie du pays où ils vivent – Nong ne deviendra jamais mécanicien moto, et bien d’autres enfants verront s’évanouir leur rêve.


 

 

Vidéo (en anglais)

13 juin 2005 :
Jane O’Brien, correspondante de l’UNICEF New York, explique de quelle manière l’organisation aide les enfants orphelins et vulnérables du nord de la Thaïlande, des enfants oubliés.

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