En bref: Yémen

Campagne de rentrée des classes pour faciliter l’accès à l’école en pleine violence ininterrompue au Yémen

Image de l'UNICEF
© UNICEF Yémen/2011/ Al-Asaadi
Du fait que 40 écoles de Sana’a sont aujourd'hui perturbées par les affrontements, l'école Al-Karda’ee fonctionne à pleine capacité, explique le directeur Ghalia Al-Osaimi.

Par Mohammed Al-Asaadi

SANA'A, Yémen, 5 octobre 2011 - Deux semaines après le lancement repoussé de la nouvelle année scolaire au Yémen, des milliers d'enfants dans la capitale Sana'a doivent rester à la maison toujours à la recherche d'une école ouverte et sûre.

L'arrivée de nouveaux élèves

Après un long congé d'été, les écolières du Collège d'enseignement général Al-Karda'ee se saluent chaleureusement et remarquent rapidement un rassemblement timide de nouveaux camarades de classe. Facile de répérer les nouveaux venus qui se sont regroupés, et partagent une même expression d'appréhension sur leur visage juvénile.

L'une d'entre elles, Bushra Mohammed Hamoud, est en quatrième année du collège dans le quartier assiégé d'Al-Hasaba à Sana’a. « C’est ma première semaine ici »,dit-elle solennellement. « Je me sens seule parce que je n'ai pas d'amis avec qui bavarder et jouer ».

La famille de Bushra est au nombre des centaines qui ont été déplacées d'Al-Hasaba, un quartier nord de Sana'a, à la suite des affrontements armés intenses entre l'armée et les membres armés d'une tribu  le mois dernier. « Les soldats ont dévasté notre maison et nous ont jetés à la rue », explique Bushra.

Déplacés et perturbés

Ghalia Al-Osaimi, directeur à Al-Karda'ee, explique qu'en raison de la sécurité relative de son école, des douzaines d'élèves déplacés des différents points chauds autour de la ville comme Al-Hasaba se sont présentés pour suivre la classe. Ceci a abouti à une surcharge des classes, renforcée par le fait qu'approximativement un cinquième des professeurs ne s'est pas présenté au travail - principalement parce qu'ils ont été eux-mêmes déplacés .

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© UNICEF Yémen/2011/ Al-Asaadi
Bien que les enfants scolarisés à l'école d'Al-Karda’ee soient excités par la rentrée scolaire, leur comportement est affecté par la violence qui les entoure, explique Mohammed Al-Hemyari un professeur de l'école.

Nous avons déjà dépassé nos capacités d'accueil, avec les nouveaux élèves de ce début d'année scolaire, énonce M. Al-Osaimi. « Notre principale préoccupation est de savoir comment garder l'école en bon état de marche, étant donné la reprise des heurts. Nous sommes inquiets de voir la reprise des violences déranger à nouveau la bonne marche de l’école ».

Les grèves d'enseignant et l'agitation civile qui a commencé en février n'ont pas été les seules causes de perturbation du système éducatif au Yémen, la guerre civile au nord et les combats contre les militants Islamiques au sud ont aussi provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes.

La campagne « Retour en classe »

Pour changer la situation, le Ministère de l'éducation nationale, avec l'appui de l'UNICEF et d'autres partenaire, sa récemment entamé une campagne nationale de rentrée des classes, afin d'encourager et faciliter l'accès aux écoles et réduire le taux d'abandon scolaire  - particulièrement aux enfants déplacés et également aux enfants désavantagé ou marginalisés.

« Cette année, L'UNICEF a fourni des cartables contenant des matériels scolaires essentiels de 350 000 à 800 000 enfants ciblés » explique Mohamed Ali Bile, Chef de l'éducation de base et de l'Équité Générale à l'UNICEF Yémen. « L'UNICEF a aussi fourni 236 tentes au gouvernorat de Sa'ada au nord du pays qui serviront d'espaces scolaires provisoires dans des secteurs où les écoles sont surchargées et ne peuvent pas accueillir plus d'élèves, ou dans des secteurs où il n'y a pas d’école du tout ».

De plus, la campagne appuyée par l'UNICEF aspirera à sensibiliser les communautés de l'importance d'envoyer leurs enfants à l'école - particulièrement les filles - et apportera une formation spéciale à 3800 professeurs pour les aider à fournir un enseignement de qualité, ainsi qu'un appui psychosocial à leurs élèves.

Des défis croissants

« Le bruit de l'artillerie, les scènes de violence et les carnages à la télé provoquent du stress et perturbent le comportement des enfants », explique Mohammed Al-Hemyari, un enseignant du secondaire à l’école Al-Karda'ee. « Mes élèves sont plus agressifs et arrivent en classe incapables de se concentrer, bien qu'ils disent aimer revenir à l'école ».

Au Yémen, 75 pour cent des garçons et seulement 64 pour cent des filles suivent une éducation de base - Le pire résultat pour cet indicateur dans la région. Une fillette Yéménite a 27 pour cent de chances d'aller au collège, tandis qu'un garçon de son âge a lui presque le double de chances d'y parvenir. Avec leur pays aux prises avec un cycle de violence et de conflit apparemment infini, les fillettes comme Bushra doivent faire face à des défis croissants si elles veulent un jour obtenir un diplôme.


 

 

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