Pakistan

Au Pakistan, s’attaquer aux causes premières du travail des enfants

Il y a un an, Iqra, 13 ans, passait ses journées à cueillir le coton et à aider sa famille dans les travaux domestiques. Aujourd’hui, grâce à un projet soutenu par la Fondation IKEA et mis en œuvre par l’UNICEF, elle est inscrite à l’école et fait des projets d’avenir.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Pakistan/2013/Butt
Iqra, deuxième à partir de la gauche, pose avec ses frères et sœurs. Elle a récemment retrouvé le chemin de l’école après avoir été obligée d’en partir à l’âge de sept ans pour aller travailler et aider à soutenir sa famille.

Par Atif Butt

BAHAWALPUR, Pakistan, 18 mars 2013 – Iqra Khalid, 13 ans, rêve d’être enseignante. « J’aimerais aider ceux qui ne peuvent aller à l’école », dit-elle avec un sourire éclatant.

Pourtant, il y a seulement quelques mois, elle ne pouvait même pas se payer le luxe de rêver.

Une enfant avec des responsabilités

Il y a six ans, le père d’Iqra a disparu. Alors âgée de sept ans et en deuxième année de l’école primaire, Iqra a dû abandonner l’école.

Pendant cinq ans, elle a aidé sa mère à cueillir le coton et, pendant la morte-saison, elle aidait comme domestique pour arriver à joindre les deux bouts. « Que pouvais-je faire ? » demande sa mère, Sumera Bibi. « J'avais cinq enfants à élever, dont le plus jeune avait à peine 16 jours - et j'était seule, abandonnée ».

La vie était à peine plus facile quand le père d'Iqra était là. « Il faisait du porte-à-porte pour vendre des ustensiles, au moins mes enfants allaient à l'école et avaient un repas le soir », se rappelle Sumera.

Sans soutien de famille, Iqra - l'aînée - a dû assumer certaines responsabilités vis-à-vis de ses frères et sœurs plus jeunes.

Le retour à l’école pour Iqra

« Nos vies auraient pu continuer sur cette voie, mais, il y a quelques mois, j'ai été invitée à cette réunion publique dans notre village », explique  Sumera. La réunion a eu lieu dans un espace communautaire multifonctionnel installé par l'UNICEF grâce au projet pour la Promotion des droits de l’enfant financé par la Fondation IKEA dans les zones agricoles cotonnières. Ce projet a pour but de s’attaquer aux causes profondes du travail des enfants dans les régions productrices de coton du Pakistan.

Lors de cette réunion, poursuit Sumera, « on m’a expliqué l’importance de l’éducation et que rien ne changera pour mes enfants s’ils ne poursuivent pas leur scolarité ». Sumera a assisté à trois réunions avant de se décider à réinscrire ses enfants à l’école.

« Je suis maintenant en quatrième année », raconte Iqra avec entrain. « Ma sœur, mon frère et moi nous allons ensemble à l’école et j’ai maintenant cinq amis », ajoute-t-elle en récitant leurs prénoms.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Pakistan/2013/Butt
Iqra et ses sœurs à la porte de l’entrée principale de leur maison à Bahawalpur au Pakistan. Elle fait partie des milliers d’enfants qui vont bénéficier d’un programme financé par la Fondation IKEA et destiné à s’attaquer aux causes profondes du travail des enfants dans les régions productrices de coton du Pakistan.

« Suite à un examen de passage, ils ont été admis à l’école publique de notre village, dit Sumera.  C’est gratuit et ils prennent aussi en charge leurs uniformes et leurs livres ». Iqra et ses deux frères et sœur d’âge scolaire suivent régulièrement la classe depuis cinq mois maintenant.

« C’est au moins un commencement »

« Maintenant je vends des bracelets, des couverts et d’autres ustensiles dans tous les villages voisins de ma maison », explique Sumera. Elle regarde fièrement en direction d’une des deux pièces de sa maison de pisé, qu'elle a convertie en petit magasin. Après avoir suivi un atelier de trois jours sur la génération de revenus, et reçu une aide du projet sous forme d'un microcrédit de 100 dollars É.-U. pour installer son magasin, elle a pu quitter son emploi de domestique.

« Je gagne maintenant entre 4000 et 5000 roupies [40-50 dollars] par mois. Ce n’est pas suffisant, mais au moins c’est un commencement », constate-t-elle.

Selon le Chef du bureau de terrain de l’UNICEF au Penjab, Ketsamay Rajphangthong, « l’UNICEF a pu, grâce aux financements de la Fondation IKEA, mettre en place une initiative communautaire de formation multisectorielle qui couvre tous les aspects majeurs de la vie d'un enfant, afin d’améliorer la vie des enfants dans huit zones agricoles cotonnières ».

Au cours des sept prochaines années, et grâce au projet financé par la Fondation IKEA et mis en place par l’UNICEF, on estime que 100 000 enfants qui travaillent, dont Iqra, et près de 300 000 enfants déscolarisés bénéficieront d’un environnement scolaire et d’un accès aux filières professionnelles améliorés.

Le projet formera 4 000 professeurs à enseigner dans le cadre d’une pédagogie « amie des enfants » et améliorera aussi l’accès à des services adéquats d’eau, d’assainissement et de santé primaire dans plus de 1 000 villages.


 

 

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