État de Palestine

À cause de la Barrière, le trajet de l’école devient un véritable calvaire pour les enfants d’Abou Dis, en Territoire palestinien occupé

Image de l'UNICEF
© UNICEF TPO/2012/ Ennaimi
Lorsqu’elle se rend à l’école, l’institutrice Karimeh Khatib doit dorénavant escorter un groupe d’enfants de 4 à 5 ans pour les faire passer un à un à travers les tourniquets d’acier et les détecteurs électroniques d’un poste de contrôle israélien.

Jérusalem-Est, Territoire palestinien occupé, le 23 juillet 2012 – Karimeh Khatib se réveille tous les matins à six heures, l’esprit angoissé par le trajet qu’elle doit emprunter pour se rendre au travail.

Il y a deux ans, alors qu’elle enseignait depuis 20 ans à l’école maternelle du Couvent Comboni à Jérusalem-Est, son trajet quotidien, jusque-là une simple promenade de dix minutes à pied, est devenu une épreuve quotidienne : elle doit escorter des enfants de 4 à 5 ans pour les aider à franchir un poste de contrôle israélien, avec un trajet en bus de chaque côté.

L’un des élèves, Batoul, explique la procédure du haut de ses cinq ans : « Chaque jour, nous mettons nos sacoches dans la machine à rayons X et nous franchissons le tourniquet pour que les soldats nous permettent d’aller à l’école ».

Un long détour

La Barrière, qui isole Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, encercle l’école maternelle du couvent Comboni, lequel s’est retrouvé d’un côté du mur alors que le village d’Abou Dis, où vivent les enseignants et les élèves, est de l’autre côté.

Les enfants doivent désormais faire un énorme détour le matin et s’attendre à de longues files devant le poste de contrôle à l’entrée de Jérusalem. Le trajet prend une heure environ, parfois plus.

Mme Khatib, 45 ans, doit franchir le poste de contrôle à pied et faire passer les élèves un à un à travers les tourniquets d’acier, les détecteurs électroniques et les barres de fer qui terrorisent certaines des fillettes.

« Il y a presque toujours un problème au poste de contrôle », explique l’enseignante. « Un jour, je me suis coincé le bras dans le tourniquet et j’ai peur que la même chose n’arrive à l’un des enfants ou qu’ils se prennent les mains dans l’une des machines ».

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La Barrière encercle l’école maternelle Comboni, l’isolant du village palestinien où habitent nombre de ses enseignants et de ses élèves.

La fréquentation scolaire en pâtit. En 2010, 56 des élèves de l’école maternelle venaient de Cisjordanie. Cette année, ils ne sont plus que sept. « Cela coûte 399 NIS par mois (environ 74 dollars) pour les deux bus, et pour beaucoup de ménages, c’est trop cher », explique Mme Khatib, qui ajoute que certains parents se demandent si ce n’est pas dangereux pour des enfants aussi jeunes de franchir un poste de contrôle deux fois par jour.

Une qualité inférieure

Israël dit que la Barrière est nécessaire pour des raisons de sécurité. Or elle n’a pas été construite le long de la Ligne verte, mais à l’intérieur du Territoire palestinien et la Cour internationale de justice l’a déclarée illégale dans un avis consultatif de 2004.

Cette structure de métal et de ciment de sept mètres de haut encercle l’école maternelle et sa cour de récréation. « Ce n’est pas un environnement sain pour des enfants », estime l’une des nonnes italiennes qui s’occupent des classes maternelles.

Les bonnes sœurs ont peint de riants personnages de dessin animé au bas de la Barrière, dans l’espoir de rassurer les enfants. Mais les Forces de sécurité israéliennes ont récemment pénétré dans l’école pour rehausser le mur.

Les parents qui ne peuvent payer l’abonnement de bus pour l’école maternelle du couvent disent qu’ils devront se contenter d’une éducation de qualité inférieure pour leurs enfants. « Beaucoup de classes maternelles sont sales et surpeuplées à Abou Dis », constate Mme Khatib, qui ajoute que l’une d’elle n’a même pas de quoi payer la construction de toilettes.

Le changement n’arrivera jamais trop tôt pour les enfants d’Abou Dis, qui voient leur horizon se rétrécir.

« L’an prochain, plus aucun enfant [de Cisjordanie] ne m’accompagnera à l’école. Aucun de ceux qui vivent de ce côté-ci n’est inscrit, regrette Mme Khatib. Cela ne peut continuer. Il faut protéger l’éducation et l’avenir de nos enfants ».


 

 

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