Éducation de base et égalité des sexes

De l’aide pour les enfants enlevés et exploités par les groupes armés en République centrafricaine

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© UNICEF RCA/2012/C Boughton
A Obo, République centrafricaine les populations ont été déplacées par les attaques de l’Armée de résistance du Seigneur.

Par Colette Boughton

OBO, République centrafricaine, 25 juillet 2012 – « J'étais en train de dormir à la maison  avec ma mère et mes frères et soeurs. Dans la nuit, des hommes sont venus avec des armes et des torches. Ils m'ont emmenée, moi et deux autres  enfants de ma famille et beaucoup d'autres enfants de notre village », affirme Sophie*, en évoquant son enlèvement et la période d'esclavage aux mains de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) en République centrafricaine.

Elle et les enfants enlevés ont été d'autres plus tard, séparés et répartis entre les différentes cellules de la LRA, forcés de devenir des porteurs, cuisiniers, combattants ou esclaves sexuels.

Mais contre toute attente, Sophie s'est échappée et a réussi à trouver son chemin de retour à Obo, une ville de la République centrafricaine (RCA) qui est devenue une cible privilégiée des attaques de la LRA.

Bénédicte* a parlé de ses expériences après avoir été capturé. Treize autres enfants et lui ont été enlevés par la LRA en mars 2008. « J'ai commencé par être porteur, dit-il. Nous avons été amenés d'ici [en RCA] jusqu’à une base au Congo, qui a été bombardée. Ensuite, le groupe s’est séparé. On m'a ensuite donné une arme. J'ai dû aller dans les villages et voler et tuer. Ils m'ont obligé à tuer pour sauver ma propre vie ».

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© UNICEF RCA/2012/S Bodemo
Des écoles temporaires ont été installées pour les enfants déplacés en République centrafricaine.

Les deux longues années qu'il a vécues avant son évasion continuent de le faire souffrir. Les deux longues années qu'il a vécues avant son évasion continuent de le faire souffrir. « J'oublie, mais quand je suis seul mes pensées retournent à ces souffrances. Je n'aime pas rester seul, je préfère être en compagnie d'autres personnes qui me permettent d'oublier cette période ».

De retour dans leurs communautés

Pour aider Sophie et Bénédicte à surmonter leurs expériences traumatisantes et à les réunir avec leurs familles, on les a envoyés à des partenaires de l'UNICEF et du Bureau de l'USAID chargé de l’aide aux pays touchés par des catastrophes (USAID / OFDA).

Marzia Vigliaroni, psychologue et chef de la protection de Cooperazione Internazionale (COOPI), dans le Haut Mbomou, a aidé plus de  enfants enlevés par la LRA en République centrafricaine. Elle explique comment les enfants sont pris en charge. « Je ne peux pas seulement traiter l'enfant. J'ai besoin de l'appui de la communauté pour aider l'enfant à se rétablir. J’écoute l'histoire de la victime et ce qu'elle a vécu lors d'entretiens individuels. J'organise également des groupes de soutien dans lesquels les victimes de la LRA - filles, garçons, hommes et femmes - peuvent parler de ce qu’ils ont subi et commencer à comprendre qu’ils ne sont pas les seuls à avoir souffert de cette manière. En leur faisant fréquenter l’école et en rendant à leur famille dès que possible, on les aide à retrouver un sentiment de normalité ».

Mme Vigliaroni explique que les effets de la brutalité de la LRA sont ressentis par le reste de la population. « La communauté tout entière, pas seulement les personnes emmenées par la LRA, est traumatisé par les attaques », assure-t-elle.

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© Bureau des Nations Unies de la RSSG pour les enfants dans les conflits armés/2011/T La Rose
Bénédicte est resté captif de la LRA et a dû combattre pendant deux ans et demi. Maintenant qu’il a reçu conseils et soutien, il est retourné dans sa communauté.

Espoir pour les communautés déplacées

La LRA a débarqué en RCA en 2008. Depuis lors, la population des quatre préfectures orientales vit sous la menace des attaques de la LRA.

Cependant, la communauté internationale s’intéresse de plus en plus au sort des enfants et des familles frappés par la LRA  et on peut maintenant espérer que la terreur prendra bientôt fin dans cette région. Le 13 mai 2012, un haut commandant de la LRA, César Achellam, a été capturé non loin d’Obo. Il y avait avec lui une adolescente et un bébé, qui ont été depuis pris en charge par des réseaux communautaires et qui sont actuellement aidés par COOPI. Ils retourneront dans leur famille, dans une autre partie du pays et recevront l'assistance de suivi de COOPI pour qu'elle puisse se rétablir de son épreuve.

Grâce à l'appui de l'USAID/OFDA et d’autres donateurs, l'UNICEF et ses partenaires continuent d'aider les enfants enlevés à se remettre de leur vie dans la LRA et à retrouver leurs familles et communautés. Les fonds de  l’OFDA ont également contribué à fournir des services sociaux de base tels que la santé, l'éducation et l’accès à l’eau et à l’assainissement pour les communautés touchées par la LRA et les populations déplacées.

« L'UNICEF et la communauté internationale ont besoin de continuer à fournir la gamme complète des fournitures humanitaires nécessaires dans les régions de la République centrafricaine affectées par les incursions de l'Armée de résistance du Seigneur », constate Mme Tanya Chapuisat, Représentante de l'UNICEF en RCA, tout en mettant l'accent sur la résilience des communautés grâce à un soutien socio-économique visant à enraciner la réinsertion et promouvoir une reprise durable ».

Les noms de ces personnes ont été changés pour protéger leur identité.


 

 

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