Éducation de base et égalité des sexes

Les enfants des implantations sauvages de Nairobi manquent d’accès aux services de base et de possibilités d’avenir

Par Pamela Sittoni

Le rapport phare de l’UNICEF, « La situation des enfants dans le monde en 2012 : les enfants en milieu urbain », publié le 28 février, est axé sur les enfants vulnérables des zones urbaines. Un milliard d’enfants vivent en milieu urbain, et ce nombre croît rapidement. Pourtant les disparités entre les villes montrent que beaucoup n’ont pas accès à l’école, aux soins de santé et à l’assainissement malgré la proximité de ces services. Cette histoire fait partie d’une série d’articles soulignant les besoins de ces enfants.

NAIROBI, Kenya, le 14 mars 2012 – Alors que ses camarades de Korogocho, une implantation sauvage de Nairobi, partent à l’école, John Kinuthia, 15 ans, quitte également son foyer. Mais au lieu de prendre le chemin de l’école, il marche un demi kilomètre en direction de la plus grande décharge de la ville afin de gagner tout juste de quoi vivre.

VIDÉO (en anglais) : L’UNICEF relate le combat d’un garçon de 15 ans qui essaie de s’en sortir dans une des implantations sauvages de Nairobi.

À la décharge, John rejoint des hommes, des femmes et des enfants qui s’agitent au milieu des déchets. Aucun d’eux n’est équipé de tenues, de gants ou de masques pour se protéger. Tout ce dont ils disposent sont des crochets, qu’ils utilisent pour ramasser les objets, ainsi que des sacs en toile de jute pour transporter leurs marchandises auprès des acheteurs.

« Je fouille dans les tas de déchets pour trouver du plastique, des vêtements, des chaussures… tout ce que je peux vendre contre un peu d’argent », explique John. Ces objets sont envoyés en usine pour être recyclés, ou bien, dans le cas des vêtements, des couverts, des appareils électroniques ou ménagers, ils sont revendus dans les rues.

La vie dans les taudis

Entre 1980 et 2009, la population de Nairobi, la capitale, a explosé, passant de 862 000 à environ 3,4 millions d’habitants, une croissance accompagnée par des taux accrus de pauvreté et des conséquences négatives sur la santé. Environ deux tiers des habitants de la ville vivent désormais dans des implantations sauvages, avec généralement un manque d’accès aux services de base.

John a abandonné l’école en 2010, parce que sa mère ne pouvait plus la lui payer. Bien que l’enseignement primaire soit gratuit, les parents sont tenus d’acheter des uniformes et des bureaux pour leurs enfants et de contribuer aux projets scolaires.

Image de l'UNICEF
© UNICEF VIDEO
John Kinuthia, quinze ans, ramasse des objets récupérables dans une décharge de Nairobi.

Sa mère, Jemima Wambui, aimerait qu’il puisse retourner à l’école. Mais ses revenus, issus de la vente de pain chapati sur le bord de la route, ne sont tout simplement pas suffisants. « Je dois subvenir aux besoins de John ainsi qu’à ceux de sa soeur et ses quatre enfants. Je dois les habiller, les nourrir, et payer le loyer. Ils comptent tous sur moi », explique-t-elle.

Le voisin de John, Bonventure Odhiambo, 15 ans, est également déscolarisé. Bonventure a cessé d’aller à l’école après la mort de sa grand-mère à l’ouest du Kenya, où il vivait. Il a dû rejoindre sa mère à Nairobi, et passe désormais ses journées à s’occuper de ses soeurs cadettes. Elles ne disposent d’aucun espace de jeu au sein de l’implantation sauvage.

Leur mère, Selina Atieno, explique : « je n’arrivais pas à gagner assez d’argent pour leur offrir un bureau et un nouvel uniforme. L’école demandait aussi son certificat de naissance pour qu’il puisse passer dans la classe supérieure. Le processus d’obtention du certificat de naissance est compliqué aussi. Mais j’aimerais vraiment qu’il retourne à l’école ».

Tout comme John, Selina Atieno travaille à la décharge, gagnant tout juste de quoi payer le loyer et acheter de la nourriture et de l’eau pour sa famille.

Ni eux ni leurs voisins n’ont accès à l’assainissement ou aux services de santé de base ; les égouts à ciel ouvert qui longent les routes sont jonchés d’ordures. Ils ont la chance d’avoir des points d’eau, mais n’ont pas l’électricité.

Image de l'UNICEF
© UNICEF VIDEO
Jemima Wambui vend du pain chapati sur le bord de la route, mais elle ne gagne pas suffisamment pour pouvoir payer les frais scolaires de son fils.

Recueillir des données supplémentaires

D’après le prêtre et éducateur local John Webootsa, la région ne dispose que de deux écoles primaires publiques. « Ces écoles ne bénéficient qu’à une faible part de la population dans cette région… les autres parents doivent se battre pour envoyer leurs enfants dans les écoles informelles, gérées à titre privé ».

C’est pourquoi environ 30 pour cent des enfants de cette implantation sauvage ne vont pas à l’école, affirme John Webootsa.

« La plupart se retrouvent à la décharge, parce qu’ils doivent bien se débrouiller pour gagner leur vie. À vrai dire, la prostitution et le mariage des enfants sont très courants ici », explique-t-il.

Lorsqu’elles sont disponibles, les données urbaines révèlent de fortes disparités dans les taux de survie et l’état nutritionnel des enfants, en raison des inégalités d’accès aux services. Et même ce type d’informations est souvent difficile à trouver. Il est nécessaire d’approfondir les données et leur analyse afin de s’occuper des besoins de ces enfants urbains pauvres et exclus.

John Webootsa demande au gouvernement d’allouer davantage de ressources en faveur des enfants des implantations sauvages. Le rapport phare de l’UNICEF, « La Situation des enfants dans le monde 2012 », appelle également les gouvernements à orienter les ressources et services nécessaires vers ces enfants, et à participer à la compréhension de l’étendue de la pauvreté urbaine afin que les responsables et les organisations partenaires parviennent à mieux répondre aux besoins des enfants.


 

 

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