Éducation de base et égalité des sexes

Le manque de nourriture oblige les enfants à quitter l’école au Niger

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© UNICEF Niger/2012/Tidey
Zara, 14 ans, et Oumou, 16 ans, assises dans leur classe d’école dans la région de Tillabery au Niger. Les deux filles survivent avec un repas par jour et ont du mal à se concentrer, car elles manquent d’énergie.

Par Chris Tidey

NIAMEY, Niger, 6 février 2012 – Les effets de l’insécurité alimentaire sur la santé des enfants sont évidents ; les enfants, en particulier les enfants de moins de cinq ans, sont exposés aux dangers de la malnutrition.

L’impact dévastateur de la crise sur l’éducation des enfants, est lui moins évident. Quand il n’y a pas assez à manger, l’école peut rapidement passer au second plan des préoccupations.

C’est le scénario auquel sont  confrontées d’innombrables familles africaines de la zone sahélienne, où la menace d’une crise alimentaire est imminente. Les enfants de Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Mali, Tchad et certaines zones localisées au Sénégal sont particulièrement menacés.

Zara, 14 ans, et Omou, 16 ans, sont cousines du même village de Bégorou Tondou dans la région de Tillabery au Niger – une zone qui a particulièrement été durement touchée par la sécheresse et les mauvaises récoltes. Leur famille survit avec juste un repas par jour, et la situation est devenue si désespérée que les pères des fillettes sont tous deux partis chercher du travail au Ghana. Zara et Oumou n’ont plus aucune nouvelle d’eux depuis.

 Au moins, pour le moment, elles continuent d’aller à l’école.

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Semana, 12 ans, ne va plus à l’école. Sa famille a quitté le village pour Niameyà la recherche de nourriture et d’un travail.

Obligés de partir

« Nous n’avons jamais eu si peu de nourriture », raconte Oumou. « Bien sûr, je veux continuer d’aller à l’école, mais parfois j’ai tellement faim et si peu d’énergie que je ne n’arrive même pas à voir le tableau ».

Zara explique que si la situation ne s’améliore pas, elles vont peut-être devoir arrêter l’école. C’est ce que viennent de faire certains de leurs camarades de classe : depuis octobre 2010, le nombre d’élèves présents à l’école a chuté de 180 élèves à moins de 100.

Alors que certains ont quitté l’école parce qu’ils étaient trop faibles pour suivre la classe, d’autres sont partis quand leurs familles ont déménagé pour trouver du travail et à manger. Selon HELP, une ONG internationale, des villages entiers de la région de Tillabery se sont déplacés de leurs terres traditionnelles parce la la récolte d’octobre, et qui devait durer six mois ou plus, est déjà épuisée.

Certaines familles déplacées ont passé la frontière avec le Burkina Faso, tandis que d’autres, venant des zones rurales, ont migré vers les centres urbains. Dans les deux cas, le maintien d’une éducation est extrêmement limité.

Semana, âgé de 12 ans, et sa famille vivent désormais à la périphérie de Niamey. Il y a plusieurs mois, ils ont dû quitter leur village, à près de soixante kilomètres de là, pour trouver à manger. Il n’est pas retourné à l’école depuis.

« Je n’ai pas d’autre choix pour l’instant parce qu’il me faut travailler avec mon père pour gagner de l’argent pour notre nourriture », dit-il. Il aide son père à transporter des marchandises avec une charrette tirée par un âne. Un travail qui rapporte approximativement 1,3 franc CFA (2,60 dollars É.-U.) par jour.

Les repas maintiennent les enfants à l’école

Beaucoup de parents partent en voyage en quête d’un travail, abandonnant leurs enfants au village où ils ont la garantie d’au moins un repas par jour grâce aux programmes des cantines scolaires.

Les parents de Souleye l’ont laissé aux soins de sa grand-mère à Bégorou Tondou, où il bénéficie de deux repas par jour, car il va à l’école locale. Ils ne rentreront pas avant la prochaine récolte, en octobre au plus tôt.

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Des élèves suivent une leçon à l’école de Bégoura Tondou, dans la région de Tillabery au Niger.

« L’année dernière, ça allait, mais pas cette année », raconte Souleye. « Je mange à l’école pendant la journée, mais ce n’est pas assez. Parfois, la nuit je n’arrive pas à dormir à cause des crampes d’estomac ».

Et la situation pourrait devenir encore plus précaire. La nourriture à la cantine est limitée, et si la cantine s’arrête, beaucoup d’élèves seront obligés de partir, interrompant ainsi leur scolarité.

« Nous avons assez de nourriture pour tenir une semaine de plus », explique Ibrou Salifou, le directeur de l’école à Bégorou Tondou. « Si nous devons arrêter l’école, les familles avec enfants quitteront le village, et nous serons obligés de fermer l’école ».

Il nous faut plus d’aide

L’interruption prolongée de la scolarité, diminue le développement éducatif général  des enfants, remettant en cause leurs perspectives futures de travail et perpétuant le cycle de la pauvreté.

Au Niger, 66 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et les indicateurs d'éducation sont parmi les plus bas du monde. Du fait de ces conditions difficiles, l’importance du maintien de la scolarisation des enfants ne saurait être surestimée.

L’UNICEF travaille en collaboration avec le Gouvernement et ses partenaires, dont le Programme alimentaire mondial (PAM), pour fournir, entre autres interventions, une alimentation scolaire d’urgence, construire des salles de classe pour les enfants déplacés et accroitre les capacités scolaires des communautés d’accueil.

Cependant, il faut plus d’aide. L’UNICEF demande 30 millions de dollars É.-U. pour continuer à satisfaire les besoins des enfants nigériens en 2012. L’UNICEF et ses partenaires appellent également la communauté internationale à intensifier ses efforts en faveur des enfants menacés par la crise alimentaire.

Il n’est pas trop tard, mais le monde doit agir maintenant.


 

 

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