Éducation de base et égalité des sexes

Les enfants vulnérables s'efforcent de surmonter les effets des crues au Pakistan

Image de l'UNICEF
© UNICEF Pakistan/2011/Chaudhry
Tariq, 11 ans, handicapé par la polio, est couché dans son lit au camp de Qaid-e-Awam dans la province de Sindh, au Pakistan. Son père est mort au cours des inondations.

Par Raheela Chaudhry

DISTRICT DE BENAZIRABAD Pakistan - 29 décembre 2011 - Dans le camp de  Quaid-e-Awam, les yeux du petit Tariq Ali, 11 ans, sont cernés de noir.

Lorsque la province du Sindh a été inondée suite aux pluies de la mousson, un peu plus tôt cette année, Tariq a été l'un des 2,4 millions d'enfants affectés. Maintenant, alors que les familles commencent à retourner dans leurs maisons dévastées, Tariq est confronté à des défis encore plus imposants que la plupart de ses camarades.

Tariq est handicapé : il a été victime du virus de la polio quand il n’était qu’un nourrisson. La maladie l'a laissé paralysé dans un environnement où l'hébergement pour les enfants handicapés est pratiquement inexistant. Puis, il y a quelques années, sa mère est morte. Et quand les pluies de la mousson se sont abattues sur sa maison en septembre, le toit s'est effondré, tuant son père.

Le cousin qui a sauvé Tariq est désormais son seul soutien.

Priorité aux enfants

Les enfants handicapés ne sont que quelques-uns des enfants vulnérables pour lesquels la protection est essentielle dans le sillage d'une catastrophe. Les enfants sans tuteurs adultes et les personnes séparées de leur famille ont également besoin d'un soutien spécial.

Ici, au camp de Quaid-e-Awam, l'UNICEF et son partenaire, l'Organisation Potohar pour le plaidoyer en faveur du développement (PODA), se sont engagés à trouver et aider les enfants qui ont besoin de services spéciaux de protection.

L'UNICEF et ses partenaires mettent également en place des comités de protection des enfants dans les zones touchées par les inondations. Ces comités sont composés de résidents locaux qui ont reçu une formation leur permettant d’identifier et surveiller les enfants vulnérables et de leur fournir un soutien vital.

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Seema, 6 ans, et Saima, 8 ans, vont en classe dans un centre d’apprentissage temporaire. Leur frère de 14 ans est le chef de la famille.

À ce jour, 124 comités, avec un total de 2600 membres, ont été formés pour veiller à ce que des enfants comme Tariq ne passent pas à travers les mailles du filet, même après la fin de l’intervention contre les inondations.

« Le fait est que les enfants passent en dernier, derrière les adultes, quand il s'agit de l'accès aux services essentiels, à la fois juste après la catastrophe mais aussi plus tard », constate Nabia Farrah, la responsable de la protection de l'enfance à l’UNICEF. « Il est impératif que les adultes soient sensibilisés aux besoins particuliers des enfants vulnérables et qu’ils assument la responsabilité de la protection des enfants dans leurs propres quartiers ».

Travailler dur pour récupérer

 Asif n’a que 14 ans, mais il est déjà responsable du bien-être de sa famille. Lui et ses soeurs, Saima 8 ans, et Seema, 6 ans, ont perdu leur père suite à une maladie au début de l’année. Quelques semaines plus tard, les inondations ont commencé.

La mère d’Asif a réussi à les sortir de la maison juste avant qu’elle ne s’effondre. Mais après avoir déménagé dans un camp de réfugiés, elle est tombée malade.

« Elle a perdu du poids, se rappelle Asif, mais il n'y avait pas de médecin là-bas et elle est morte ».

Asif est à présent le chef de famille. « Nous n'avons plus de larmes après avoir tant pleuré », dit-il.

Pourtant, Asif travaille dur pour aider sa famille à récupérer des inondations. Il a veillé à ce que ses soeurs aillent dans un centre d'apprentissage temporaire,  soutenu par l’UNICEF, où elles apprennent à lire et à écrire et à se protéger contre la maladie. Là, Seema et Saima reçoivent également des soins psychosociaux, et elles ont la possibilité de jouer avec d'autres enfants. Elles sont bien supervisées par du personnel qui sait identifier et surveiller les enfants vulnérables et comment les faire bénéficier de services de soutien à la santé et à l'éducation, ainsi que d'une aide psychosociale.

L'éducation est la clé de l'avenir

A cause des inondations de cette année, 733 000 enfants ne vont plus à l'école, et plus de 9300 établissements scolaires  - 60 pour cent du nombre total des établissements de la région – ont été endommagés. Il faut que les enfants retournent rapidement en classe pour éviter que cette interruption de leur scolarité ne devienne permanente.

Il y avait déjà eu des inondations dues à la mousson en 2010 et ces situations d’urgence successives ont anéanti les moyens de subsistance de millions de personnes ; les enfants affectés risquent de se faire exploiter, d’être victimes de la traite ou d’abus sexuels. Le danger de l'exploitation est encore plus grand pour les enfants vulnérables comme Tariq, Asif et ses soeurs.

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Asif, 14 ans, s’occupe de ses sœurs Seema, 6 ans, et Saima, 8 ans, depuis la mort de leurs parents.

Les centres temporaires d’apprentissage sont un élément clé des efforts de l'UNICEF pour protéger ces enfants et leur fournir l'éducation nécessaire pour se maintenir en bonne santé et se protéger. A l'heure actuelle, quelque 96 700 enfants, dont presque la moitié sont des filles, sont inscrits dans plus de 2 000 de ces centres, soutenus par l'UNICEF, dans 10 districts ravagés par les inondations.

Les perturbations causées par les inondations offrent également l’occasion d'éduquer les enfants qui n'ont jamais été à l'école. Parmi les enfants qui fréquentent les centres d’apprentissage soutenus par l'UNICEF, 40 pour cent n'étaient jamais allés à l’école avant.

Maintenant, alors que les eaux se retirent, 19 pour cent des centres ont été installés dans des  zones de retour afin d'assurer que l'éducation restera disponible même si les écoles sont fermées. L'UNICEF distribue également des kits récréatifs et éducatifs ainsi que des Écoles-en-boîte, qui contiennent tout le matériel d’enseignement nécessaire. Plus de 2 600 enseignants ont été formés à l'utilisation de ces fournitures et savent également dispenser un soutien psychosocial et une éducation en matière d'hygiène.

Néanmoins, de nombreux enfants ne bénéficient toujours pas de ces services essentiels. L'UNICEF a besoin de toute urgence de 50,3 millions de dollars E.-U., pour financer des initiatives en matière d'éducation, santé, assainissement, nutrition et protection des enfants touchés par les inondations au cours des six mois après la catastrophe, une période critique. À ce jour, seulement 39 pour cent de ce montant a été reçu, laissant d'innombrables enfants vulnérables sans accès à l'éducation et menacés par le danger de l'exploitation et de la maltraitance.


 

 

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