Éducation de base et égalité des sexes

En RD du Congo, l'UNICEF et ses partenaires aident les enfants déplacés par les conflits à recevoir une éducation

Par Vivian Siu

WALIKALE, République démocratique du Congo, 20 décembre 2010 – Ujumbe Kiwabantu et sa famille ont été déplacées il y a deux ans par le conflit en RDC après s'être s'enfuies de chez elles et être venues vivre avec des parents éloignés à Walikale, un territoire isolé dans la forêt vierge.  

VIDÉO (en anglais) : 9 décembre 2010 - le reportage de la correspondante de l'UNICEF, Vivian Siu, sur une initiativedestinée à aider à l'éducation des enfants déplacés par le conflit dans la République démocratique du Congo (RDC).  Regarder dans RealPlayer

« Nous sommes venues ici parce que les soldats venaient toujours dans notre village pour piller », dit Ujumbe, 12 ans.

« Nous nous sommes enfuies d'où nous étions parce qu'il y avait tout le temps la guerre », ajoute sa mère, Bawli Apoline.

Situation d'incertitude

La RD du Congo, un vaste pays de la taille de l'Europe de l'Ouest, est enlisée dans la guerre et les troubles politiques depuis des décennies. Les Nations Unies y maintiennent leur plus importante mission de maintien de la paix depuis 1999. Le pays est aussi le deuxième pays le plus pauvre du monde, avec 59 pour cent de sa population vivant sous le seuil international de pauvreté de 1,24 dollar par jour.

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Ujumbe Kiwabantu, 12 ans (avec le cahier), a repris ses études à Walikale, en RD du Congo. Il y a deux ans, sa famille a dû fuir les violences.

Les familles congolaises vivent dans un environnement imprévisible et dans une situation de constante incertitude. A tout instant, leurs vies peuvent de nouveau être bouleversées. La conséquence est que l'éducation de qualité pour les enfants est grandement compromise.

« Il est très difficile d'enseigner dans une situation d'insécurité comme à Walikale », dit l'un des professeurs d'Ujumbe, Bernard Zirhumana Muzirhu. « Un groupe armé peut surgir et vous êtes obligé de prendre la fuite avec les élèves et d'arrêter les cours ».

Un environnement protecteur

En RD du Congo, le taux brut de scolarisation dans les écoles primaires, c'est-à-dire la proportion d'enfants de n'importe quel âge inscrits à l'école primaire, est passé de presque 100 pour cent il y a 30 ans à 6 pour cent en 2005. La scolarisation brute pour les filles est aujourd'hui de 58 pour cent. Le taux de scolarisation net, qui mesure la proportion d'enfants en âge d'aller à l'école primaire inscrits dans les classes de l'enseignement primaire, est même encore plus faible. Et bien plus de garçons que de filles vont à l'école.

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L'ONG italienne AVSI partenaire de l'UNICEF offre une formation psychosociale aux enseignants de Walikale, en RD du Congo, leur donnant plus de moyens pour travailler avec des élèves déplacés par le conflit.

Avec l'appui du gouvernement des Pays-Bas, l'UNICEF et l'ONG italienne AVSI participent ensemble à un programme d'éducation en situation d'urgence afin d'aider les enfants de RDC à poursuivre leurs études et à leur apporter un sentiment de normalité pendant cette période difficile. 

Ce programme entre dans le cadre d'une initiative destinée à installer solidement les programmes d’éducation  dans les situations d'urgence et de transition faisant suite à une crise afin de parvenir à mettre en place une scolarisation de base de qualité pour tous les enfants.

« L'école apporte un environnement protecteur », dit Elena Locatelli, Chargée d'éducation à l'UNICEF, observant que quelques heures passées en classe chaque jour maintiennent également les enfants « occupés avec des activités qui ne les font pas penser aux difficultés qu'ils ont connues dans leur passé ».

Changement dans la philosophie de l'enseignement

En participant à des activités de groupe, les enfants peuvent s'exprimer et faire passer leurs  traumatismes dans des chansons, dans la poésie et dans la danse. Voilà pourquoi  AVSI a formé les enseignants à aider les enfants déplacés et vulnérables à s'épanouir. A Walikale, la formation a produit d'importants changements dans la philosophie et la pratique de l'éducation.

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À Walikale, en RDC, Ujumbe Kiwabantu (au centre) et sa famille sont assises à l'extérieur de leur habitation provisoire.

« Avant, nous aurions donné le martinet aux enfants », dit Bernard Zirhumana Muzirhu. « Mais grâce à la formation psychosociale, les enseignants et les élèves sont à présent des amis et nous n'utilisons plus le martinet ».

Le programme d'éducation dans les situations d'urgence est aussi en train de remettre les écoles en état et de distribuer des fournitures scolaires et des kits de loisirs afin que les élèves puissent participer aux activités régulières qui sont indispensables pour le développement physique, mental, psychosocial et social. En outre, le programme a doté durant ces dernières années plus de 130 000 enfants de kits pédagogiques dans la province du Nord-Kivu, ravagée par les conflits.

À la recherche de stabilité

Néanmoins, Ujumbe s'inquiète pour son avenir. Elle craint que d’être à nouveau déracinée par les violences, elle et sa famille. « J'aime aller à l'école et j'espère terminer mes études mais j’ai peur qu’une nouvelle guerre ne m’oblige à fuir encore », dit-elle. 

« Ma plus grande crainte est que je ne sais pas si mes enfants finiront un jour leurs études », admet sa mère. 

Ujumbe et sa famille espèrent que, par la suite, elles pourront retourner dans leur village et retrouver leur domicile, avec l'espoir d'avoir un avenir meilleur. « Je voudrais que mon pays soit un pays en paix», dit Ujumbe, « pour que chacun puisse rentrer chez soi et vivre bien ».


 

 

UNGEI

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