Éducation de base et égalité des sexes

Au Bénin, il faut tout un village pour faire faire des études à un enfant

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Des élèves suivent la classe au village de Bembèrèkè, dans le nord du Bénin, avec l'aide d'une intiative éducative de la communauté locale appuyée par l'UNICEF.

Par Shantha Bloeman

BEMBÉRÉKÉ,  Bénin, 20 avril 2010 – Au Bénin, aller à l'école, cela peut être un long parcours solitaire pour une jeune fille,  même si ses parents la laissent poursuivre ses études. Mais un programme appuyé par l'UNICEF utilisant l'aide de « grandes soeurs » dans 16 districts de ce pays de l'Afrique de l'Ouest rend  la route plus agréable. C’est également un dispositif de surveillance pour être sûr que, chaque jour, les filles arrivent à l'école.  

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« Quand j'ai fini ma toilette, je vérifie si « mes filles » ont terminé la leur. Si c'est le cas, nous partons à l'école ensemble pour ne pas arriver en retard, » dit Elaire Gama, 11 ans, qui fréquente l'école primaire de Bembéréké, un village d'agriculteurs d'une zone rurale, au nord du Bénin. 

Exemples pour les jeunes filles

Les « grandes soeurs » sont des filles plus âgées qui se portent volontaires pour passer prendre une à trois filles plus jeunes chaque matin. Elles font le trajet à pied ensemble jusqu'à l’école et pour le retour et la fille la plus âgée surveille les plus jeunes pendant les récréations.  

« Les autres élèves nous respectent et nous regardent comme si nous étions des enseignants, » dit Elaire. Il est évident qu'elle prend son rôle très au sérieux.

Beaucoup d'élèves des classes supérieures de l'école se comportent aussi comme des surveillants. Si quelqu'un du quartier ne se rend pas à l'école, un de ces élèves va voir la famille pour savoir pourquoi et le signale ensuite au directeur. Elles s'occupent aussi des enfants qui n'ont jamais fréquenté l'école  et les encouragent à y aller. 

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Elaire Gama, 11ans, encadre les fillettes plus jeunes et les accompagne pour aller et revenir de l'école au village de Bembéréké‎, au nord du Bénin.

Souvent, on leur raconte que l'enfant doit rester pour travailler à la ferme des parents ou s'occuper des animaux. Lorsque de tels cas sont signalés, l'association parents-enseignants cherche à trouver des moyens pour les aider à surmonter ces obstacles.

En 2008, seulement à peu près une fille béninoise sur cinq étaient inscrites dans une école secondaire, contre près de la moitié des garçons. Le recours à des élèves-surveillants n’est qu’une des nombreuses tactiques sur lesquelles comptent les écoles du Bénin pour renverser des résultats décourageants en matière de fréquentation et d’achèvement des études.   

La responsabilité de la communauté

Le programme d'enseignement de l'UNICEF appuyé par les communautés dans 645 écoles du pays  fait de  l'enseignement une responsabilité aussi bien pour les élus locaux que pour les éducateurs, les parents et les élèves eux-mêmes.  

 Chabu Mane Moussa, le maire de Bembéréké, se rend régulièrement aux réunions de l'association parents-enseignants qui se déroulent dans une salle de classe. « La constitution du Bénin dit que chaque enfant doit aller à l'école, qu'il s'agisse d'une fille ou d'un garçon, » fait remarquer le maire. « Nous devons veiller à ce que l'école soit un facteur pour notre développement car dans quelque pays que ce soit, s’il n’y a pas d’éducation, il n’y a pas de développement. »

Faire comprendre aux parents l'importance de la scolarisation, particulièrement pour les filles, est un volet capital du programme au Bénin. La Stratégie d'accélération de l'éducation des filles, signée en 2005, encourage l'égalité des sexes et l'école primaire est gratuite pour tous les enfants. Cela a eu pour résultat un accroissement significatif de la scolarisation des filles.

La participation des parents

« Ici, au Bénin, la plupart des parents n'ont pas fait d'études et ne savent ni lire ni écrire. Mais ils veulent savoir comment réussissent leurs enfants, » explique le directeur de l'école primaire de Bembéréké, Saka Jonas.

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Les mères du village de Bembèrèkè se réunissent une fois par semaine pour faire du gari à partir de manioc moulu. Elles le vendent sur les marchés et une partie des recettes sert à aider l'école du village.

Des formulaires utilisant des codes de couleur font voir aux parents les résultats scolaires de leurs enfants en même temps que le récapitulatif de leurs heures de présence à l'école, de leur ponctualité et de  leur comportement. Le dispositif stimule l'intérêt et le soutien des parents et permet d'établir la confiance entre les enseignants et les parents.

Les femmes du district où se trouve Bembéréké  apportent leur soutien à l'école en fabriquant et en vendant du gari (un aliment populaire à base de manioc). Elles font don d'une partie de leurs gains à l'école. Une autre partie va à une caisse tournante auprès de laquelle les mères peuvent emprunter de l'argent à un faible taux d'intérêt pour payer les uniformes scolaires et le nécessaire pour aller à l'école.

Les recettes de ces ventes ont permis la construction d'une nouvelle école maternelle dans le village.

Les femmes s'organisent

Tamou Kpageno, la femme d'un agriculteur, mère de cinq enfants de moins de 10 ans, est un membre actif du groupe de femmes qui apporte son soutien à l'enseignement. Elle bénéficie aussi des prestations offertes par l'école maternelle. Au lieu de se demander comment elle va s'occuper de ses enfants de trois et quatre ans, les plus âgés de ses enfants les déposent à l'école maternelle.

« Nous les femmes, nous sommes organisées pour gagner de l'argent pour envoyer nos enfants à l'école, » dit Tamou Kpageno, assise sur un tabouret alors qu'elle fait frire du gari. « J'espère que mes enfants feront de bons professeurs ou de bons policiers ou que certains, même,  iront en Europe pour réussir. »


 

 

Vidéo

Le reportage du correspondant de l'UNICEF au Benin, Alex Duval Smith, sur un programme d'enseignement qui encourage les filles à aller à l'école en s'appuyant sur la communauté locale.
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Site de l'Initiative des Nations unies pour l'éducation des filles
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