Éducation de base et égalité des sexes

La lutte pour que les écoles sinistrées par les inondations ouvrent à nouveau

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Une jeune fille utilise un seau pour extraire la boue et l'eau de sa maison, en jettant le tout dans la rue dans la vieille partie de la la ville des Gonaïves endommagée par les inondations

Par Elizabeth Kiem

LES GONAÏVES, Haïti, 3 Octobre 2008 – Venette et sa sœur sont arrivées à leur école vers le milieu de la matinée. On leur a tendu une pelle. Elles ont rejoint une équipe d’hommes éclaboussés de boue et ils se sont attaqués à ce qui était auparavant leur cafeteria.

Venette est en dernière année, à son école – ou elle le serait, normalement. Mais on est loin de la normale dans cette ville, où quatre ouragans successifs ont inondé la partie basse et couvert de boue les habitations, les rues et les habitants.

Compte tenu de la gravité et de l’étendue des ravages, on a commencé par repousser la rentrée d’un mois, dans tout le pays. Néanmoins, l’éducation peut jouer un rôle stabilisateur dans les communautés, durant une crise et à la suite de cette crise, car elle aide à la reconstruction du pays après les situations d’urgence.

À présent, on est très près du 6 octobre, la date de rentrée des classes dans le pays, et on ne sait pas encore très bien le nombre des élèves qui retourneront à l’école aux Gonaïves.

« Nous avons environ 200 écoles à nettoyer, une centaine à réhabiliter et plus de 20 à reconstruire entièrement, » a dit Arnold Christian, Directeur de département au Ministère de l’éducation. « On repart de zéro. »

« Quand aura lieu la rentrée des classes ? »

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Les étudiants prennent part au nettoyage de la boue sur le premier étage de l'école secondaire Ferdinand Hibbert aux Gonaïves, en vue d'un retour à l'école prévu au 6 Octobre.

Certaines écoles ont été épargnées par les flots de boue, mais elles sont pleines de personnes déplacées. Il y aurait encore 65 000 personnes abritées dans des bâtiments publics. Les autorités de la ville explorent des solutions alternatives, permettant de reloger les déplacés. Mais ces déplacés ont vécu là pendant trois semaines, à l’étroit et dans des conditions précaires. Il ne suffit pas de libérer ces écoles de leurs occupants pour qu’elles soient en mesure d’accueillir les élèves.

« Je regarde toute cette saleté et toutes ces ordures et je me demande quand l’école pourra rouvrir ses portes ? », s’interroge Sanon Verlaine, 18 ans, qui contemple la cour de son école, couverte de débris et de détritus.

Dans l’école de Sanon, chaque salle de classe a accueilli de l’ordre de 60 personnes et les chemins à la sortie de l’école étaient remplis de linge en train de sécher, de casseroles, et d’enfants en train d’escalader. Au cours de ces trois dernières semaines, quatre femmes ont accouché dans l’école. Une vieille dame a grimpé sur les bureaux pour montrer comment elle avait dormi depuis la destruction de sa maison.

La difficulté de fixer des priorités

L’UNICEF travaille en étroite collaboration avec le Ministère de l’éducation pour déterminer quelles écoles pourront être bientôt ouvertes à nouveau et quelles sont celles qui devront être ouvertes dans des locaux provisoires.

« Alors qu’un bon nombre d’écoles peuvent démarrer les classes la semaine prochaine, dans la capitale et dans les districts ruraux non touchés, la situation aux Gonaïves se complique du fait que certaines écoles abritent encore des déplacés », a dit la Responsable de l’éducation à l’UNICEF Haïti, Béatrice Malebranche. Elle a ajouté qu’il faudrait plusieurs semaines de nettoyage et de réhabilitation aux Gonaïves avant que la tâche ne soit achevée.

« Les parents qui ont perdu tous leurs biens et leurs sources de revenus font face à de sérieux défis pour que leurs enfants retournent à l’école », a encore dit Mme Malebranche.

L’éducation dans les situations d’urgence

L’éducation en Haïti a toujours constitué un problème délicat, même lorsqu’une catastrophe naturelle ne venait pas rendre la situation plus difficile. Dans un pays handicapé par la pauvreté et le manque d’infrastructures, l’école n’a pas constitué une priorité gouvernementale.

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Une famille vivant dans une école des Gonaïves. Environ 600 personnes sont réfugiées a l'école et dorment sur les bancs et les planchers depuis plus de trois semaines.

Seulement 50 pour cent environ des enfants en âge d’aller à l’école primaire sont scolarisés et il n’y en a que 17 pour cent qui atteignent la cinquième année. La plupart des écoles du pays sont privées. Bien que les frais de scolarité ne dépassent pas 50 dollars É.-U par an et par enfant, ceci peut constituer une lourde charge pour une population vivant avec moins de 2 dollars É.-U par jour.

L’UNICEF Haïti apporte une aide pour rendre l’éducation plus accessible à davantage d’enfants en distribuant des fournitures scolaires et en travaillant avec les familles les plus défavorisées pour les aider à payer les frais de scolarité. Mais l’année passée a été particulièrement dure pour des familles qui luttent afin d’envoyer leurs enfants en classe. Les pénuries alimentaires et une forte augmentation du prix de ces produits au niveau mondial ont plongé la plupart des familles haïtiennes dans de graves difficultés. Aux Gonaïves, aujourd’hui, les frais de scolarité semblent inaccessibles à beaucoup.

« Je tiens un petit commerce pour pouvoir envoyer mes enfants à l’école », a confié Lala Pierre, une mère de cinq enfants qui vit actuellement dans l’école de Sanon. « À présent, j’ai perdu mon travail et je me demande encore comment je vais pouvoir payer les frais de scolarité », a-t-elle ajouté.

Les écoles contribuent à sécuriser la société

La saison des ouragans de cette année, qui a été catastrophique, a fait régresser Haïti de bien des façons et relégué encore plus d’enfants dans la partie de la société la plus vulnérable. Pour stabiliser ces communautés sinistrées, il est impératif de réhabiliter les écoles et de saisir l’opportunité de reconstruire en mieux.

« C’est vrai que je suis fatiguée, mais nous avons tous besoin de rentrer en classe pour obtenir notre diplôme », a dit Venette, alors qu’elle marquait une pause, dans ses efforts pour enlever la boue. 

Lorsqu’une situation d’urgence a produit une cassure dans la vie des enfants, en leur permettant de retourner en classe, on aide à ce que leur processus de rétablissement démarre en flèche, et cela est vrai pour tout le pays.

« Toute la population comprend très bien que si les écoles ne fonctionnent pas, c’est la ville qui ne tourne pas », a déclaré M. Christian, du Ministère de l’éducation. « Les affaires ne peuvent pas reprendre. Au moment même où nous parlons, les gens quittent la ville pour se rendre à la campagne ou dans d’autres villes. »


 

 

Vidéo

24 septembre 2008 : la correspondante de l’UNICEF, Monique Vatin, décrit les défis auxquels sont confrontées les écoles des Gonaïves, une ville de Haïti ravagée par les inondations.
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