Éducation de base et égalité des sexes

Des écoles pour l’Afrique : portrait d’une réussite modèle pour les filles et les femmes du Malawi

Image de l'UNICEF
© UNICEF Malawi/2007/Sevenier
Non seulement Zile Shumba, mère célibataire et chef d’une entreprise de construction, donne une nouvelle expression au rôle de la femme dans la société malawienne mais elle offre aussi son temps à sa communauté.

Par Gaelle Sevenier

LILONGWE, Malawi, 11 mars 2008 – Zile Shumba est la Directrice générale de CKK Building and Civil Contractors, une entreprise recrutée par l’UNICEF Malawi pour construire de nouvelles salles de classe dans le cadre du programme « Des Ecoles pour l’Afrique ».

Cette femme célibataire mère d’un enfant est aussi un exemple pour les filles et les femmes du Malawi, non seulement à cause de sa situation unique de dirigeante d’entreprise mais aussi parce qu’elle a choisi d’employer des femmes et qu’elle soutient son personnel séropositif.

Enfant, Zile Shumba a eu la chance d’avoir eu des parents dont la priorité était d’envoyer à l’école leurs dix filles et leur fils. Elle est allée à l’université puis a travaillé pour le Gouvernement du Malawi avant de poursuivre ses études et d’obtenir un diplôme en génie civil bâtiment et en architecture. Elle a créé sa propre entreprise de construction en 1999.

Programme de rénovation des écoles

« Quand j’étudiais pour mon diplôme en génie civil, nous n’étions que deux femmes sur trente hommes. Nous avons vraiment dû jouer des coudes pour nous bâtir une carrière dans ce secteur parce beaucoup d’hommes pensaient que notre travail, en tant que femmes, c’était d’être à la cuisine, » affirme Zile Shumba.

En tant que responsable de son entreprise, Zile Shumba travaille souvent dans des zones rurales où les routes mauvaises représentent un défi, surtout lors de la saison des pluies. Ce savoir-faire a amené son entreprise à être retenue pour un projet de l’UNICEF, la rénovation de deux écoles pour les districts de Mulanje, Thembe et Mathimbe, au sud du Malawi.

« Dans les deux écoles, les classes avaient été construites il y a longtemps et n’avaient jamais été rénovées. En plus, le nombre de classes n’était pas suffisant pour qu’on puisse s’occuper de tous les enfants », explique Zile Shumba. « L’UNICEF a fait un excellent travail en construisant ces écoles pour l’Afrique. Les enfants qui étudiaient dehors pourront désormais le faire à l’intérieur. Cela aura un très grand impact. »

L’emploi, source d’autonomie pour les femmes

Pendant que les écoles étaient en construction, Zile Shumba s’est assurée que son entreprise avait embauché autant de femmes que possible pour travailler sur le chantier. A la fin, sur 72 personnes travaillant sur les deux chantiers, 36 était des femmes.

 « Employer des femmes, c’est un moyen de leur donner leur autonomie dans le village », explique Zile Shumba. « J’ai vu beaucoup de problèmes chez les gens. Beaucoup de femmes sont célibataires, tirant le diable par la queue pour nourrir leurs enfants. Quand elles gagnent de l’argent, vous pouvez vous assurer qu’il va directement à leurs enfants ».

Pour la plupart des jeunes filles du secteur, Zile Shumba est la première femme qu’elles aient jamais vue au volant de sa propre voiture. En plus, elle est la première femme qu’elles connaissent ayant la responsabilité de diriger des équipes d’hommes et de femmes. La valeur symbolique d’une telle prouesse ne leur a pas échappé.

« Le fait que je sois allée là-bas a remis du baume au coeur à beaucoup de filles qui avaient abandonné l’école », dit-elle. « J’encourage les mères célibataires à retourner à l’école. Cela a même incité certaines d’entre elles à créer leur propre entreprise. »

Des fonds supplémentaires pour les médicaments contre le SIDA

L’entreprise de Zile Shumba s’est aussi donné comme devoir d’informer les membres de son personnel sur le VIH/SIDA, consacrant une demi-journée par mois à leur faire savoir comment ils peuvent se protéger de la maladie.

Pour les Malawiens séropositifs, le coût des principaux médicaments antirétroviraux (ARV) est de 500 kwachas (4 dollars) par mois et la plupart des habitants des campagnes n’ont pas les moyens de les payer. Ce problème a conduit Zile Shumba à décider non seulement d’employer des femmes séropositives mais aussi de leur procurer l’argent supplémentaire dont elles ont besoin pour acheter les antirétroviraux.

« C’est une façon de les encourager à se faire soigner », conclut-elle, « et c’est ma façon de sauver les vies ».


 

 

Des écoles pour l'Afrique (en anglais)

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