Éducation de base et égalité des sexes

Une lettre de Sunita : tenir nos promesses sur l’éducation des filles

Image de l'UNICEF
© UNICEF/HQ07-0186/Markisz
Lors de la 51ème Session de la Commission de la condition de la femme, qui s’est tenue au Siège des Nations Unies à New York, Sunita Tamang, une des déléguées de la jeunesse, a pris part, le 2 mars, à une discussion sur « La voix des filles se fait entendre ».

Par Sunita Tamang

Sunita Tamang, 15 ans, a récemment participé à la 51ème Session de la Commission de la condition de la femme, qui s’est tenue au Siège des Nations Unies à New York. Elle a écrit la lettre suivante aux participants à la conférence de Haut Niveau sur l’éducation, qui a eu lieu le 2 mai 2007 à Bruxelles.

Je m’appelle Sunita et j’ai 15 ans. J’habite avec ma mère et ma soeur à Biratnagar dans l’est du Népal. J’étais petite quand mon père nous a abandonnées, nous laissant dans une pauvreté pire qu’avant. Pour joindre les deux bouts, ma mère est allée travailler dans une usine de jute et moi, j’ai commencé à travailler à la fabrique d’allumettes.

L’école, pour moi, c’était hors de question – on ne pouvait tout simplement pas se la payer.

Mais cela a changé en 1999, quand j’ai entendu parler d’un programme qui, avec l’appui de l’UNICEF, offrait des classes de rattrapage à des enfants qui n’allaient pas à l’école, comme moi. Je me suis inscrite et j’ai commencé à prendre des cours, deux heures par jour. Cela n’a pas toujours été facile, mais j’étais motivée, je voulais vraiment apprendre et j’ai travaillé très dur. En deux ans, je suis arrivée au niveau de la  cinquième année. Maintenant, j’attends les résultats de mes examens finaux de dixième année, ce qui est pour nous la dernière année de lycée. Il semble que ma motivation et mon travail acharné ont payé.

Aider les autres à obtenir une éducation

J’ai toujours mon travail à l’usine d’allumettes. La plupart du temps, je rapporte le travail à la maison. Je fabrique les boîtes et les remplis d’allumettes, puis je les rapporte à l’usine et je récupère encore du matériau. Je travaille au total entre cinq et six heures par jour. Tous les deux jours, quand j’ai fait 1 000 boîtes d’allumettes, on me paie 20 roupies, soit environ 30 cents des Etats-Unis. Ce n’est pas beaucoup mais ça me suffit pour acheter des fournitures scolaires pour moi et ma petite soeur.

Je suis donc toujours un enfant qui travaille, mais un enfant instruit. Et j’espère aller à l’université un jour.

J’aide aussi d’autres enfants comme moi à obtenir une éducation. Des amis et moi, on a fondé un club pour les enfants qui travaillent dans notre communauté. On essaie de les informer de leurs droits et de leur apprendre comment lutter contre la discrimination et se protéger contre le VIH/SIDA. Même si ces enfants sont obligés de travailler, on pense qu’eux aussi devraient avoir la possibilité d’aller à l’école pour que leur avenir soit meilleur que leur présent. Il y a 22 clubs d’enfants qui travaillent dans ma ville et, il y a quelque temps, on m’a choisie comme Présidente du Réseau d’enfants qui travaillent, au niveau municipal.

Tenir vos promesse

Je vous écris aujourd’hui pour vous rappeler une certaine promesse que vous aviez faite il y a sept ans. En vous disant moi-même comment l’éducation a changé ma vie, peut-être est-ce que je vous convaincrai de vous engager à donner une éducation à tous les enfants. J’étais une toute petite fille quand la communauté internationale a promis d’envoyer à l’école tous les enfants du monde, avant l’année 2015. Cette date butoir se rapproche mais nous sommes loin d’atteindre l’objectif. Je ne comprends pas pourquoi. Si les pays ont assez d’argent pour faire la guerre, ils doivent sûrement en avoir assez pour envoyer leurs enfants à l’école.

Les enfants qui ne vont pas à l’école risquent de ne jamais rien connaître de leurs droits. Ils risquent de ne jamais avoir l’occasion de sortir de la pauvreté ou d’apprendre à se protéger contre les mauvais traitements et l’exploitation. Il se peut qu’ils soient incapables de contribuer au développement de leurs propres pays.

Voilà pourquoi, au nom des millions de filles et de garçons qui n’ont pas eu autant de chance que moi, je vous exhorte à rectifier la situation. Les décisions que vous prenez aujourd’hui affecteront la vie de nombreux enfants dans le monde. Le moment est venu de tenir vos promesses sur l’éducation !


 

 

UNGEI

Site de l'Initiative des Nations unies pour l'éducation des filles
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