Éducation de base et égalité des sexes

Briser l’engrenage : une femme rom échappe à la pauvreté et à la discrimination

Image de l'UNICEF
© UNICEF SERBIA/2006/Milanovic
Ljiljana Ilic, à la Société pour l’amélioration de la situation des communautés roms locales, une ONG. Tout en poursuivant sa maîtrise de linguistique, elle travaille avec cette ONG pour aider son peuple, et les femmes en particulier, à briser l’engrenage de la pauvreté.
Le fleuron des publications de l'UNICEF, La Situation des enfants dans le monde 2007, s'intéresse cette année au double dividende de l'égalité des sexes. Cela permet aux enfants et aux femmes de surmonter la pauvreté. Voici une des histoires d'une série liées à la publication du rapport le 11 décembre.

Ljiljana Ilic est une femme rom de 28 ans qui vit en Serbie. Son histoire montre comment, à force de persévérance, et grâce à l’exemple d’autres femmes, on peut briser l’engrenage de la pauvreté et des occasions perdues. Armée de son courage, elle a réussi à surmonter les obstacles sociaux, économiques et culturels qui empêchent  la plupart de ses pairs d’échapper à la pauvreté, à l’ignorance et aux mauvais traitements. Mais cela n’a pas été facile, loin de là.

La famille de Ljiljana est inhabituelle car ses parents et leurs six enfants ont tous été un peu à l’école. Mais après sa huitième année de scolarité, on a essayé de la dissuader de poursuivre ses études. « Mon père n’arrêtait pas de me dire ‘Il faut que tu te maries maintenant’ ou ‘Pourquoi est-ce que tu dois continuer à aller à l’école ?’ » dit-elle. Sa mère a commencé à faire pression sur elle lorsqu’elle a eu 12 ans, lui demandant de cesser d’aller à l’école.

Mariage contre l'éducation

Les mariages d’enfants sont fréquents chez les Roms et beaucoup de filles se marient à 12 ou 13 ans, tandis que les garçons se marient souvent un peu plus tard, quand ils ont entre 14 et 16 ans. Lorsqu’une fille rom se marie, elle devient la propriété de son époux et emménage immédiatement dans sa maison, ce qui signifie très souvent un déménagement dans une autre communauté, village ou ville. Réinstallées dans la maison de leur mari, privées d’éducation, la plupart de ces filles sont incapables d’obtenir les papiers d’identité qui sont délivrés à 18 ans, et disparaissent du système administratif. Sans ces papiers d’identité, elles ne peuvent avoir accès aux services éducatifs, sanitaires ou de protection sociale. Sans éducation, elles deviennent complètement dépendantes de leurs maris.

Ljiljana s’est retrouvée dans une situation inconfortable, entre les attentes de sa famille et l’espoir de continuer ses études, ce que très peu de femmes rom réussissent à accomplir. Il n’y a que 2,4 pour cent de filles roms de plus de 15 ans qui possèdent un diplôme de fin d’études secondaires, et quasiment aucune qui obtienne un diplôme universitaire.

« Ma mère disait que je devais apprendre à faire la cuisine et à m’occuper d’une maison, sinon aucun homme ne voudrait m’épouser », se rappelle Ljiljana.

Ljiljana affirme que c’est sa meilleure amie, Vera Miljkovic, qui est à l’origine de sa décision de rester à l’école.

Les deux filles sont allées au lycée ensemble. Après avoir obtenu leur diplôme, Vera, qui n’est pas rom, s’est inscrite à l’université et a persuadé son amie d’en faire autant. Ljiljana a travaillé dans un magasin de fleurs pour payer ses études de linguistique à l’université de Belgrade.

Maltraitance et discrimination

Les enfants roms, et les filles en particulier, sont souvent victimes de la traite, de la violence, de sévices sexuels et ils sont fréquemment exploités. Parce que les institutions gouvernementales appliquent des pratiques discriminatoires à l’encontre des Roms, les violations des droits de ces enfants ne sont pas combattues avec suffisamment d’énergie.

 « C’est simple, les garçons ont plus de valeur, ils sont plus importants dans la culture rom », affirme Ljiljana. Elle pense également que les filles n’ont pas une bonne estime d’elle-même et que cette mauvaise image représente un obstacle considérable. « Les filles pensent qu’une vie différente, ou une éducation, cela n’est pas possible. On ne les encourage jamais, alors, elles laissent tomber ».

D’après les statistiques officielles, 108 193 Roms vivent en Serbie – moins de 2 pour cent de la population totale. Mais les estimations officieuses font état de 500 000 Roms environ dans le pays.

Leur situation, en Serbie et au Monténégro, s’améliore quelque peu. Pour la première fois de leur longue histoire dans la région, on leur accordé le statut de minorité nationale, ce qui leur donne l’occasion de réaliser leurs droits. Le Gouvernement de Serbie a également adopté trois plans importants à leur sujet : une stratégie de réduction de la pauvreté dans laquelle figure une section spéciale consacrée aux Roms; la Déclaration de 2005 pour la décennie d’intégration des Roms; et un plan d’action pour l’intégration des Roms. Et, depuis 2002, l’UNICEF soutient l’éducation des enfants roms dans les 11 municipalités les plus pauvres de Serbie.

« Les taux d’abandon scolaire des enfants roms ont baissé, et ils sont plus intéressés à rester à l’école », dit Dragan Djoric, un enseignant de Bojnik, une localité où travaille l’UNICEF.

« Une Gitane seulement »

Après avoir obtenu son diplôme, Ljiljana a rencontré Alexsandra Mitrovic, qui dirige une organisation à but non lucratif qui cherche à améliorer la vie des Roms en Serbie et au Monténégro, et elle a commencé à travailler avec elle. Peu après, Ljiljana s’est préparée à reprendre les études pour un diplôme universitaire supérieur. Cette fois, c’est Alexsandra qui l’a encouragée et l’ai aidée à vaincre ses peurs et ses insécurités. Grâce à son aide, elle a pu obtenir une bourse du Fonds pour l’éducation des Roms, à Budapest, et elle a commencé sa maîtrise de linguistique en 2005.

« Si elles n’avaient pas été là, et si je n’avais pas été obstinée et déterminée, j’aurais laissé tomber, dit-elle, mais leur exemple m’a ouvert les yeux. Oui, je savais qu’un diplôme universitaire me donnerait la possibilité d’avoir la vie et le travail que je souhaitais vraiment, mais on a constamment essayé de m’empêcher de réaliser mon rêve ».

Pour Ljiljana, un diplôme d’études universitaires supérieures, c’est bien plus qu’un document à encadrer et à accrocher au mur. « Je crois qu’une fois que j’aurai ma maîtrise, je me sentirai plus forte et que j’aurai plus confiance en moi, dit-elle, je crois que les gens cesseront de me considérer comme ‘une Gitane seulement’, et qu’ils penseront que je suis leur égale ».


 

 

Politique de l'UNICEF sur l'égalité des sexes et l'autonomisation des filles et des femmes

UNGEI

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