Éducation de base et égalité des sexes

En Afrique du Sud, l’action des enfants du Mouvement pour l’éducation des filles renforce les communautés

Image de l'UNICEF
© UNICEF South Africa/2005/Josie
Garçons et filles participent ensemble à un atelier du Mouvement pour l’éducation des filles, organisé à l’école secondaire Klass Mothapo High School, à Ga Thoka (Afrique du Sud).

Par Neville Josie

GA THOKA, Province de Limpopo (Afrique du Sud), 20 décembre 2005 – Dans ce village poussiéreux et gris, de nombreuses familles vivent privées de services aussi élémentaires que l’accès à l’eau et à l’assainissement. Il n’y a pas d’électricité et les services sanitaires sont pratiquement inexistants. Cependant, Ga Thoka est à la veille d’une véritable métamorphose grâce à l’action de certains de ses plus jeunes citoyens.

Grâce au Mouvement pour l’éducation des filles (Girls’ Education Movement ou GEM), soutenu par l’UNICEF, garçons et filles attirent l’attention sur le sort des enfants orphelins et des enfants vulnérables et contribuent à créer un environnement plus sain et plus sûr. Ils encouragent les enfants à se libérer des stéréotypes, à s’occuper d’activités de développement communautaire et à promouvoir l’éducation pour tous et toutes.

Bethuel Mothapo, quinze ans, est un bon exemple des enfants de cette génération. « Garçons et filles doivent trouver des solutions ensemble, » déclare-t-il à un atelier tenu à l’école secondaire Klass Mothapo. « C’est grâce au Mouvement pour l’éducation des filles que nous apprenons à prêter attention à ce que les filles pensent et à leurs sentiments à notre égard. Cela nous a appris à respecter les droits de tous et à travailler ensemble pour faire de notre communauté un endroit meilleur et plus sûr, pour les filles comme pour les garçons. »

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Millet Nkonyane, 17 ans, une facilitatrice chevronnée du Mouvement pour l'éducation des filles.

Ces groupes utilisent le théâtre, la musique et le sport pour diffuser leur message; ils travaillent aussi avec des stations de radio locales et des partenaires comme l’UNICEF pour parler du sexisme et de la prévention du VIH. Là où auparavant régnait le silence, un choeur de voix multiples s’élève à présent pour dénoncer les vieux tabous sur la violence sexuelle et le SIDA. Un lieu existe maintenant où les enfants sont libres d’exprimer aussi bien leurs craintes présentes que leurs espoirs pour l’avenir.

« Nous sommes toujours en train de dire : les droits-ceci, les droits-celà, mais je veux savoir comment connaître mes droits m’aidera quand je serai menacée de viol, quand en tant que fille je n’ai plus aucun pouvoir, » demande Refilwe Malatji, 17 ans, au cours de l’atelier à l’école secondaire de Ga Thoka.

« Nous ne voulons pas que tu sois violée, alors nous devons apprendre à empêcher les viols, » répond Millet Nkonyane, à 17 ans une facilitatrice chevronnée du Mouvement pour l’éducation des filles. « Rappelez-vous que vos droits sont sous la protection de la loi, prendre conscience de vos droits peut contribuer à réduire les crimes violents. »

Dans une communauté où les grossesses d’adolescentes et les mariages précoces sont monnaie courante, l’inclusion des garçons dans le débat a été dès le début une stratégie clé. « Quand nous avons commencé, les garçons ne voulaient tout simplement pas prendre la parole, » dit Albina Kekana, membre d’une ONG sud-africaine appelée l’Alliance sud-africaine pour les filles (South African Girl Child Alliance) qui travaille avec le ministère provincial de l’Éducation pour guider, soutenir et encourager le développement du Mouvement pour l’éducation des filles. « C’est seulement après avoir formé les garçons aux Aptitudes à la vie quotidienne et par des ateliers de sensibilisation sur le genre et la masculinité qu’ils ont commencé à partager leurs expériences avec leurs pairs, en particulier les filles. »

Dans la province de Limpopo, il y a maintenant plus de 50 clubs du Mouvement pour l’éducation des filles et les garçons constituent souvent la moitié de leurs membres. À Ga Thoka, les jeunes ont fait des progrès remarquables auprès de leurs parents et des anciens de la communauté, réussissant même à convaincre des directeurs d’école et un prêtre de soutenir publiquement leur initiative.

Nkonyane, cheveux tressés à la dernière mode, a déclaré à une réunion récente : « Les groupes du Mouvement pour l’éducation des filles ne doivent pas attendre que le problème se pose. Ils peuvent aussi prévenir le problème. Nous sommes ici pour apprendre de tous et de chacun, jeunes et vieux, et vous pourrez bientôt prendre ma place et jouer ici le rôle de facilitation. »

Les yeux brillants d’intelligence et s’efforçant d’étouffer un éclat de rire, Millet ajoute une allusion malicieuse au pain et à la confiture qui sont distribués gratuitement dans les écoles aux enfants affamés. « Pour attirer plus de membres, nous leurs dirons que le mouvement vient avec pain et confiture, » dit-elle – rappelant ainsi à ceux et celles qui l’écoutent l’objectif de ces clubs : subvenir aux besoins de communautés déshéritées.


 

 

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