Bénin

Au Bénin, des femmes vivant avec le VIH font face à la maladie et à la stigmatisation

Le 8 mars est la Journée internationale de la femme, qui promeut l'égalité des sexes et célèbre les acquis des filles et des femmes. Ci-dessous, une histoire qui illustre certains des défis auxquels sont confrontés les femmes dans le monde, ainsi que leur détermination à surmonter ces obstacles.

VIDÉO: le reportage de la correspondante de l'UNICEF, Alex Duval Smith sur les efforts pour lutter contre l'épidémie de VIH/SIDA au Bénin.

 

Par Alex Duval Smith

ABOMEY, Bénin, 8 mars 2012 – « Chut ! S'il vous plait, il ne faut pas "en" parler dans la rue », dit Léonie Sossou*, 20 ans, comme elle conduit ses visiteurs à l'intérieur de son domicile.

La prévalence du VIH est à 1,2 pour cent au Bénin. C'est l'un des plus bas en Afrique, mais la stigmatisation contre les personnes est si profondément enracinée, qu'elle a conduit l'UNICEF et le Gouvernement du Bénin à trouver de nouvelles initiatives innovantes pour combattre la maladie et soutenir les personnes affectées par la maladie.

une charge disproportionnée

Léonie Sossou était enceinte de cinq mois quand son mari, âgé de 22 ans est décédé dans un accident de moto. Peut après avoir réemménagé avec ses parents, elle était diagnostiquée positive au VIH.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2007-1578/Asselin
A nurse draws blood from a pregnant woman for an HIV test in Adja-Ouere, Benin.

En bien des manières, les femmes comme Léonie Sossou portent un fardeau disproportionné en raison de l'épidémie de VIH/SIDA. À l'échelle mondiale, les femmes comptent pour la moitié des personnes vivant avec le VIH, mais en Afrique subsaharienne - la région la plus affectée par la maladie - les femmes représentent près de 60 pour cent des nouvelles infections au VIH. Dans le monde entier, le VIH est la cause principale de mortalité et de maladie chez les femmes entre 15 et 49 ans.

Beaucoup de ceci peut être attribué à l'inégalité : de nombreuses femmes ne peuvent refuser les relations sexuelles ou demander à être protégées, et beaucout d'entre-elles sont soumises à l'exploitation sexuelle ou à la violence qui peuvent les exposer encore plus à la maladie. Plus que probablement, les filles et les femmes se heurtent aussi à des obstacles qui les privent des soins médicaux adéquats et d'une informations sur la prévention du VIH.

À l'intérieur des familles, l'épidémie affecte également les membres féminins de façon disproportionnée, puisque les filles et les femmes assurent l'essentiel des soins fournis aux proches atteints par la maladie et s'occupent des enfants de ceux qui ont perdu la vie.

Un soutien vital

« Après avoir reçu les résultats, j'ai été effrayée », raconte Léonie Sossou. Mais elle a eu de la chance d’être soutenue par sa famille. « Mes parents m'ont accueillie à bras ouverts. Ils ont dit que je ne devais pas m'inquiéter et j'ai donc commencé à prendre des comprimés. Grâce à  Dieu tout s’est bien passé ».

Elle a reçu un cours sur les médicaments antirétroviraux conçus pour prévenir la transmission du virus de la mère à l'enfant (PTME). Son fils, Jean, est né séronégatif.

Grâce aux conseils des professionnels de santé, Jean a pu être allaité exclusivement pendant les six premiers mois de sa vie. Maintenant à 7 mois, il va bientôt être évalué de nouveau pour déterminer s'il a contracté le virus depuis sa naissance, mais le respect rigoureux de l'avis médical par Léonie Sossou suggère que le résultat est bon.

Un silence dangereux

La stigmatisation associée à la maladie a des conséquences dangereuses, non seulement pour ceux qui vivent avec le VIH, mais aussi pour ceux qui risqueraient d'être infectés.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Bénin/2004/Pirozzi
A midwife uses a rapid HIV test to determine a pregnant patient's HIV status in Cotonou, Benin.

La spécialiste VIH/SIDA de l'UNICEF, Tharcienne Ndihokubwayo, affirme que « les taux de prévalence du VIH sont peu élevés au Bénin, mais qu'ils sont élevés parmi certain groupes ... En même temps, dans certains villages, les gens ne sont pas informés ou, s'ils le sont, ils croient que le VIH ne les concerne pas ».

Mais des agents de santé dévoués aident ceux qui en ont besoin, malgré les défits que But dedicated health workers are helping those in need, despite the challenges.

Marie Bagri, une médiatrice vulgarisatrice de santé – qui a apporté une aide vitale à Léonie toute l'année dernière – explique que la sensibilité et la discrétion sont essentielles dans sont travail.

« Avec Léonie cela a été plutôt facile. Les voisins pensent que je suis une amie de la famille. Avec d'autres c'est plus compliqué. Quand vous êtes venue les voir une ou deux fois, elles vous disent : « Ne viens plus chez moi ». D'autres ne veulent même pas que leurs maris soient au courant. Et si elles vivent dans des foyers polygames elles ne veulent pas que les autres épouses sachent qu'elles sont positives au VIH. Il vous faut alors arranger des rencontres secrètes ».

La méthode dite du test de la goutte de sang séché pour diagnostiquer l'infection pédiatrique au VIH, s'avère également utile. Introduite au Bénin en 2010, elle permet aux agents de santé d'évaluer la sérologie des enfants en toute confidentialité.

« L'UNICEF paye le ramassage régulier des cartes qui sont ensuite apportées ici pour analyse », explique l'ingénieure biologiste du laboratoire, Sophie Tafeti. « Le système nous permet de tester encore plus d'enfants, et de façon bien plus économique. Les échantillons ne sont pas altérés par la chaleur comme dans des éprouvettes. Cette approche permet également la discrétion, car on peut prélever un échantillon de sang aux épouses lors des visites de routine ».

Faire passer le mot

Le Gouvernement et l'UNICEF travaillent également à sensibiliser la population à la maladie et à sa prévention. Avec le soutien de l'UNICEF, 400 écoles primaires dans 18 communes organisent à intervalle régulier des concours avec un jeu de société « Stop Sida » qui vante les mérites de la prévention contre le VIH.

Dans une école primaire de la ville de Zogbodomey, le directeur, Maxime Gnacadja, raconte que ses 380 élèves adorent le jeu. « Les Parents ne parlent pas du VIH. C'est considéré comme quelque chose de honteux. Mais grâce au jeu, les enfants apprennent quel comportement adopter pour éviter d'attraper le SIDA ».

Ce jeu intervient trop tard pour Léonie. Mais sa mère, Éléonore, une marchande surles marchés à la retraite, est parfaitement consciente que sa fille et son peit fils ne méritent rien d'autre de l'amour et du soutien.

« Ce garçon est mon petit fils et Jean sera peut être le seul enfant de ma fille. Rien d'autre ne compte », dit-elle.

* Les noms ont été changés.


 

 

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