Éducation de base et égalité des sexes

 

La voie de l’équité passe par le développement de la petite enfance

Image de l'UNICEF
© UNICEF/2011/Afrique du Sud/Eisenstein
Thandeka Sqoko accompagne ses 2 enfants à un centre local de développement de la petite enfance, à Mdantsane, Afrique du Sud.

Par James Elder

MDANTSANE, Afrique du Sud, 23 septembre 2011 - Thandeka Sqoko n’a que 19 ans mais elle est déjà mère de deux enfants et habite dans le trois-pièces de son petit ami, avec les parents de celui-ci et ses quatre frères et soeurs. La mère de Thandeka l’a mise à la porte quand elle est devenue enceinte. Thandeka travaille 18 heures par jour et sa journée de travail prend fin à 23h00. Bien avant le lever du soleil, elle s’occupe de ses deux bébés, prépare le petit-déjeuner et fait le ménage. Sur le chemin de l’école, elle dépose Ithandile, un mois, et Lethokuhle, deux ans, à la garderie.

Au cours de la journée, Ithandile et Lethokuhle seront stimulés, bien nourris, éduqués et bénéficieront de soins de santé. De plus, le centre fournit aux jeunes mères comme Thandeka des informations vitales sur les soins à prodiguer à leurs bébés en matière de nutrition et de santé. « Si je n’avais pas ce centre, ma vie serait finie », dit Thandeka.

Investir en faveur de l’équité

C’est le même air que l’on entend de Thandeka à East London, Afrique du Sud, jusqu’aux couloirs de The Lancet, un journal médical de réputation mondiale à Londres, Grande Bretagne : c’est au cours de la petite enfance qu’il faut intervenir, car elle correspond à la période la plus propice et la plus apte à jouer un rôle dans la réduction des inégalités et la lutte contre le cycle intergénérationnel de la pauvreté.

En 2007, The Lancet a signalé que plus de 200 millions d’enfants de moins de cinq ans n’atteignaient pas pleinement leur potentiel de développement en raison de causes évitables telles que la pauvreté, la malnutrition et des niveaux insuffisants de stimulation intellectuelle.

Ce nouveau rapport, publié en septembre par le Groupe de développement de l’enfant avec le soutien de l’UNICEF, analyse les nouvelles preuves recueillies expliquant les causes des inégalités du développement de l’enfant, évalue l’efficacité des interventions actuelles dans le domaine du développement de la petite enfance (DPE) et calcule le coût de la pénurie de programmes visant à stimuler le potentiel de développement des enfants défavorisés. Ce coût s’élève à des centaines de milliards de dollars. Et le coût humain est encore plus désastreux.

VIDÉO (en anglais) : Au cours des dix dernières années, des preuves irréfutables ont mis en évidence l’importance et l’impact des premières années de l’enfant sur le reste de sa vie.

 

Les enfants pauvres sont particulièrement menacés parce que les risques ont tendance à se manifester en même temps et ont un effet cumulatif. « Les inégalités dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire se créent durant la petite enfance et contribuent à instaurer des différences tout au long de la vie », concluent les chercheurs. Sur une dizaine de risques, un seul peut nuire à un enfant, mais lorsqu’ils s’accumulent sur le long terme et sont présents dès la plus petite enfance (ou même avant la naissance), les possibilités qui s’offrent à un enfant sont inévitablement réduites sinon détruites.

Assurer un bon début dans la vie

Mais le nouveau rapport contient également bon nombre de réponses qui sont économiques et à impact élevé. D’après le rapport, la période la plus efficace au niveau du coût et des résultats pour éviter les inégalités est la période prénatale et au cours des premières années de vie.

« Les programmes des centres d’éducation précoce et les différents types de programmes destinés aux parents, tels que les sessions de groupe ou les visites à domicile, se sont avérés très efficaces, souligne le Dr Nurper Ulkuer, responsable du développement de la petite enfance de l’UNICEF. Les meilleurs programmes destinés aux parents devraient être combinés avec un système de santé, un programme de nutrition, ou un effort de développement communautaire ».

Les études ont systématiquement mis en évidence le lien entre l’allaitement maternel et de meilleurs résultats scolaires ainsi qu’un QI plus élevé. Les transferts conditionnels en espèces et les médias éducatifs sont également des outils importants pour lutter en faveur du développement de l’enfant.

VIDÉO (en anglais) : Les expériences vécues au cours des cinq premières années de la vie d’un enfant se répercutent de façon significative sur son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte. Voici quelques informations rapides qui montrent pourquoi nous devons agir maintenant pour sauvegarder l’avenir des enfants.

 

« Nous avons là une occasion fantastique, explique le Dr Richard Horton, le rédacteur en chef de The Lancet. Nous avons les connaissances scientifiques et des preuves montrant que nous pouvons changer les choses. Nous devons travailler avec les différents secteurs pour intégrer des services dans les domaines de l’apprentissage précoce, de la santé, de la nutrition et de la réduction de la pauvreté ».

C’est le moment d’agir

Malgré la situation instable de l’économie mondiale, le rapport est clair : les gouvernements et les donateurs ne peuvent pas se permettre de ne pas investir dans le développement de la petite enfance et en faveur des parents à travers le monde en développement. Le rapport met en évidence les avantages économiques du DPE : le retour sur l’investissement serait multiplié par 17 si le taux d’inscription dans les programmes destinés aux jeunes enfants atteignait 50 pour cent.

Thandeka n’a pas ces données devant les yeux, et pourtant elle voit ses enfants en train de grandir et d’apprendre. Le message est le même. C’est maintenant qu’il faut agir.


 

 

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