Éducation de base et égalité des sexes

 

L'égalité des sexes au-delà de l'enseignement primaire

« Progrès pour les enfants » séries d'interviews

Image de l'UNICEF
© David Field
Judith Bruce est Directrice adjointe du Programme pour la lutte contre la pauvreté, pour l'appartenance sexuelle et pour la jeunesse du Conseil pour la population où elle est aussi analyste politique

L'édition 2010 de « Progrès pour les enfants », de l'UNICEF, montre que malgré une avancée vers les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), une grande partie des enfants les plus pauvres et les plus défavorisés continuent d'être laissés pour compte. L'UNICEF a invité plusieurs spécialistes afin qu'ils présentent leurs idées sur ce qui peut être fait en vue de la réalisation des OMD pour tous.

Par Lorna O'Hanlon

NEW YORK, États-Unis, 15 septembre 2010 – Pour que les filles et les femmes du monde en développement échappent à l'engrenage de la pauvreté, les actions et les investissements qui ont aidé davantage de filles à aller à l'école nécessitent d'être développés au-delà du niveau de l'enseignement primaire.

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« Progrès pour les enfants : réaliser les OMD avec équité » fait état de progrès importants pendant la dernière décennie vers la parité des sexes dans l'enseignement, particulièrement au niveau de l'enseignement primaire. Pourtant, des millions d'adolescentes du monde en développement restent hors de l'enseignement secondaire, étant effectivement exclues des apports des progrès accomplis en direction des OMD.

Judith Bruce, Directrice adjointe à New York du Conseil pour la population où elle est analyste politique, pense qu’il est impératif de se concentrer sur les adolescentes. « Nous devons nous engager bien plus directement dans l'investissement de moyens en faveur des filles. J'espère que nous observerons un changement radical là où les budgets sont dépensés, » dit-elle.

Les défis auxquels sont confrontées les adolescentes

Judith Bruce décrit la période de l'enseignement primaire à l'enseignement secondaire comme un parcours en train que trop d'enfants n'achèvent pas. « Nous les abandonnons souvent en quelque sorte à [l'âge] de cinq ans. Nous les plaçons sur le train pour qu'elles aillent à l'école et nous imaginons qu'elles vont le quitter avec tous ses passagers quelque part entre 14 et 16 ans, » dit-elle. « Nous savons que les enfants qui nous intéressent le plus quittent ce train bien plus tôt. » 

Dans n'importe quelle société, l'adolescence est un tournant crucial pour les garçons et les filles. Dans le monde en développement, les défis auxquels sont confrontées les adolescentes sont aggravés par la pauvreté, l'absence de possibilités ainsi que les normes culturelles et ce que la société attend d'elles.

Mettre fin à la pauvreté passée de génération à génération, un impératif

« Si nous voulons faire reculer la pauvreté, nous allons devoir investir dans ces filles; autrement nous avons – dans l'effet – une pauvreté planifiée, » dit Judith Bruce.
Les données et les analyses de « Progrès pour les enfants : réaliser les OMD avec équité » révèle un cycle négatif pour les filles qui met en jeu faible scolarisation, mariage et maternité précoces et risque de mortalité maternelle.

Par exemple, l'Asie du Sud, la région où les filles ont le moins de chances d'entrer dans l'enseignement scolaire, a aussi le taux le plus élevé de mariages précoces. Près de 50 pour cent des femmes âgées de 20 à 24 ans y ont été mariées avant d'atteindre l'âge de 18 ans.

L'Afrique subsaharienne possède aussi un taux élevé de mariages précoces parmi les filles. Les filles qui se marient jeunes tendent à être plus pauvres et à faire moins d'études; elles tendent aussi à être moins informées sur les risques liés au VIH et au SIDA. Les jeunes femmes de la région ont deux à quatre fois plus de risques d'être infectées par le VIH.
Les adolescentes qui se marient et deviennent mères sont davantage sujettes à des complications pendant l'accouchement et qui peuvent s'avérer mortelles. A leur tour, leurs bébés sont confrontés au risque d'un taux élevé de mortalité, d'une mauvaise santé et de la sous-nutrition.

« Une cause nouvelle »

Judith Bruce pense qu'une première mesure importante pour les programmes d'aide humanitaire est de détecter les divers groupes de filles qui vivent dans la pauvreté : les employées de maison, les migrantes, les enfants promis au mariage ainsi que les filles des communautés où existe un taux élevé de prévalence du VIH – puis de se concentrer sur les besoins qui leur sont spécifiques.

Elle soutient que les filles qui sont vraiment à risque peuvent toujours être ne pas être prises en compte, même par les programmes qui ont pour but de les aider.  « Dans le passé, beaucoup des stratégies ont consisté à extraire la fille exceptionnelle de son environnement, » dit-elle. « La fille qui fait des efforts et obtient de bons résultats à l'école primaire reçoit une bourse et est envoyée ailleurs. »

Au lieu de cela, la question devrait être : « Comment pouvons-nous rendre cet endroit meilleur pour la fille moyenne qui est confrontée à des situations normales de handicap ?  Et cela, » observe Judith Bruce, « est une priorité nouvelle et capitale. »


 

 

Audio (en anglais)

5 août 2010: Judith Bruce parle au micro de Radio UNICEF sur ce qui peut être fait pour protéger les droits des aolescentes les plus vulnérables.
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Voici une transcription de l'interview.
[PDF en anglais]

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