Bangladesh

Donner une autonomie aux filles en bravant la tradition du mariage d’enfants

Image de l'UNICEF: Bangladesh child marriage
© UNICEF/2006/Nettleton
Mosamad Mounjera Khatun assise avec sa mère. Mosamad déclare qu’elle ne va pas se marier avant d’avoir au moins 18 ans.

Par Steve Nettleton

CHAPAI NAWABGANJ, Bangladesh, 31 août 2006 – Il y a moins d’un an, Mosamad Mounjera Khatun voyait qu’on décidait de son avenir sans elle. Ses parents avaient convenu de la marier bien qu’elle n’ait eu que 14 ans. Comme la plupart des jeunes mariées, elle aurait été forcée d’abandonner l’école et de travailler dans sa belle-famille.

« La morosité se lisait sur mon visage », a dit Mosamad. « Mes amis m’ont demandé pourquoi j’avais l’air si malheureuse. Je leur ai dit que je voulais poursuivre mes études mais que mes parents voulaient, eux, me marier. Mais je ne voulais pas me marier à ce moment-là ».

Le mariage d’enfants est une situation désespérée qu’on rencontre couramment au Bangladesh. L’âge légal du mariage est de 18 ans pour les filles et de 21 ans pour les garçons. Néanmoins, environ la moitié des filles sont mariées avant l’âge de 15 ans et 60 pour cent ont déjà un enfant avant 19 ans. Une grossesse et un accouchement précoces entraînent souvent des complications chez la mère. On estime que 50 pour cent des adolescentes souffrent de malnutrition et d’anémie. La plupart d’entre elles n’ont pas bénéficié d’une éducation appropriée en matière de médecine liée à la procréation et de contraception, et elles sont souvent exposées aux violences pour des questions de dot, aux enlèvements et au viol.

Un programme bénéficiant du soutien de l’UNICEF s’efforce de permettre à ces filles d’avoir leur mot à dire sur leur avenir.

Le voyage d’un adolescent

Le projet Kishori Abhijan a pour objectif de donner aux adolescents, en particulier aux filles, le pouvoir de participer aux décisions concernant leur vie et de servir de modèle aux autres. Kishori Abhijan, qui signifie « le voyage d’un adolescent » en bengali, travaille à créer un environnement favorable aux filles tant dans leur propre foyer qu’au sein de la communauté. 

Ce projet est axé sur la fourniture aux filles non mariées de techniques de mobilisation  et d’une compétence en matière de vie quotidienne sur des questions telles que le mariage d’enfants, la médecine liée à la procréation et le VIH/SIDA. Il offre également une formation technique permettant de gagner sa vie, par exemple dans la confection des vêtements ou la photographie, et des conseils sur la manière de lancer son entreprise.

Image de l'UNICEF: Bangladesh child marriage
© UNICEF/2006/Nettleton
Mosamad Mounjera Khatun avec Mosamad Rina Akhter et une autre amie du projet Kishori Abhijan. Grâce à leur intervention, il n’est plus convenu de la marier à 14 ans.

On espère que les filles vont acquérir la fierté et la confiance en elles qui leur permettront de prendre le contrôle de leur propre vie.

« Nous avons le sentiment que, si les adolescents – garçons et filles – peuvent se prendre en charge, on aura avancé, au moins en ce qui les concerne », dit Rosy Parvin, une organisatrice d’unité dans le cadre du projet Kishori Abhijan, à Chapai Nawabganj, près de la ville de Rajshahi, dans l’ouest du Bangladesh. « Auparavant, une fille du village n’avait absolument pas le droit de parler d’elle. Aujourd’hui, elle peut parler avec ses parents et aussi négocier avec eux. S’ils font quelque chose de mal, elle est en mesure de le dire ».

Un avenir meilleur pour toute la famille

Avec l’aide de ses amies du projet, Mosamad a mis fin au projet du mariage, qui était imminent. Mosamad Rina Akhter, qui conseille ses pairs, et d’autres membres de ce projet ont supplié les parents de Mosamad de renoncer au mariage.

Les parents ont d’abord résisté. Ils croyaient qu’en tardant à la marier il deviendrait difficile d’organiser un mariage.

« Mais nous leur avons dit qu’en faisant des études et en devenant instruite, leur fille trouverait alors du travail », a expliqué Mme Akhter. « De cette manière, son avenir serait meilleur et le leur aussi, par voie de conséquence ».

Grâce à cette intervention, Mosamad reste célibataire et à l’école. Elle dit qu’elle décidera elle-même du choix de sa carrière et qu’elle se mariera au moment qu’elle aura choisi.
Rosy Parvin, du projet Kishori Abhijan, a dit qu’il s’agissait d’une réussite, qui pouvait en amener beaucoup d’autres.

« Si nous arrivons à arrêter l’usage de la dot et du mariage précoce, ces filles vont obtenir automatiquement de l’autonomie », a déclaré Mme Parvin. « Les filles vont savoir que personne ne peut les forcer à se marier avant l’âge de 18 ans ».


 

 

Vidéo (en anglais)

25 août 2006 :
Le correspondant de l’UNICEF, Steve Nettleton, décrit un nouveau projet qui encourage les jeunes filles du Bangladesh à étudier avant de se marier.
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Site de l'Initiative des Nations unies pour l'éducation des filles
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