Côte d'Ivoire

En Côte d'Ivoire, une ONG donne aux adolescents vivant avec le VIH les soins et le soutien dont ils ont besoin

Accepter qu’il avait le VIH n’a pas été facile pour Jean, 13 ans, mais le soutien qu’il reçoit de l’ONG Femmes actives de Côte d'Ivoire (OFACI) a des effets bénéfiques sur lui et d’autres adolescents vivant avec le virus.  Télécharger cette vidéo

 

Par Chiara Frisone

Le 29 novembre, l’UNICEF a publié Enfants et SIDA, sixième bilan de la situation, 2013, premier rapport de cette série depuis 2010.

Il n’y a pas si longtemps, une génération sans SIDA nous semblait un rêve lointain. Mais aujourd’hui, nous disposons des outils nécessaires pour concrétiser ce rêve. Les progrès accomplis pour empêcher la transmission du VIH de la mère à l’enfant ont entraîné une baisse impressionnante des taux de nouvelles infections chez les bébés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Il n’y a pas eu d’avancées similaires pour les traitements destinés aux enfants vivant avec le VIH, cependant, et la trajectoire des décès chez les adolescents vivant avec le virus reste inquiétante.

Pour les adolescents vivant avec le VIH en Côte d'Ivoire, des ONG comme l’OFACI représentent la différence entre un isolement total et une prise en charge doublée d’un soutien.

ABIDJAN, Côte d'Ivoire, le 4 décembre 2013 - Accepter son VIH n’a pas été facile pour Jean Sangaré*, 13 ans. Cet enfant timide, à la voix douce, n’est pas très à l’aise quand il doit raconter à d’autres combien il est difficile et complexe de grandir avec le virus.

« Quand on m’a dit que j’étais séropositif au VIH, la grande sœur de ma mère m’a conseillé de ne le répéter à personne, parce qu’il y en a qui ne voudront plus m’approcher s’ils l’apprennent, » raconte-t-il.

Et d’ajouter : « Les gens ne savent pas ce qu’est le VIH, par ici, et quand ils apprennent que tu es séropositif, ils ne veulent plus rien avoir à faire avec toi. »


Prévalence élevée, stigmatisation largement répandue

D’après l’enquête démographique et sanitaire sur la prévalence du VIH 2011-2012, la Côte d'Ivoire avait l’un des taux de prévalence les plus élevés d’Afrique de l’Ouest (3,7 %) à l’époque. Spécialiste du VIH à l’UNICEF en Côte d'Ivoire,  le Dr Jean Konan Kouamé estime que l’on peut attribuer ce taux élevé d’infection à « des débuts sexuels précoces, à l’ignorance quant aux modes de transmission du virus et à un accès limité aux services de prévention et de traitement du VIH. »

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
(De gauche à droite) Cécile Traoré, assistante sociale de l’OFACI, et Jean, à Abidjan. « Les adolescents ont besoin d’un soutien social, physiologique et moral, explique Mme Traoré. Ils ont besoin de quelqu'un à qui se confier et à qui raconter ce qu’ils vivent. »

D’après des données récentes, 88 pour cent de la population n’a jamais fait de dépistage. Pour le Dr Kouamé, c’est « parce que les gens ne savent pas qu’une fois leur statut sérologique connu, ils peuvent avoir accès à des traitements qui leur permettront de vivre plus longtemps et de rester en meilleure santé. »

Á cause de la stigmatisation liée au VIH, les personnes vivant avec le virus, comme Jean, hésitent à révéler leur statut, même à leur famille proche. Cette stigmatisation peut entraîner un sentiment de solitude et d’isolement qui les empêche d’avoir accès aux traitements, à la prise en charge et au soutien dont ils pourraient bénéficier.

Un soutien pour Jean

Jean a perdu ses deux parents. Il vit avec sa tante à Abidjan, la plus grande ville de Côte d'Ivoire.

Il est sorti de son isolement lorsqu’il a rencontré Cécile Traoré, assistante sociale de l’ONG Femmes Actives de Côte d'Ivoire (OFACI), qui procure un soutien aux femmes et aux enfants vivant avec le VIH. Mme Traoré rend régulièrement visite à Jean. Elle vérifie qu’il prend ses médicaments correctement et lui tend une oreille attentive.

« Les adolescents ont besoin d’un soutien social, physiologique et moral, explique-t-elle. Ils ont besoin de quelqu'un à qui se confier et à qui raconter ce qu’ils vivent. Ce n’est pas facile d’aider un adolescent, car il faut les suivre en permanence. Sinon, ils se laissent aller. »

Avec l’aide de Mme Traoré, Jean est devenu membre d’un groupe de soutien pour enfants vivant avec le VIH. Ce groupe leur offre un lieu où ils se sentent en sécurité et peuvent parler de ce qu’ils vivent, acquérir des aptitudes de vie et forger de nouvelles amitiés.

« Pendant la réunion, on nous pose des questions, nous dessinons, nous parlons de notre vie… et nous recevons des conseils », explique Jean.

« Je me sens bien. Je m’y sens à l’aise, car je suis avec des enfants qui ont le même statut sérologique que moi. »

Á l’adolescence

L’adolescence est une période de transition particulièrement difficile entre l’enfance et l’âge adulte. Elle se caractérise par une maturation physique et sexuelle, les débuts d’une certaine indépendance sociale et économique, et le développement de sa propre identité.

En Côte d'Ivoire, les services de santé publique n’ont pas toujours les outils nécessaires pour offrir une prise en charge et un soutien qui tiennent compte des besoins particuliers des adolescents vivant avec le VIH. Les membres de ce groupe d’âge risquent trop souvent d’être oubliés, car ils ne relèvent ni des traitements pédiatriques ni des soins aux adultes. D’après le Dr Kouamé, seul un petit pourcentage d’adolescents, survivants à long terme nés avec le VIH, a accès aux traitements antirétroviraux. Beaucoup d’entre eux se rendent dans un nombre restreint de centres spécialisés en zone urbaine ou péri-urbaine pour leur prise en charge.

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Avec l’aide de Mme Traoré, Jean a rejoint un groupe de soutien pour enfants vivant avec le VIH. Ce groupe leur offre un lieu où ils se sentent en sécurité et peuvent parler de ce qu’ils vivent, acquérir des aptitudes de vie et forger de nouvelles amitiés.

Les ONG comme l’OFACI jouent un rôle essentiel auprès des jeunes. Grâce à Mme Traoré, Jean a réussi à se réconcilier peu à peu avec le fait qu’il est un adolescent vivant avec le VIH et il a appris combien il était important de suivre son traitement antirétroviral. Dans le groupe de soutien, il a rencontré d’autres enfants avec qui il peut parler librement de préoccupations communes dans un milieu où personne ne se pose en juge.

« Les jeunes séropositifs qui n’ont personne pour les soutenir, il leur faut énormément de soutien de la part de leur famille ou d’une ONG, confie-t-il. Sinon, ils vont avoir des idées noires et se faire beaucoup de souci parce qu’ils ont le VIH. »

*Le nom a été changé.
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En Côte d'Ivoire et sur l’ensemble du continent africain, les adolescents doivent surmonter bien des obstacles pour avoir accès à des services médicaux et de soutien et on les ignore trop souvent dans les stratégies mondiales ou nationales relatives au VIH/SIDA.

Pour réussir à amortir véritablement l’impact du VIH sur les adolescents, on pourra tirer parti des possibilités qu’offrent une demande accrue pour des interventions clés, un meilleur accès à celles-ci et leur adoption par les personnes concernées. Il faut supprimer les barrières qui empêchent d’accéder aux services et s’attaquer aux facteurs sociaux et économiques qui aggravent la vulnérabilité des adolescents face au VIH.

Ce n’est qu’en tirant parti de ces opportunités que l’on arrivera à une génération sans SIDA.


 

 

Photographie : VIH/SIDA

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