Thaïlande

Une courageuse petite Thaïlandaise qui vit avec le SIDA raconte son histoire

Image de l'UNICEF
© UNICEF Thailand/2005/Few
Cette montre aide Nou à prendre ses médicaments à l'heure. C'est simple mais vital pour son traitement.

Propos recueillis par  Robert Few

Dans la salle de réunion délabrée de l'AIDS Access Foundation, une petite ONG du Nord de la Thaïlande, une fillette est assise. Elle s'appelle «Noo» (NDLR : son nom a été modifié). Son père est décédé ainsi que sa mère. Tous deux sont morts de maladies liées au SIDA et le virus VIH a été transmis à Noo.

Noo a 12 ans. A première vue, elle paraît bien plus jeune parce que le virus l'a rendue d'une maigreur affligeante et a diminué ses forces. Mais à cause de son regard et de sa façon d'utiliser familièrement des termes médicaux comme  «antirétroviral» et «infection opportuniste», elle semble aussi bien plus âgée.

Orpheline, pauvre et séropositive, elle vit avec son grand-père qui est alcoolique. Nou s'occupe de tout dans la maison. Elle fait le ménage, gère les dépenses... Elle doit même cacher l'argent à son grand- père et lui en donne seulement pour subvenir à ses besoins. Nou est aussi obligée de parcourir 70 kilomètres pour aller chercher ses médicaments. Elle les prend seulement sous forme liquide. Cela lui fait une cargaison pénible à ramener chaque fois qu'elle va faire sa provision mensuelle mais elle ne fait pas confiance aux médicaments rétroviraux en pilules. Elle a vu sa mère les prendre et mourir...
Voici son histoire racontée par elle-même.

CHIANG RAÏ, Thaïlande, 11 janvier 2006 - «Je suis malade depuis environ un an. A ce moment, j'ai commencé à me sentir essoufflée et à tousser. Je suis allée à l'hôpital local et le docteur m'a dit que j'étais atteinte d'une infection opportuniste. Ils ont fait des tests mais je n'arrivais pas à savoir ce que j'avais. Les médecins non plus et alors j'ai été admise  à l'hôpital de Chiang Raï. Là, on a dit à ma mère que j'avais le virus VIH. Je savais que VIH veut dire SIDA et que ça vous rend faible.»

«Ma mère est morte cette année-là. Après cela, mon grand-père se soûlait tout le temps. Il me battait et me criait après constamment. Pendant quelque temps j'ai été hébergée par une fondation mais je manquais à mon grand-père. Aujourd'hui il boit toujours un peu mais au moins il est toujours capable de travailler. Il m'emmène tous les jours pour les repas et m'accompagne au bus que je prends pour aller à AIDS Access.»

«Actuellement, je prends des médicaments anti-rétroviraux tous les jours chaque matin et chaque soir à 7 heures. Le docteur m’a dit que je devais faire cela à l'heure exacte. Je  suis ce traitement depuis quatre mois et, maintenant, je me sens plus forte... et je peux manger.»

«Je vais voir le docteur une fois par mois. J'y vais toute seule, il n’y a pas de problème. Mais quand je reviens, j'ai à charrier moi-même tous ces médicaments.»

« L’agent de santé à l'hôpital m'a donné une montre pour m'aider à prendre mes médicaments au bon moment. Elle est très utile parce qu'elle sonne chaque fois que c'est l'heure. Autrement, j'oublierais...Si j'oublie, alors je dois le faire aussitôt que je m'en rappelle. Je n'ai pas peur du SIDA.»

«Si je prends mes médicaments, mon état s'améliore. Ça ne partira jamais mais si je continue à suivre mon traitement, au moins je ne tomberai pas malade.»

«Quand mes camarades ont su que j'étais malade, il n'ont plus voulu venir jouer avec moi parce que j'étais trop maigre. Ils m'ont dit : «Ne viens plus en classe avec nous parce que tu as le SIDA!» Mais je sais que le SIDA n'est pas quelque chose qui s'attrape facilement, en tout cas sûrement pas en jouant avec les autres. Maintenant, ils ont compris et ils viennent me voir à la maison ou bien je vais les voir. Leurs parents nous laissent jouer ensemble.»

«Je ne vais pas vraiment à l'école parce que je ne me sens pas bien. Le professeur veut que j'aille un peu mieux avant de retourner à l’école. J'attends l'année prochaine.»

«Je veux faire des études et devenir une femme d'affaires. Je suis sûre à 99 % que je serai assez forte. Mais je ne peux pas en être tout a fait certaine parce que j'ai des problèmes avec mes poumons. Dans le froid et au moment de la saison des pluies, je ne peux pas très bien respirer.»



 

 

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