Protéger les enfants (Déclaration du Millénaire)

Un Bureau du Procureur pour les enfants : améliorer la justice pour les mineurs

© UNICEF/GUA05/Prieto
Leticia*, 11 ans, a passé bien des nuits dans la salle de bain pour échapper à son beau-père qui se livrait sur elle à des abus sexuels. Grâce à l’initiative et au courage de son frère, José, 15 ans, la fillette a pu déposer une plainte contre son beau-père auprès du Bureau du Procureur des enfants maltraités nouvellement créé à Guatemala City et mettre fin à son cauchemar.

Le cas de Leticia est loin d’être unique. Au Guatemala, un nombre alarmant d’enfants subissent des violences dans la rue ou à la maison. La plupart de ces crimes ne sont jamais signalés en raison des lacunes du système judiciaire.

Le Bureau du Procureur pour enfants maltraités, que l’UNICEF a contribué à créer en 2004, en coopération avec le Bureau du Procureur de la République, tente de remédier à la situation en offrant un espace où les crimes commis contre des mineurs peuvent être dénoncés, et des réparations obtenues dans un cadre qui se veut accueillant pour les enfants.

La création de ce bureau spécialisé pour les enfants au sein du Bureau du Procureur fait partie de l’initiative menée par l’UNICEF pour renforcer le système de justice pour enfants maltraités et délinquants juvéniles. Ce n’est que l’une des mesures prises par le Guatemala pour améliorer son système de protection des enfants contre la maltraitance et l’exploitation sexuelles.

Au cours des 11 premiers mois de 2005, le Bureau du Procureur a signalé 11 900 cas d’abus sexuels sur enfants, de violence familiale et de traite d’enfants.

Le supplice de Leticia

Le supplice de Leticia a commencé chez elle, quand elle a compris que ce qui se passait nuit après nuit n’était pas normal.

« Mon beau-père se livrait à des attouchements sur moi pendant la nuit », explique Leticia. « Parfois, j’allais me réfugier dans la salle de bain au milieu de la nuit et j’attendais jusqu’à l’aube parce que je ne voulais pas revenir dans mon lit. Le matin, j’allais chez ma grand-mère ». Prise de peur, la fillette est allée habiter chez sa grand-mère.

Le frère de Leticia admet qu’au début, il n’a pas cru sa sœur. « Je me suis mis en colère et je ne l’ai pas crue », dit-il. « Mais lorsqu’elle a raconté la même histoire devant notre beau-père en pleurant, je l’ai crue. »

José a décidé de se renseigner pour savoir où porter plainte, malgré les protestations de sa mère.

Chaque mois, 200 plaintes similaires à celle de Leticia sont déposées au Bureau du Procureur, dont la moitié pour abus sexuels sur des mineurs.

Une introduction précoce au système de justice

Le frère et la sœur, qui vivent à présent chez leur grand-mère, comprennent les conséquences de leur plainte : si leur beau-père est reconnu coupable, il pourrait être condamné à une peine de prison allant de 6 à 12 ans.

« Je ne voudrais pas qu’il aille en prison, parce que je ne voudrais pas m’y retrouver moi-même », dit José. « La seule chose que je veux est qu’il quitte la maison pour toujours. »

À ce jour, l’affaire est en cours. Leticia s’est déjà rendue chez un médecin légiste et chez un psychologue qui évalueront son état physique et les séquelles psychologiques des sévices qu’elle a subis. En outre, la police rassemblera des données pour les besoins de l’enquête.

Leticia ôte l’encre du doigt qui lui a servi à signer sa déposition. Les empreintes digitales de sa grand-mère et de son frère sont apposées à côté de la sienne. Elle a retrouvé son calme à présent, soulagée d’avoir pu raconter son histoire – qui aurait dû ne jamais arriver.

* Les noms ont été changés.

Note : certaines des informations propres au pays ont été fournies par les bureaux de pays ou tirées des rapports de pays annuels de l’UNICEF.