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Evaluation report

2012 Tunisia: Revue rapide du programme de coopération de l’UNICEF dans le secteur de l’éducation des enfants en Tunisie



Author: Mustapha Ennaifar

Executive summary

Background:

En Tunisie, la révolution de janvier 2011 contre la dictature et l’injustice sociale a touché aussi le secteur de l’éducation. La libération de la parole a en particulier ébranlé le mode de gouvernance autoritaire et pyramidal qui prédominait dans le système éducatif :
- la base (enseignants et élèves), installée majoritairement dans la contestation de l’ordre ancien, a remis en question le fonctionnement des niveaux central, régional et local, exigeant partout un mode de gestion plus participatif ;
- une partie des responsables ont été remplacés et d’importants recrutements de personnels divers, particulièrement enseignants, ont été imposés par les diplômés chômeurs selon de nouvelles modalités accordant plus d’importance aux critères sociaux ;
- divers projets de développement et d’animation scolaires sont délaissés ou négligés ;
- la transition vers la démocratie a créé de nouvelles opportunités de débat et de communication sur des problématiques nouvelles et de nouveaux défis éducatifs: Qu’est-ce que la démocratie ? Quelle organisation nouvelle de l’école suppose-t-elle ? Comment la concrétiser? Comment les choses fonctionnent-elles dans les pays à tradition démocratique ? Que peut faire l’école pour que les jeunes ne cèdent pas à l’extrémisme et à l’intolérance ?
- une gestion nouvelle du système éducatif, qui soit à la fois démocratique et efficace, qui préserve la qualité de ses projets et de l’éducation en général, peine à se mettre en place.

Que doit et peut faire dans ce contexte, l’UNICEF, pour réajuster ses programmes afin de répondre à la demande politique et sociale relatives au secteur éducatif tunisien ?

Autant de questions auxquelles la revue essaye d’apporter des réponses.

Purpose/Objective:

L’objectif général formulé dans les Termes de reference est de réfléchir à la manière de recadrer le Programme de Coopération de l’UNICEF en matière d’éducation, en vue de l’orienter vers une contribution au renforcement de la réduction des disparités et à une éducation de qualité du système éducatif tunisien.

Quatre tâches convergentes sont inscrites pour atteindre l’objectif :
* Procéder à la revue rapide du programme (2007-2011  étendu de 2012 à 2014), des projets et actions soutenus par l’UNICEF
* Elaborer des notes techniques d’orientation sur des aspects clés du programme
* Effectuer la saisie des grandes orientations de la réforme éducative tunisienne à venir
* Formuler les orientations et recommandations pour le programme 2013 et 2014 et pour celui du moyen terme (2015-2019).

Methodology:

Des réunions sur les projets soutenus par l’UNICEF avec les responsables des ministères tunisiens partenaires ont permis de repérer des problèmes récurrents de l’élaboration et du management de projets. Ce premier repérage a été vérifié lors d’entretiens complémentaires avec les responsables des administrations centrale et régionales et des acteurs des établissements scolaires en utilisant des questionnaires d’entretiens semi directifs.

Les questionnaires étaient focalisés sur l’observation des processus d’identification, d’élaboration, de pilotage et de mise en œuvre, de suivi, d’évaluation et de régulation des projets et activités. Le but étant de confirmer ou d’infirmer les insuffisances repérées à ces différents niveaux, et d’en identifier les causes.  Ces questions s’articulent également aux critères de pertinence, cohérence, adhésion, efficacité /impact, durabilité, équité .

Les réponses obtenues permettent de voir si les projets répondent aux besoins, si les méthodes et ressources sont adaptées aux objectifs, si les acteurs éducatifs adhèrent aux projets, si les résultats attendus sont atteints ou en voie, si le dispositif mis en place a des chances de durer après la phase d’expérimentation ou même d’implantation et quels ajustements pourraient être introduits pour les pérenniser.

Dans les visites d’écoles, les niveaux observables sont ceux du fonctionnement et de l’impact du projet et il est aussi intéressant de s’entretenir avec les acteurs de terrain pour jauger leur adhésion.  Cela a permis aussi de tenir compte de leur point de vue dans l’élaboration des perspectives.

L’étude de la documentation, surtout celle portant sur les projets programmés pour lutter contre les disparités en éducation et pour en promouvoir la qualité, a permis de compléter l’apport des entretiens et des visites.

Findings and Conclusions:

.Perte de vision et du pilotage stratégiques en l’absence de cadre de référence stable et commun au Ministère de l’Education et déficit de concertation et de coordination.  La suppression du pilotage a entraîné une défaillance de suivi même si les activités du PTA UNICEF ont pu être réalisées.

.Certains résultats du PTA irréalistes et non évaluables: par ex. un résultat de composante 2007-2012 «au - 70 % des élèves auront des acquis scolaires conformes aux normes nationales dans les 4 gouvernorats de ciblage», or les normes nationales et la situation de départ ne sont pas définies. 

.Délaissement de l’approche projet: En l’absence d’une stratégie pour le secteur, les différents départements du ministère s’inscrivent dans une stratégie à court terme, quasi-indépendante sans dimension projet.

.Concertation et complémentarité insuffisantes entre ministères: Les dysfonctionnements observés entre départements se retrouvent entre ministères, avec insuffisance de coordination et responsabilisation.

.La carence en communication sur les projets s’observe à tous les niveaux de l’administration centrale ; entre administrations centrales, regionals et locales.  Le “marketing social” manque.

.Faible exploitation des études et leurs recommandations: études peu ou pas exploitées en raison des défaillances déjà citées.  Des structures fonctionnelles devraient utiliser ces études.  La diffusion en est souvent limitée au department commanditaire.

.Projets top down et démobilisation du terrain: L’autorité hiérarchique était le principal moteur de la participation des acteurs de terrain. Depuis la révolution ce facteur est inopérant et explique l’état léthargique des projets.

.Implication limitée de la société civile: Aucun des projets n’a impliqué la société civile dans sa conception ou sa planification.  Au niveau des établissements, on a pu constater certaines contributions.  Les parents participent rarement et les chefs d’établissement s’en plaignent.

Recommendations:

.Convenir avec les partenaires d’une démarche favorisant l’application des principes de bonne gouvernance dans la gestion des projets : s’assurer de la concertation et de l’accord entre les acteurs et les départements concernés ; metre en place un pilotage pertinent avec des responsabilités clairement définies ; accompagner d’un contrat d’objectifs, chaque projet précisant les redevabilités de chacun.

.Veiller à l’application des principes d’ingénierie dans la conception et la mise en œuvre des projets: former les principaux acteurs ; prévoir un descriptif technique ;  identifier des indicateurs répondant aux critères standards et prévoir un plan de suivi et d’évaluation ainsi qu’un plan de communication.

.Renforcer la participation de la société civile : parents d’élèves, associations, journalistes, syndicats concernés par l’éducation.

.Réexaminer les projets en cours ou récemment proposés sur la base de critère de pertinence; en renouveler certains, pour lesquels l’apport de l’UNICEF se limite quasiment au financement de certaines opérations matérielles ; en maintenir certains en les fédérant en programmes pour leur donner plus de poids ; en identifier et élaborer de nouveaux dans des champs délaissés.

.Le programme de coopération avec l’UNICEF pour les années 2013 et 2014 devrait contribuer à établir une meilleure gouvernance du secteur pour réussir la conception et la mise en œuvre de programmes de développement à la fois respectueux des droits de l’enfant et durables.

C’est à cette condition que le nouveau programme avec l’UNICEF (2015-2019) pourrait aider la Tunisie à assumer pleinement son statut de Pays à Revenu Intermédiaire en relevant les défis de la lutte contre les disparités et de la lutte pour la qualité de l’éducation.

Lessons Learned:

Les sociétés confrontées à des problèmes de gouvernance rencontrent toutes des difficultés dans la gestion de leurs projets dans le secteur éducatif. Dans le cas de la Tunisie d’avant la révolution, les projets ont souffert de l’autoritarisme et du centralisme excessifs, de l’absence ou du manque de consultation et de vraie concertation avec les acteurs de terrain. De cela a résulté la faible implication de ces derniers et le fait qu’ils ne se sont pas approprié les projets, ce qui a porté atteinte à leur continuité.

Dans la période actuelle de transition vers la démocratie, le secteur éducatif subit le contrecoup des défaillances de l’administration, d’une vision floue de l’avenir et d’une implication inégale des acteurs. De ce fait, un manque de rigueur se manifeste dans la conception, la mise en œuvre et l’avancement des projets.

La leçon à tirer d’une situation de gouvernance défaillante est que le soutien apporté par des organismes externes comme l’UNICEF, à des projets dans le secteur éducatif, doit prendre en compte et inclure dans le projet, des actions pouvant réduire les effets de la mauvaise gouvernance. Vouloir ignorer cela ne peut que mener vers une réussite partielle et éphémère de ces projets.



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Report information

Year:
2012

Country:
Tunisia

Region:
MENA

Theme:
Education

Partners:
Ministère de l'Education

Type:
Review

Language:
French

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