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Evaluation report

2010 Mauritania: Rapport final de l'evaluation du Programme la promotion de l'abandon des MGF mis en oeuvre par le MASEF dans 3 regions a haute prevalence et au Brakna avec l'ONG Tostan



Author: Mar Mamadou Djibril. Partners: MASEF, Tostan, UNFPA, CNIEC

Executive summary

Background:

L’excision est une pratique très répandue en Mauritanie et touche plus de deux tiers des femmes en âge de procréer (72.2% des femmes enquêtées ont déclaré avoir été excisées). Cette pratique varie sensiblement selon les caractéristiques socioculturelles et demeure davantage pratiquée dans les wilayas du Sud-Est (97%) et du Centre (88%) de la Mauritanie que dans les zones du Nord (54%), du Fleuve (62%) et à Nouakchott (62%). D’une manière générale, l’excision est plus souvent pratiquée en milieu rural (77%) qu’en milieu urbain (65%). Le critère ethnique semble toutefois le plus déterminant : la quasi-totalité des femmes soninkés (92%, ethnie particulièrement représentée dans le sud du pays), et près des trois quarts des femmes poulars (72%) et maures (71%) sont excisées, alors que seulement 28% des femmes wolofs subissent cette pratique.

Sur la base des résultats de l’enquête MICS-Mauritanie de 2007, 7 régions du pays enregistrent un taux de prévalence variant de 88 à 98 % et nécessitent par conséquent des interventions urgentes

Purpose/Objective:

Les objectifs de l’évaluation du programme promotion de l’abandon de l’excision sont :
 Procéder à une analyse intégrale des 2 composantes d’intervention (MASEF et Tostan) en prenant en compte aussi bien les aspects programmatiques, techniques que de gestion des ressources, des résultats et effets qui en découlent ;
 Formuler des recommandations en vue d’un réajustement du programme dans la perspective d’une amélioration continue de son efficacité effective dans la lutte contre les MGF.

Methodology:

L’étude a combiné deux types de méthodes complémentaires. Une méthode quantitative et une méthode qualitative. Il s’agissait d’appréhender à travers ces deux approches la connaissance du programme par les populations, leur participation et/ou leur adhésion aux activités et de mesurer les effets.
L’approche qualitative

Elle a consisté à faire : (i) une revue documentaire : il s’agissait de faire des investigations auprès des responsables du programme afin de répertorier le maximum de documents existant, ayant un rapport avec les mutilations génitales féminines. Une documentation supplémentaire sur les expériences d’autres pays de la région et de l’Afrique a été également recherchée. Ces investigations ont permis de comprendre les contextes, les activités menées et les difficultés rencontrées. (ii) des focus groups auprès des populations cibles. ont permis aux participants de s’exprimer ensemble et de confronter leurs différentes opinions. (iii) des entretiens individuels qui ont permis d’avoir des informations qui n’ont pas pu être dites en groupe. L’entretien individuel a pour avantage de permettre une expression sans tabou et approfondir certains thèmes qui peuvent paraître difficiles à exposer en groupe. Trois groupes cibles ont fait l’objet de ces entretiens
L’approche quantitative

Echantillonnage

Le choix des villages pris en compte dans l’échantillon a été fait en fonction des paramètres liés à la répartition géographique des populations dans les wilayas ciblées.
Toutefois, pour disposer d’un échantillon représentatif de la population totale des femmes en âge de procréer, la détermination de la taille de l’échantillon a été faite en appliquant la formule statistique scientifique de calcul de la taille des échantillons. L’hypothèse étant que la zone connaît une forte prévalence de l’excision et que le taux de prévalence moyenne en Mauritanie est estimé à 71,2%.

Findings and Conclusions:

Il ressort de l'evaluation que les différentes stratégies de lutte jusque-là développées ont freiné les ardeurs dans la pratique de l’excision. La mise en marche des activités de sensibilisation a conduit à une prise de conscience de la population sans pour autant éradiquer la pratique de l’excision

Deux évènements majeurs qui sont les fruits des efforts coordonnés de plaidoyer de la coordination nationale de lutte contre les MGF avec l’appui des agences du système des Nations Unies (UNICEF, UNFPA…) devraient contribuer à renforcer les actions futures de lutte contre les MGF. Il s’agit de :
• la publication d’une fatwa nationale, adoptée par 33 des plus puissants Imams du pays, qui interdit l’excision et invite à sa condamnation.
• L’avis du Groupe de parlementaire pour la Population & le Développement en faveur d’une loi criminalisant les MGF et dans laquelle ils affirment leur détermination à voter un tel instrument juridique dans le plus bref délai (il est noter que le MASEF est entrain de finaliser l’avant projet sur les MGF, qui sera soumis aux autorités officielles).

Par ailleurs, l’approche holistique de Tostan mise en œuvre au Brakna peut servir de modèle pour les autres communautés des wilayas à haute prévalence. En effet, cette approche a permis non seulement d’informer la population sur les MGF mais également d’impulser une dynamique de groupe qui permet à la population de s’approprier le programme. Amener les populations à faire des déclarations publiques pour l’abandon des MGF est l’aboutissement de tout un processus qui a nécessité un encadrement et un suivi rapproché. La déclaration de Mbagne organisée le 25 mai 2010 constitue un grand pas pour les populations de la wilaya, aussi bien pour les 30 communautés bénéficiaires directes du programme Tostan que les populations des villages environnants dont les 48 associés à la déclation..

Recommendations:

Au delà du renforcement des capacités des acteurs et du cadre législatif, il convient entre autres de considérer les propositions suivantes en vue d’améliorer les activités de lutte contre l’excision :

• Privilégier la mise en place des mécanismes de concertation et de collaboration avec les secteurs non gouvernementaux que la question concerne (secteurs touchant à la religion, à la santé, aux femmes, aux droits de l'homme, au développement), ainsi qu'avec les organisations internationales et les agences du SNU qui se consacrent à la défense des droits de l'homme, à la protection de la santé et au développement ;
• Renforcer la mobilisation des Imams et les responsables religieux enles amenant à vulgariser la Fatwa des Oulémas qui dénonce l’excision en montrant qu’elle n’a aucun fondement religieux comme le prétendent les populations qui la pratiquent.
• D’un point de vue stratégique, la lutte contre la pratique de l’excision doit s’inscrire dans le contexte de la santé publique au même titre que les autres composantes de la Santé de la Reproduction (SR). Certes, la pratique de l’excision est une atteinte à l’intégrité physique de la femme, donc une entrave aux droits humains. Cependant, le niveau de compréhension actuelle des populations et leur mentalité ne permettent pas d’en faire un cheval de bataille de premier ordre. Aussi convient-il de focaliser davantage les messages et les stratégies sur les problèmes de santé. En effet, les effets néfastes de l’excision sur la santé, plus que tout autre argument, pourraient justifier aux yeux des populations l’abandon de cette pratique. Elles sont prêtes à y renoncer, si elles sont convaincues qu’il s’agit de préserver réellement leur santé et celle de leurs filles.

• Il est nécessaire que les différentes structures envisagent une stratégie d’appropriation par les populations. Il ne s’agira plus "d’aller apporter la bonne nouvelle/information", mais de susciter une dynamique interne de lutte contre la pratique de l’excision. Pour ce faire, plus qu’informer, il faut convaincre. La sensibilisation contre la pratique de l’excision doit s’adresser tout autant à l’homme qu’à la femme. La place des hommes demeure prépondérante dans l’organisation sociale et dans la vie familiale même si la prise de décision d’exciser les filles revient en grade partie aux femmes. Les campagnes de sensibilisation doivent aller au-delà de cette impression diffuse et trompeuse qui fait de cette pratique « une affaire de femme » et s’adresser davantage aux hommes.

• L’implication active des agents de santé dans la lutte est une condition nécessaire. Le contact permanent qu’ils ont avec les populations et la confiance qu’ils inspirent auprès d’elles, font d’eux des éléments incontournables de la lutte contre l’excision. Aussi, recommandons-nous que le ministère de la Santé, en tant que membre du comité national de lutte contre les violences faites aux femmes, puisse accorder à la lutte contre l’excision la place qu’elle mérite dans ses programmes et plans d’actions. A ce titre, la lutte contre l’excision doit figurer dans les attributions de chaque agent qui, par conséquent, doit bénéficier d’une formation en la matière.

• L’implication du Ministère de l’information et de la communication qui gèrent les mass-médias accessibles au plus grand nombre. L’accès à l’information est un droit inaliénable de l’homme. A cet effet, La radio est un vecteur important d’information.

• L’éducation peut être un terrain favorable aux changements de mentalités. De ce point de vue, l’élaboration et l’intégration d’un module sur l’excision dans les programmes d’enseignement est pertinent. En outre, les contenus des programmes d’alphabétisation des adultes, doivent intégrer la lutte contre l’excision. Nous recommandons par conséquent, que le MASEF approche les structures concernées par l’alphabétisation des adultes et la formation professionnelles afin d’étudier la faisabilité d’une telle intégration.

• Poursuivre le programme Tostan en capitalisant son expérience au Brakna qui peut servir de modèle pour les autres communautés de la wilaya et même celles des autres wilayas à forte prévalence.

• Nous suggérons que le MASEF complète son paquet de services et son approche pour prendre en compte le développement communautaire global y compris la lutte contre les MGF.

• Enfin, inscrire dans le budget de l’Etat une ligne budgétaire spécifique pour la lutte contre les MGF prenant en compte un paquet complet de services afin de doter les différents comités de moyens nécessaires pour l’exécution des activités.



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