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Evaluation report

2010 Mali: Evaluation du Programme Protection de l'Enfant au Mali



Author: Catherine Cormont Touré

Executive summary

 

“With the aim to continuously improve transparency and use of evaluation, UNICEF Evaluation Office manages the "Global Evaluation Reports Oversight System". Within this system, an external independent company reviews and rates all evaluation reports. Please ensure that you check the quality of this evaluation report, whether it is “Outstanding”, “Good”, “Almost Satisfactory” or “Unsatisfactory” before using it. You will find the link to the quality rating below, labelled as ‘Part 2’ of the report.”

Background:
La stratégie de la coopération suédoise, qui a débuté au Mali depuis 2004 se concrétise par un appui budgétaire mais également par le financement de programmes réalisés en partenariat avec des organisations non gouvernementales et multilatérales. Cette stratégie est principalement axée sur la promotion de la démocratie, les droits humains ainsi que sur la protection de l'environnement. S’intégrant dans une vision holistique de lutte contre la pauvreté qui repose sur une approche multi-acteurs, deux programmes, cofinancés avec la Norvège, ont été conçus et mis en œuvre pour promouvoir la démocratie et la culture des droits humains : un programme de gouvernance démocratique locale en partenariat avec quatre ONG internationales : SNV, Helvetas, AEN, Diakonia, un programme de protection des droits de l’enfant en partenariat avec l’UNICEF.

La présente évaluation du programme de protection des droits de l’enfant s’inscrit dans le processus d’élaboration de la nouvelle stratégie de la coopération suédoise au Mali pour la période 2011-2015. Les commanditaires de l’étude ont émis deux préoccupations majeures : (i) l’évaluation doit constituer une opportunité pour l’ensemble des acteurs du programme afin qu’ils puissent tirer tous les enseignements des interventions menées et renforcer leurs capacités, (ii) les conclusions et recommandations de l’évaluation doivent permettre de contribuer au processus d’élaboration de la nouvelle stratégie de coopération de la Suède au Mali.

L'équipe d'évaluation était composée d'une consultante internationale, Catherine Touré, assistée durant la mission de terrain par un consultant national, Ousmane Macina. L’équipe tient à remercier l'Asdi et l'UNICEF à Bamako qui ont fait preuve d’une grande disponibilité en vue de faciliter le travail de la mission, ainsi que toutes les personnes et structures rencontrées pour les fructueux échanges.
Des enjeux majeurs persistent au Mali pour la promotion des droits de l’enfant qu’il convient d’analyser:

Un contexte de pauvreté qui accélère l’exclusion et la marginalisation sociale
Les flux d’investissement privés et de financements publics ont permis au Mali d’atteindre un taux de croissance de 5% en moyenne sur la période 2002-2006. Mais malgré les efforts déployés, un Malien sur deux souffre de pauvreté. Celle-ci est plus particulièrement ressentie en milieu rural avec des disparités régionales. Les régions de Sikasso et de Koulikoro connaissent une plus grande pauvreté monétaire alors que les régions du Nord souffrent d’une plus grande privation dans l’accès aux services de base. Comme le montre le tableau ci-dessous sur l’indice de Développement Humain, les performances économiques récentes du Mali ont eu un impact limité sur la réduction de la pauvreté avec un recul en deçà des objectifs du Cadre Stratégique de Croissance et de réduction de la Pauvreté (CSCRP). Les inégalités grandissantes touchent les groupes les plus vulnérables et plus particulièrement les enfants. Selon l’étude Pauvreté des enfants et inégalités au Mali (UNICEF 2008), l’ampleur de la pauvreté des enfants y est très élevée avec 85% d’enfants affectés par les privatisations sévères et 50% par des privations absolues. L’impact des politiques publiques de réduction de la pauvreté demeure faible au regard de la sévérité des privations.

Evolution de l‘Indice de Développement Humain (IDH)
Année 2003 2004 2005 2006 2007
Indice de Développement Humain 0,428 0,434 0,457 0, 462 0,471
Source : MDSSPA ODHD

Une décentralisation certaine mais une lente mise en place des services de base
Depuis 1991, le Mali connait une stabilité relative et des progrès dans l’instauration de la démocratie. La décentralisation a fait des avancées certaines malgré des retards enregistrés dans la déconcentration des services publics et dans le transfert des fonds aux collectivités territoriales. Celles ci connaissent des difficultés à mobiliser les ressources propres et à mettre en place des services de base.

Une pression démographique forte
Le Mali enregistre un fort taux d’accroissement démographique. L’indice synthétique de fécondité reste élevé 7% en 1996 contre 6,6% en 2006. Le taux de prévalence contraceptive demeure faible, 5% en 1996 contre 6,2% en 2006. Près de la moitié de la population a moins de 15 ans, (49 % en 2006) ce qui fait des enfants un groupe prépondérant en nombre avec des besoins vitaux à satisfaire. La forte croissance démographique empêche une amélioration rapide des indicateurs sociaux en particulier dans les secteurs de l’éducation et de la santé

Un contexte socio culturel peu sensible aux droits des enfants
L’enfant est traditionnellement perçu comme un bien, une garantie pour l’avenir. Placé sous l’autorité parentale, ses besoins spécifiques sont peu considérés. La notion de droit de l’enfant reste mal comprise et appréhendée.

Une détérioration des valeurs familiales et des liens sociaux
Les mécanismes traditionnels de solidarité au sein des familles et des communautés s’effritent avec une distension des relations solidaires. Les négligences et abus, dont sont victimes les enfants, sont dus à l’affaiblissement des systèmes de valeurs, à la dislocation des liens sociaux, mais surtout à la déstructuration de la famille tout comme à la migration. La pauvreté engendre l’exode et donc une plus grande vulnérabilité voire une marginalisation sociale des enfants.

Un budget limité et un faible engagement de l’Etat
Les secteurs sociaux reçoivent peu de financement. Ainsi, la part des secteurs sociaux dans la loi des finances était de 5,7% en 2007 et 4,7% en 2008. Le pourcentage du budget national alloué au MPFEF en 2006, était de 0,3% et celui du MDSSPA de 1,4%. Malgré les déclarations sur l’importance accordée aux enfants, l’Etat ne prend pas toutes les dispositions nécessaires institutionnelles, juridiques et financières pour les protéger et garantir leurs droits.

Un taux de scolarisation qui reste faible et qui s’accompagne d’une forte déperdition au primaire. 60,9%des des enfants maliens sont scolarisés avec des iniquités de genre 68,1% des garçons pour 53,8% de filles et des disparités régionales 37,1% à Kidal et 90,6% à Bamako. Le taux d’abandon s’est détérioré 3,45% en 2003, 3,9% en 2006 et 4,1% en 2008. Les filles quittent plus tôt l’école que les garçons. 9,7% contre 3,6% en 2008. Cette faible scolarisation s’accompagne de migration et de désinsertion économique et sociale (Source CPS MEN).

Situation des enfants du Mali à travers quelques indicateurs
Dû à un contexte peu favorable, la situation des enfants reste préoccupante. Les indicateurs en matière de droits de l’enfant interpellent :

En 2006, la prévalence de la pratique de l’excision était une des plus élevée au monde avec 85,2% pour l’ensemble du pays dont 80,9% en milieu urbain et 87,4 % en milieu rural avec des disparités géographiques Kayes 98, 3%, Koulikoro 97,4%, Sikasso 94,7%, Ségou 92,2%, Mopti 75,4%, Tombouctou 44,0%, Gao 1,8% et Kidal 0,9% (Enquête EDS 2006).

En 2006, 53% des enfants de moins de 5 ans étaient enregistrés à l’état civil avec des disparités sociales 82% pour les ménages les plus aisés et 42 % pour les ménages les plus pauvres, des disparités urbain-rural 75% contre 45% pour les zones rurales, des disparités régionales 38% à Mopti, 61% à Sikasso 84% à Bamako, des disparités de genre 55% pour les garçons et 51% pour les filles. (Enquête EDS 2006).

En 2006, le travail des enfants concernerait 76% des enfants de 5 à 14 ans (EDSM 2006). Ce phénomène est plus répandu dans les ménages pauvres 81%, en milieu rural 80% et dans certaines régions plus de 85% à Ségou, Sikasso Koulikoro.

En 2006, on enregistrait 11689 enfants mendiants, 1924 enfants dans la rue, 5573 enfants talibés, 13 330 enfant handicapés, 344 enfants démunis infectés par le VIH et scolarisés, 1936 038 enfants travailleurs, 4677 orphelins, 198 cas de violences sexuelles et 832 cas de violences physiques (Données CNDIFE 2008). Au Mali, 27% des enfants sont des enfants orphelins de père et /ou de mère et 16 % des enfants sont placés dans d’autres familles dont 21% en zones urbaines et 14% en zones rurales (Enquête EDS 2006).

Purpose/ Objective:
L’évaluation vise à : (i) juger de la pertinence des interventions passées et en cours. Elle s’intéresse aux interventions menées en 2005-2007 mais se concentre surtout sur la deuxième phase (2008-2010), (ii) donner des orientations pour l'appui futur de la coopération suédoise dans le domaine da la protection des droits de l’enfant et (iii) permettre aux institutions impliquées dans la mise en œuvre du programme de capitaliser les expériences et l'apprentissage cumulés. Comme souligné dans le cahier de mission, le champ d‘évaluation s’est intéressé aux domaines suivants : (i) le cadre national institutionnel et juridique de la protection des droits de l’enfant, (ii) le renforcement des capacités au niveau communautaire, (iii) l’appui aux organisations de la société civile dans la mise en œuvre des interventions, (iv) la sensibilisation et le plaidoyer et (v) le suivi et l’évaluation de la situation des enfants.

Les objectifs spécifiques d’évaluation du programme Protection Droits de l’Enfant sont :
 Analyser l’adéquation et la pertinence du programme avec les politiques et stratégies nationales de protection des droits des enfants.

 Analyser l’efficience du programme en fonction des moyens humains, matériels et financiers et les modalités de gestion et d’organisation.

 Analyser l’efficacité du programme en matière de stratégies et de démarches utilisées notamment pour le plaidoyer, la communication, la mobilisation sociale et les approches communautaires.

 Analyser la contribution du programme au cadre institutionnel de protection des enfants en particulier le renforcement de capacités des différents acteurs (Etat, société civile, collectivités décentralisées) et les mécanismes de concertation coordination.

 Analyser la contribution du programme au cadre juridique de protection des droits des enfants : textes en vigueur, mise en application, diffusion avec une emphase sur les activités de plaidoyer, de communication et de mobilisation sociale pour garantir les droits des enfants.

 Analyser la contribution du programme aux mécanismes de suivi-évaluation de la situation des enfants (données quantitatives et qualitatives) en particulier les liens avec les mécanismes nationaux en vigueur et le renforcement de capacités des acteurs dans ce domaine.

 Analyser la contribution du programme à la mise en place de réponses communautaires pour garantir la prévention et la prise en charge des enfants en situation difficile et étudier les conditions d’extension de ces réponses communautaires.

 Analyser les effets du programme sur la situation des enfants en matière d’enregistrement des naissances, de lutte contre les pratiques néfastes (mutilations génitales féminines, mariages précoces) et les formes d’exploitation des enfants.

 Analyser les effets du programme sur la prévention et la prise en charge des enfants vulnérables : enfants de la rue, enfants orphelins et vulnérables, VIH/SIDA, enfants en rupture avec la loi.

 Analyser la durabilité des interventions : politiques nationales, mobilisation des pouvoirs publics, fonctionnalité du cadre institutionnel et partenarial, implication et performances des acteurs, capacité à mobiliser des financements, mécanismes d’extension des réponses locales et communautaires.

Methodology:
L’évaluation a utilisé les critères d'évaluation que sont : la pertinence, l’efficience, l'efficacité, l'impact et la durabilité. Elle s’est attaché à : (i) faire un état des lieux, (ii) expliquer les écarts constatés entre ce qui avait été prévu et ce qui a pu être réalisé, (iii) rechercher et analyser les contraintes, (iv) rechercher et analyser les points forts, (v) dégager les leçons apprises, (vi) identifier les besoins à couvrir, et (vii) faire des recommandations pour le court et le long terme.

L’étude a privilégié l’approche qualitative. Vu le nombre très élevé d’activités de typologies diverses, aussi bien que l’importance et l’éparpillement géographique des bénéficiaires directs et indirects, l’application d’une méthodologie quantitative, de représentativité statistique, n’a pas été utilisable. Elle aurait nécessité une évaluation de plus long terme et de plus grande envergure. Il s'est agit par conséquent de fonder le repérage et l’analyse des informations sur la base d’une méthodologie de nature essentiellement qualitative avec l’établissement des principales tendances à travers la triangulation des informations. L’évaluation s’est appuyée sur plusieurs techniques de collecte des données et a utilisé différentes sources d’informations ou catégories d'acteurs. Ces méthodes et le croisement des données ont permis de vérifier la fiabilité des informations collectées. L'évaluation a également analysé quelques informations quantitatives disponibles notamment les données financières et les indicateurs de réalisations afin d’analyser l'efficience et l'efficacité du programme tout comme le degré d’exécution des activités.

L’évaluation a privilégié les méthodes suivantes :
La revue documentaire - Les consultants ont fait l’inventaire et l’exploitation des rapports et autres documents pertinents : les documents spécifiques aux programmes (plan d’activités, rapports d’étape, rapports de supervision), les documents de stratégies et de politiques nationales ainsi que les documents ayant trait au domaine analysé (études, rapports thématiques). La liste des ouvrages et documents consultés figure dans l'annexe 1 du rapport.

Les entretiens avec les institutions et personnes impliquées ou intéressées par les deux programmes - Les consultants ont eu des entretiens avec les principaux acteurs et partenaires au niveau national, régional et local: (i) la coopération suédoise Asdi, (ii) l’UNICEF, (iii) les PTF, (iv) les ministères et les directions nationales et régionales, les services publics, (v) les organisations de la société civile, les ONG internationales et nationales, (vi) les programmes et projets intervenant dans le domaine, (vii) les collectivités décentralisées au niveau région, cercle et commune (viii) les communautés de base, (ix) les groupes cibles. La liste des personnes rencontrées figure en annexe 3 du rapport.

Les études de cas et les visites d’expériences - Afin d’apprécier les méthodes d’intervention et les acquis du programme, les consultants ont visité quelques expériences en matière de protection des enfants et ont analysé les bonnes pratiques dans les domaines suivants : la lutte contre les pratiques néfastes, la lutte contre le trafic et le travail des enfants, l’enregistrement des naissances, la prise en charge et l’accueil des enfants vulnérables et des mineurs en conflit avec la loi. La liste des expériences visitées figure en annexe 3 du rapport.

Les focus groupes - Les consultants ont conduit des focus groupes auprès des enfants ayant bénéficié du programme afin de mesurer leur niveau de satisfaction et d’appréciation. Ils ont aussi mené des focus groupes avec les structures communautaires afin d’évaluer la pertinence et les acquis des interventions ainsi que leur appropriation. Ainsi, la mission a rencontré les comités locaux pour l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes, les comités locaux de surveillance pour la protection des enfants. La liste des focus groupe figure dans l'annexe 4 du rapport.

Le choix des zones d’enquête. La région de Ségou a été retenue pour la mission de terrain. Les critères sont outre la facilité d’accès, le fait qu’elle soit une région représentative des thématiques nationales en matière de protection des droits de l’enfant: une région avec des poches de pauvreté et de fort exode rural, une région attractive économiquement avec des pôles de forte utilisation de main d’œuvre (Office Niger, Zone cotonnière), une région de passage et de transit (risque VIH/SIDA et mendicité des enfants), une région avec de nombreuses écoles coraniques (enfants talibés), une région frontalière. De plus, la région de Ségou enregistre des expériences intéressantes (suivi de la situation des enfants, enregistrement des naissances, système de référence pour la prise en charge des enfants vulnérables). Elle connaît aussi une forte implantation des ONG et associations avec de bonnes pratiques et leçons à tirer. Afin d’avoir des éléments de comparaison, la mission a aussi choisi la région de Koulikoro comme autre zone test pour les entretiens avec les différents groupes d’acteurs (services techniques, collectivités décentralisées, société civile et personnes ressources). Elle y a aussi mené des visites d’expériences, des études de cas et des focus groupes. Le programme et le chronogramme de la mission terrain figurent en annexe 2 au rapport.

L'application d'une approche participative et formative. Les principaux acteurs et intervenants ont fortement été impliqués à chaque étape de l’étude : commentaires au cahier de mission, participation aux enquêtes de terrain, concertation entre différents groupes d’acteurs, atelier de restitution. Les consultants se sont attachés à tirer toutes les leçons apprises et à partager les enseignements des interventions, exercice qui a permis de renforcer les performances des acteurs et d’améliorer leur concertation.

Les contraintes Les consultants ont rencontré un certain nombre de contraintes : l’absence d’un système unique et cohérent d’évaluation des activités, la multiplicité des intervenants, le nombre élevé d’activités avec des typologies variées, l’éparpillement géographique des interventions et des bénéficiaires directs et indirects. De même, il n’a pas été aisé de reconstituer l’historique et la mémoire institutionnelle du programme vu la récente prise de fonction des personnes en charge du programme tant au niveau de l’Asdi que de l’UNICEF. Le groupe de référence prévu dans les TDR n’a pas été effectif ce qui a rendu plus difficile la concertation avec les différents acteurs et la restitution des résultats de l’évaluation.

Les points forts Les consultants ont été fortement appuyés et soutenus dans leur mission tant par Asdi que par l’UNICEF. De même l’ensemble des acteurs rencontrés sur le terrain a montré une grande disponibilité et écoute ce qui témoigne d’un certain intérêt pour la question des droits de l’enfant.

Findings and Conclusions:
Pour répondre aux exigences de la mise en œuvre de la Déclaration de Paris et de la Stratégie d’Assistance Commune pays, l’option d’un appui budgétaire direct au programme de protection des droits de l’enfant à travers le MPFEF aurait l’intérêt de favoriser une meilleure appropriation du programme, une plus grande imputabilité et responsabilisation des parties prenantes et une meilleure pérennisation des interventions. Toutefois compte tenu des constats émis, un appui budgétaire direct présenterait actuellement beaucoup de risques en termes d’efficience et d’efficacité, alors que la question de la protection des droits des enfants est une question urgente qui demande des réponses rapides, des réponses de qualité, des réponses multisectorielles, des réponses décentralisées et communautaires.

Un appui budgétaire direct nécessiterait des mesures d’accompagnement renforcées en termes de transfert de capacités, mise en place de procédures financières avec des outils et des mécanismes décentralisés appropriés, mécanismes de contrôle et de suivi-évaluation, mécanismes de coordination, et de concertation. Ces appuis ne pourraient se faire qu’à travers une agence d’exécution qui se présente comme une solution couteuse. De plus, la mise en place de cette structure d’exécution ralentirait la mise en œuvre des activités. Cette option a aussi le désavantage de constituer une structure parallèle avec une tendance à la substitution et à la déresponsabilisation des acteurs nationaux.

Le financement à travers l’UNICEF paraît présenter certains avantages dus à son expertise confirmée et à ses valeurs ajoutées. L’UNICEF présente une capacité de plaidoyer et de dialogue politique au niveau de l’Etat et d’interface entre les différents acteurs étatiques et entre l’Etat et la société civile. Elle offre des possibilités pour renforcer la multisectorialité avec les domaines stratégiques que sont la santé, l’éducation et la protection sociale, pour renforcer la synergie avec les autres agences des nations unies et avec les PTF en général. Le bureau régional UNICEF implanté à Dakar peut faciliter les stratégies sous-régionales en matière de protection des droits des enfants. L’UNICEF peut renforcer les interventions locales par des mécanismes de supervision et de suivi systématique que son implantation régionale et locale facilite. Elle offre une capacité de gestion financière transférable aux acteurs nationaux en termes de bonnes procédures de même qu’une capacité de mobilisation de ressources complémentaires pour le programme. Son expertise dans le domaine du suivi-évaluation est transférable aux acteurs nationaux pour le suivi et l’orientation des politiques nationales.

L’acuité des problèmes que rencontrent les enfants vulnérables du Mali, la pertinence du programme et ses résultats, de même que l’expérience reconnue et confirmée de l’UNICEF dans le domaine des droits de l’enfant militent pour une poursuite du programme dans ses formes et fonctionnements actuels. Mail il convient de mettre l’accent sur les approches programmatiques et les financements multi donateurs, de prévoir les mécanismes de transferts de compétences et de responsabilisation des acteurs dans une démarche de retrait progressif de l’UNICEF et d’appropriation du programme par les structures nationales.

Recommendations:
Asdi Compte tenu de l’acuité des problèmes liés à la paupérisation économique et à l’amplitude des problèmes sociaux, de l’insuffisance des PTF et des partenaires dans le domaine de la protection des droits des enfants et de la nécessité de consolider les actions entreprises, il est recommandé de : (i) poursuivre le financement du programme via UNICEF sur une période de 5 ans afin d’avoir des perspectives de long terme permettant des changements de comportements, asseoir les stratégies et avoir une approche programmatique, (ii) avoir une gestion plus décentralisée et suivie du programme, (iii) accroitre le plaidoyer auprès des autorités avec les autres PTF sur les aspects de protection des enfants et proposer la constitution d’un groupe thématique PTF droits de l’enfant, (iv) rechercher une meilleure complémentarité entre les programmes et interventions, en particulier la complémentarité avec les programmes GLD, (v) rechercher une meilleure compréhension et appréciation du contexte national, notamment le cadre institutionnel formel, mais aussi les pratiques socio politiques informelles et les données socio culturelles.

UNICEF (i) mettre en place des mécanismes plus probants de transferts de compétences, de responsabilités et d’imputabilité pour les acteurs nationaux, (ii) développer la stratégie de décentralisation et renforcer des réponses communautaires, (iii) améliorer le cadre institutionnel en appuyant le MPFEF dans ses missions régaliennes d’élaboration, coordination de la politique nationale de promotion des droits de l’enfants et en appuyant les acteurs sectoriels à jouer pleinement leur rôle dans un cadre harmonieux, (iv) renforcer la société civile dans son rôle d’exécutant de programme mais aussi de plaidoyer et de mobilisation sociale, faciliter l’accès aux financement et assurer la cohésion des interventions en partenariat avec les coalitions et coordinations des organisations de la société civile, (v) faire l’interface entre les différents acteurs étatiques et entre l’Etat et la société civile, (vi) rechercher la complémentarité des PTF dans une approche plus programmatique et intégratrice et proposer la constitution d’un groupe thématique PTF droits de l’enfant, (vii) poursuivre le plaidoyer et le dialogue politique au niveau de l’Etat, (viii) asseoir une meilleure intersectorialité avec les domaines stratégiques que sont la santé, l’éducation et la protection sociale et une meilleure synergie avec les autres agences des Nations Unies et avec les PTF en général, (ix) renforcer les approches sous-régionales en s’appuyant sur le bureau régional UNICEF, (x) transférer la capacité de gestion financière aux structures et acteurs nationaux en termes de bonnes procédures, de même que sa capacité de mobilisation de ressources complémentaires, (xi) transférer l’expertise dans le domaine du suivi-évaluation aux acteurs nationaux pour le supervision et l’orientation des politiques nationales, (xii) renforcer la politique de la famille et privilégier l’insertion familiale aux réponses institutionnelles, (xiii) conduire des recherches thématiques qui permettraient de mieux garantir les droits des enfants et de dégager de nouvelles stratégies, en particulier une étude l’abandon et l’adoption, une étude la famille au Mali, une étude sur la toxicomanie des mineurs.

MPFEF (i) élaborer une stratégie nationale de protection des droits de l’enfant et concevoir un plan national en précisant le rôle des différents acteurs et en utilisant des indicateurs d’exécution, et de résultats, (ii) renforcer le cadre institutionnel en jouant pleinement la mission de coordination concertation au niveau national, régional et local, (iii) mobiliser des ressources humaines et financières pour la protection des droits des enfants en utilisant le plaidoyer auprès de l’Etat et des PTF et en ayant des outils de budgétisation sensible au droits des enfants, (iv) insérer la question de la protection des droits des enfants dans le CSCRP et dans les projets sectoriels nationaux PRODEC, PRODESS, PRODEJ, (v) produire des outils et des mécanismes pour intégrer la thématique droits des enfants dans les projets de développement à la base, notamment les projets productifs en direction des femmes, (vi) produire un guide des bonnes pratiques en matière de protection des droits des enfants, (vii) conduire des études et recherches sur la famille, la pratique de l’abandon et les adoptions, la traite des femmes et des filles, le phénomène de la toxicomanie des mineurs.

Autres ministères sectoriels et acteurs étatiques (i) collaborer étroitement avec le MPFEF tant au niveau national, régional que local, renforcer le cadre de concertation, (ii) utiliser les indicateurs et le système de collecte/diffusion des données en collaboration avec le MPFEF et le CNDIFE, (iii) harmoniser les approches au niveau communal et communautaire, (iv) intégrer les aspects droits de l’enfant dans les projets sectoriels.

Pour le Ministère de la Santé : (i) faire de l’excision un problème de santé publique, (ii) lutter contre la pratique de l’excision dans les centres de santé, (iii) mettre en place les mécanismes de prise en charge des cas de complication et (iv) prévoir la gratuité de cette prise en charge.

ONG et société civile (i) rechercher la complémentarité des interventions pour maximaliser leurs impacts, (ii) valoriser les expertises et étendre les bonnes pratiques, (iii) renforcer le lobbying politique et le plaidoyer, (iv) intégrer la problématique de la protection des droits des enfants dans les projets à la base, (v) mettre l’accent sur la valorisation de la famille et l’insertion familiale, (vi) développer les réponses communautaire de prévention et prise en charge des enfants vulnérables en intégrant les orientations et directives nationales.

Collectivités décentralisées (i) insérer la protection des droits des enfants dans les PDESC, (ii) faciliter la coordination des interventions au niveau communal et communautaire, (iii) mettre en place des dispositifs de prévention et de prise en charge pour les enfants vulnérables, (iv) appuyer et renforcer les réponses communautaires, (v) faciliter la collecte et la diffusion des informations et données sur le droits des enfants, (vi) faire le plaidoyer auprès des autorités traditionnelles et religieuses notamment en ce qui concerne l’excision, les mariages précoces, les enfants talibés, (vii) prendre les mesures adéquates qui protègent les droits des enfants (délivrance des actes de naissances, célébration des mariages : lutte contre les mariages précoces).

Concernant les stratégies et approches

Développer une approche programme. Concevoir une politique nationale et un plan d’action avec des objectifs stratégiques et opérationnels, des modalités de concertation de collaboration, de synergie des acteurs nationaux et des partenaires techniques et financiers, mettre en place des mécanismes de supervision, de suivi-évaluation et de capitalisation des expériences.

Développer des approches intégratrices et multisectorielles. Intégrer la protection des droits des enfants dans les objectifs et l’analyse du CSCRP, dans les grands programmes sectoriels nationaux, dans les projets de développement et de réduction de la pauvreté, dans les PDSEC des collectivités décentralisées. Produire des outils d’analyse et de programmation à mettre à disposition des projets et programmes de développement et utiliser les indicateurs nationaux harmonisés pour mesurer les acquis.

Développer des approches holistiques. Analyser la problématique de la protection des droits des enfants selon une approche globale et multisectorielle, mettre en place des dispositifs qui intègrent en synergie les aspects prévention et prise en charge et qui prennent en compte le phénomène migratoire en faisant des liens entre zones de départ et zones d’arrivée.

Développer les réponses communautaires. Mettre au niveau communautaire un dispositif harmonisé de prévention et de prise en charge des enfants vulnérables, de limitation/contrôle de la migration des mineurs et de lutte contre les pratiques néfastes. Renforcer la concertation et le partenariat de tous les intervenants au niveau communautaire pour la protection des droits des enfants. Renforcer les liens familiaux et sociaux, suivre et encadrer les structures communautaires et rechercher avec les communautés les mécanismes d’auto fonctionnement et de pérennisation de ce dispositif qui doit s’intégrer dans les PDESC des collectivités décentralisées.

Développer des approches de renforcement de la famille. Conduire des recherches et affiner les analyses sur la famille malienne et certains phénomènes sociaux divorce, migration, monoparentalité, communication entre époux, entre parents et enfants. Renforcer le plaidoyer pour consolider la famille et les liens familiaux, développer des dispositifs de réinsertion familiale pour les enfants en rupture avec leur famille ou en conflit avec la loi.

Développer des approches sous-régionales. Renforcer les approches sous-régionales: analyse des phénomènes de vulnérabilité des enfants et des migrations sous-régionales, harmonisation du cadre juridique, échanges de bonnes pratiques, formation et renforcement des capacités, dispositif de prévention et de prise en charge.

Prendre en compte les enjeux nationaux. Les enjeux nationaux dans le domaine des droits de l’enfant ont été mis en exergue: un dispositif institutionnel complexe avec une pluralité d’acteurs étatiques et de la société civile et des contraintes afin d’instituer une réelle coordination des interventions, un cadre juridique marqué par une difficile application des lois et une faible connaissance des textes, un contexte économique caractérisé par une paupérisation et l’exclusion sociale de couches vulnérables dont les enfants, la dislocation des liens familiaux et des solidarités communautaires qui fragilisent les enfants, et un environnement socioculturel peu sensible au concept de droits des enfants. Ces différentes contraintes ont pu limiter les performances du programme et doivent être prises en compte dans les stratégies et approches à développer.

Prendre en compte la dimension socio culturelle. Le contexte socioculturel constitue un enjeu important aussi il convient de mener des études socio anthropologiques, de prendre en compte les données socioculturelles dans les activités de plaidoyer et de communication, de mieux mesurer les changements de comportements.

Encourager les recherches d’accompagnement et les diagnostiques régionaux. Il convient de mener des recherches d’accompagnement sur certaines thématiques et de conduire des diagnostiques régionaux périodiques afin de mieux cerner les spécificités régionales et mieux répondre aux besoins des enfants.

Associer les enfants aux interventions. Il importe de procéder à des évaluations périodiques de satisfaction des besoins des enfants afin de mieux comprendre leurs préoccupations et y répondre. Les enfants à travers le parlement des enfants, les associations et programmes en cours, doivent être formés pour participer aux activités de sensibilisation, information, communication en utilisant des méthodes adaptées à ce groupe.

Lessons Learned (Optional):
L’évaluation a mis en exergue les enjeux nationaux dans le domaine des droits de l’enfant à savoir : un dispositif institutionnel complexe avec une pluralité d’acteurs étatiques et d’organisations de la société civile, des contraintes afin d’instituer une réelle coordination des interventions, un cadre juridique marqué par une difficile application des lois et une faible connaissance des textes, un contexte économique caractérisé par une paupérisation et l’exclusion sociale de couches vulnérables dont les enfants, la dislocation des liens familiaux et des solidarités communautaires qui fragilisent les enfants et un environnement socio culturel peu sensible au concept de droits des enfants. Ces différents facteurs ont pu limiter les performances du programme et doivent être pris en compte dans les stratégies et approches à développer.
Le programme est pertinent et répond aux besoins d’une frange importante et vulnérable que sont les enfants du Mali touchés par les crises économiques et sociales. Le programme contribue aux Objectifs du Millénaire pour le Développement et à ceux du Cadre Stratégique de Croissance et de Réduction de la Pauvreté, mais celui-ci n’accorde pas suffisamment d’importance à la culture des droits et à l’interrelation entre pauvreté et droits des enfants. Vu l’intersectorialité de la question, une meilleure intégration de la thématique droits des enfants s’impose dans le CSCRP, mais aussi dans les grands programmes sectoriels nationaux PRODESS, PRODEC, PRODEJ.

La programmation des interventions a été effectuée selon le cadre de coopération Mali UNICEF 2003-2007, 2008-2012. Les études thématiques produites par le programme, les plans de travail annuels, les requêtes présentées par les services étatiques et les projets proposés par la société civile permettent de répondre aux priorités de la base et aux besoins des groupes ciblés, mais l’absence d’une stratégie nationale et d’un plan d’action national pour la protection des droits des enfants constitue une limite en termes stratégiques et opérationnels.
L’évaluation du programme en termes d’indicateurs d’exécution et d’impact par manque de cadre logique spécifique connait des faiblesses. La capitalisation des expériences doit être renforcée. Des études thématiques (abandon et adoption par exemple, dispositif pour la prise en charge des enfants talibés) et des diagnostiques régionaux sur la situation des enfants permettraient de mieux répondre aux besoins des groupes ciblés.

Le financement d’une durée de 5 ans a permis de palier la faiblesse du budget national consacré à la question du droit des enfants. Le MPFEF présente une faible capacité de mobilisation de ressources et reste très dépendant des ONG et des PTF dans ses orientations et ses activités. L’approche programmatique et multi donateurs sur certaines thématiques (enregistrement des naissances, lutte contre les MGF) ont favorisé une plus grande portée des interventions. Ces réussites doivent être considérées pour étendre l’approche programmatique à toutes les thématiques.
Le programme a renforcé de façon concomitante et en synergie d’action les différents acteurs étatiques et ceux de la société civile. Il a aussi privilégié un appui multiforme : institutionnel, programmatique, en renforcement de capacités et en logistique, favorisant ainsi des effets multiplicateurs et porteurs. L’accompagnement constant de l’UNICEF avec transfert d’expertise et suivi rapproché constitue une des valeurs ajoutées du programme et explique les résultats obtenus.

Les activités de plaidoyer et de CCC ont été conduites, mais leur efficacité et leur portée sont peu évaluées et nécessiteraient une meilleure prise en compte du contexte socio culturel. La polémique autour du code de la famille montre le décalage existant entre les différentes composantes de la société malienne et appelle à une analyse multidisciplinaire politique, économique, sociale, culturelle, afin de mieux maitriser les enjeux. Une approche stratégique et conceptuelle permettrait de mieux cibler les groupes, d’adapter les messages et les méthodes. Il convient aussi de mesurer les changements de comportements par des études ciblées auprès des différents groupes, ce qui permettrait de mieux orienter les interventions.

Les blocages qui se posent à l’amélioration du cadre juridique interpellent. Ils s’expliquent par la faible autorité de l’Etat et le dysfonctionnement de ses institutions et plus particulièrement celui de la justice. Ils reflètent les enjeux et tensions socio politiques que connait la société malienne. Le dialogue et la concertation sociale s’imposent de même qu’un renforcement des activités de plaidoyer auprès des décideurs au niveau national et communautaire.

Les collectivités ne sont pas associées de façon systématique et programmatique aux interventions en matière de droits des enfants, pourtant elles sont fortement impliquées pour la plupart des thématiques. Des expériences intéressantes existent « Commune amie des enfants » qu’il convient d’analyser et capitaliser. L’Asdi aurait pu assurer une meilleure synergie avec le programme gouvernance locale. Les ONG partenaires auraient ainsi pu conduire des interventions pour la protection des droits de l’enfant dans une approche de développement local.

Des réponses communautaires ont été suscitées par les différents intervenants (Etat, ONG) pour la prévention et la prise en charge des droits des enfants au niveau village. Ces réponses communautaires devraient renforcer les alliances et les partenariats au niveau local, s’articuler avec le développement des communes, permettre une meilleure utilisation des projets à la base, renforcer les structures familiales, les liens sociaux et les mécanismes solidaires. Le MPFEF devrait faciliter ces interventions locales tant sur le plan stratégique qu’opérationnel (outils pour la planification, la budgétisation, l’intégration des droits des enfants dans les interventions de développement).

La prise en charge des enfants vulnérables a connu des interventions porteuses, mais très parcellaires et limitées géographiquement. Une stratégie doit être mieux définie par une approche holistique, programmatique et ciblée par exemple pour les enfants talibés. Les acquis en matière de prise en charge des enfants infectés par le VIH/SIDA nécessitent d’être mesurés et évalués afin de redéfinir les stratégies et actions en direction de ce groupe. Les abandons d’enfants se posent avec acuité et semble en régulière augmentation; il importe de mieux maitriser ce phénomène. Les enfants doivent être considérés comme de véritables acteurs et contribuer de façon très participative aux interventions.

Les réponses d’insertion familiale doivent être privilégiées sur les réponses institutionnelles, ce qui nécessite une réelle politique de promotion de la famille reposant sur des analyses et études et avec des interventions adaptées de renforcement de la structure familiale. De nombreuses structures d’accueil se créent qu’il conviendrait de mieux superviser et évaluer afin de garantir les droits des enfants.
Il convient d’enrayer les phénomènes de paupérisation et de désinsertion sociale des enfants. Les mécanismes de prévention doivent s’inscrire dans la problématique de l’exode rural, de la génération des ressources, de la création d’emplois et d’amélioration des conditions de vie en zones rurales ainsi que sur la consolidation du cadre familial. L’articulation avec les programmes d’éducation et d’insertion professionnelle qui permettent de garantir les droits des enfants, s’impose.



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