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Il n’y a pas d’avenir dans la rue

Patrick MAPENDANO, âgé de 14 ans se  retrouve dans la rue. Il est en rupture totale avec sa famille. Il vit de menus travaux au marché d’Ibanda et aux alentours des magasins de Nyawera. Ses parents ayant divorcé, son père a strictement interdit à Patrick et à ses frères de rendre visite à leur mère. « Mes petits frères et moi avions l’habitude de rendre visite à notre mère. Les  voisins qui observaient cela, rapportaient a notre Père. A chaque retour de la visite chez notre mère, notre père nous fouettait à mort. »  Cette situation s’est aggravée lorsque le Père de Patrick a épousé une autre femme. L’entente n’était pas cordiale entre les enfants du premier lit et la nouvelle épouse de leur père. Pour se débarrasser de Patrick, la nouvelle maman l’a accusé  d’être à la base des malheurs qui se sont abattus sur la maison. Il était donc sorcier ! « Et là, je n’avais plus la paix. Raison pour laquelle j’ai jugé bon de quitter la maison. C’est ainsi que j’ai commencé à vadrouiller partout dans la rue. Là, je n’avais qu’un seul rêve, celui de bâtir ma vie grâce à la débrouillardise».
Mais vite, Patrick a découvert que la vie dans la rue n’était pas aisée. C’ était plutôt un combat pour la survie : «Dans la rue, je ramassais des bouts des bois et de braise que je vendais pour avoir un peu d’argent avec lequel je m’achetais des beignets et de la canne à sucre mais jamais je n’avais pensé à m’acheter des habits. Le soir je rassemblais des cartons et des sachets puis j’allais me coucher en dessous des containers. » Pendant ces moments d’errance, Patrick a fait la connaissance de plusieurs autres jeunes mais ce fut des rencontres fortuites sans lendemain. Il ne pouvait s’appuyer sur personne. Quand il tombait malade, il devait avec ses maigres moyens se soigner dans un centre de santé. Souvent, il ne respectait ni la prescription médicale, faute des moyens financiers, ni les rendez-vous de l’infirmier parce qu’il devait donner priorité à la survie.
Un las de cette vie de vagabondage sans lendemain sur, il s’est mis à pleurer. Un policier de passage à ce rond-point très fréquenté de Bukavu, pris de compassion et allé s’enquérir de sa situation. Apres avoir écouté l’histoire de Patrick, il l’a conduit au centre de PEDER. Le Centre PEDER [Amis de Jésus] existe depuis 1989. Son objectif est d’insérer les enfants en rupture avec la famille  dans le milieu socio-professionnelle. Chaque année, le PEDER encadre autour de mille enfants. En 2011, près de mille deux-cents enfants fréquentent ce centre. Parmi ces enfants, certains sont réinsérés dans le domaine scolaire, dans la répartition, il y a  ceux qui sont dans la réinsertion scolaire, d’autres  apprennent des métiers, certains s’initient à l’alphabétisation. Ceux qui sont encore dans la rue viennent pour se restaurer, se laver, trouver un peu de réconfort et de chaleur humaine  et repartent tous les jours.
Mapendano, lui a choisi de rester quelques temps au centre de PEDER car la rue était très dure pour lui. Il raconte son séjour dans ce centre : «« A mon arrivée à PEDER, on m’avait d’abord amené a centre d’hébergement mais, à cause des bêtises que j’ai commis, on m’a transféré ici à « l’industriel » après que j’ai reçu quelques coups de fouet en guise de correction. Dans ce centre, raconte-t-il, on nous donnait  de la bouillie au réveil. Apres quelques travaux, nous nous lavions. Et  vers midi, un diner nous était servi. Le soir, après le souper, nous dormions. Parfois, nous avions assez de nourriture qui nous permettait d’en manger encore le matin du jour suivant ! C’est une vie que je n’ai pas connu dans la rue. Nos encadreurs nous donnaient des conseils sur la manière de vivre hors de chez soi. Ils nous enseignaient comment prier. Nous avions plusieurs jeux pour nous distraire : le jeu de dame, le football, le basket et le volley-ball ».
Malgré cette ambiance chaleureuse et la sécurité que lui a procure le centre PEDER, Patrick est reparti dans la rue. L’appel de la liberté était plus fort que la sécurité. Pour Jean-Jean SAINZOGA, Psychologue au Centre PEDER, Patrick est dans la catégorie des enfants en rupture totale des liens familiaux, parce qu’il y a deux sortes d’enfants de la rue. Ceux qui sont en rupture totale des liens familiaux qu’on appelle communément ‘’Enfants de la rue’’. Ils  passent tout leur temps dans la rue. Mais Patrick continue à croire qu’un jour il va forger son destin. Il trouvera un emploi et fondera une famille. Cependant, il exhorte les autres enfants se trouvant dans la rue d’intégrer le centre PEDER : « le Centre PEDER existe et ceux qui ont l’intelligence peuvent sauver leur vie en le fréquentant  car dans la rue il n y a aucun avenir. »
Une histoire à caractère humain rédigée par les Enfants Reporters de Bukavu :
Yves Banyju,   Awa Bagula,   Ishara Shakirwa,     Hans Raphael Fumbagale

 

 
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