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Paralytique à l’âge de 16 mois, l’avenir de Fayila est assombri

La République Démocratique du Congo fait actuellement face à une épidémie de poliomyélite, une maladie virale invalidante qui est pourtant en voie d’éradication dans le monde. Le poliovirus sauvage qui cause la maladie attaque souvent le système nerveux, particulièrement les membres inférieurs des enfants en les rendant infirmes, et les muscles respiratoires des adultes, entraînant parfois la mort. Nous avons récemment croisé à Kalemie, chef lieu du district de Tanganyika, au nord est de la province du Katanga, une probable victime de la polio qui, à l’âge de 16 mois, a perdu tout espoir de marcher sur ses deux jambes.
Dans une case très modeste de la rue Cadastre du quartier Lukuga, au bord de la rivière qui porte le même nom, dans la cité de Kalemie, nous trouvons la petite Fayila Kambili, 16 mois, profondément endormie sur une natte, à côté de sa mère, Kyeusi Ngoy, qui nous accueille avec sympathie. Selon sa mère, cet enfant avait déjà commencé à marcher à 11 mois. C’est à cet âge là qu’elle fait un jour une forte fièvre. Sa mère l’amène au centre de santé du quartier pour un traitement médical. Et c’est depuis lors qu’elle ne marche plus. Elle est l’objet d’une paralysie flasque aigue (PFA) dont la cause exacte n’est pas encore déterminée. La mère de Fayila, une jeune femme de 30 ans, est perplexe et inquiète : « C’est depuis deux mois que des agents de santé sont passés ici prendre l’échantillon de selles de ma fille, et puis, plus rien. Je ne sais pas pourquoi mon enfant ne marche plus. On m’a dit que cela pourrait être dû à la polio, mais qu’il fallait attendre le résultat de l’analyse de l’échantillon de selles de l’enfant envoyé à Kinshasa ». Quand nous lui demandons si son enfant a été complètement vaccinée conformément au calendrier du Programme Elargi de Vaccination (PEV) de routine qui concerne tous les enfants de 0 à 11 mois, cette femme semi analphabète répond tout de suite par non. « L’enfant a été vaccinée dans les semaines qui ont suivi sa naissance, reconnaît-elle, puis elle n’a plus reçu de vaccins ». S’il se confirme que la paralysie de Fayila est due à la polio, cette enfant serait ainsi victime de la négligence et de l’ignorance de ses parents. La polio est une maladie évitable par la vaccination. Des milliers d’enfants qui deviennent infirmes pour la vie en perdant l’usage de leurs membres inférieurs sont victimes de l’ignorance ou de la mauvaise foi de leurs parents.
Dans certaines régions de la RDC, et particulièrement au Tanganyika, il y a des sectes magico-religieuses qui incitent leurs adeptes à ne pas faire vacciner leurs enfants pour diverses raisons. L’Etat et les communautés locales ne doivent pas laisser faire ces manipulateurs des consciences qui abusent de la naïveté et de l’ignorance d’une frange importante de la population pour exposer leurs enfants à des maladies évitables et à la mort. Les sectes réfractaires à la vaccination et à la modernité les plus en vues au nord du Katanga sont notamment les « Kitawala », les « Apostolo », l’Eglise des Noirs en Afrique, l’Eglise de Philadelphie, « Watch tawer bible and tract society temoins of Jesus Christ ».
Le prix de la négligence   
La mère de Fayila regrette aujourd’hui sa négligence. Elle  est contrainte, nous a-t-elle dit, d’abandonner ses autres activités pour s’occuper de son enfant qui ne sait pas se déplacer seule. Son mari, Kambili Luhange, est un agriculteur qui se bat pour la survie quotidienne de sa famille. La vie de Fayila est quelque peu brisée car un enfant qui perd l’usage de ses jambes pour le reste de sa vie perd plus de 50% de ses capacités psychophysiologiques. Kyeusi Ngoy, mère de Fayila, lance un appel pathétique aux gouvernants et aux personnes de bonne volonté pour qu’ils viennent en aide à sa famille qui est dans un état de dénuement total.
« Eduquer une femme, c’est éduquer toute une nation », dit un adage. Lorsqu’une femme est instruite, elle deviendra une bonne mère qui sait s’occuper de l’éducation et de la santé de ses enfants. Une mère instruite sait comprendre et respecter le calendrier vaccinal de ses enfants pour les protéger contre des maladies. Le  ministère congolais de la Santé estime à plus ou moins 600.000 le nombre d’enfants qui ont échappé en 2010 à la vaccination de routine en RDC. Ces enfants sont ainsi très vulnérables à la polio, à la rougeole, à la pneumonie, à la méningite, à la  fièvre jaune,….  

   

 

 
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