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Tanganyika : ces déplacés qui ont choisi de vivre en paix même dans la misère

Le village Miketo est situé à 35 Km au nord de la cité de Kalemie sur l’axe qui mène à Bendera, non loin de la frontière entre les provinces du Katanga et du Sud-Kivu. Miketo, ancienne base des esclavagistes du 19ème  siècle conduits par Tippo Tip abrite actuellement le plus grand des 5 camps des déplacés dans la périphérie de Kalemie, chef-lieu du District du Tanganyika, au nord de la province du Katanga. Les autres camps autour de Kalemie sont dans les villages Sango, Lukwenge, Mushaba et Lukwangulo.
A la fin avril 2011, on trouve à Miketo 4,548 déplacés regroupés dans 1,229 ménages qui vivent dans des huttes minuscules qui reflètent la précarité de leurs conditions de vie. Ils sont, pour la plupart, partis du Territoire de Fizi à l’extrême sud de la province du Sud-Kivu où ils subissaient régulièrement de graves exactions de la part des rebelles Hutu rwandais.
Ici la malnutrition est visible sur les corps des enfants dont la plupart ont des ventres bedonnants, des joues bombées, des pieds gonflés, …. En sillonnant le camp, nous y rencontrons Debloc Makangu, membre du comité qui coordonne ce camp. Il vit à Miketo avec son épouse et ses 6 enfants. Il nous confie : « Je suis parti de  la localité de Makungu (même nom que notre interlocuteur) avec ma famille et nous sommes installés ici depuis décembre 2010. Nous préférons vivre ici, dans ce dénuement, mais dans la paix, que de vivre au Sud-Kivu sous la menace permanente des Interahamwe qui pillent nos biens, violent nos femmes et nos filles et utilisent nos jeunes pour transporter leurs butins. Je ne compte plus rentrer au Sud-Kivu. Ici il y a la paix et la sécurité. Nous remercions les autorités qui nous ont accordé cet espace ». Le camp des déplacés de Miketo est approvisionné en eau potable par Médecins Sans Frontières (MSF) qui a reçu des bladders du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) pour prévenir l’épidémie de choléra. L’eau potable est  une denrée très précieuse dans cette région où le choléra est endémique à cause principalement de la consommation par la population de l’eau insalubre du lac Tanganyika. L’élimination du choléra dans le district du Tanganyika passe par l’approvisionnement en eau potable de l’ensemble de la  population. A Kalemie, la bataille de l’eau potable est sur le point d’être gagnée par les autorités provinciales du Katanga qui financent actuellement les travaux d’agrandissement de l’usine de traitement d’eau de la REGIDESO.
En parcourant le camp de Miketo, nous constatons qu’il y a des huttes vides. Debloc Makungu nous apprend que les occupants de ces huttes sont allés travailler dans les champs des autochtones de cette contrée pour survivre. Ils sont absents du camp pendant une à deux semaines pour cultiver dans les champs des habitants de Miketo, moyennant 500 Francs congolais (0,55 dollar us) par jour de travail. Ici, les enfants ne vont pas à l’école car la fréquentation scolaire n’est pas gratuite. Les déplacés qui se battent becs et ongles pour avoir leur nourriture quotidienne n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école. On trouve aussi dans ces camps de nombreux enfants non accompagnés de leurs parents dont ils ont perdu les traces. Ils sont pris en charge, pour les plus jeunes, par des ménages d’accueil parmi les déplacés. Les adolescents non accompagnés se prennent en charge eux-mêmes. C’est ainsi qu’il y a des chefs de ménages de 14, 15, 16 ou 17 ans. La Croix Rouge de la RDC et le Comité International de la Croix Rouge (CICR) mènent des recherches pour identifier et localiser les parents de ces enfants en vue de la réunification des familles séparées du fait des  conflits armés et de l’insécurité permanente.   (Par Norbert Tambwe/Réseau des Journalistes Amis des Enfants)

 

 
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