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Mamie Mwila : Le plaisir de convaincre les réfractaires à la vaccination !

Mamie Mukendi Mwila en plein entretien avec un parent refractaire à la vaccination.

« Pour moi, la communication est essentielle lors des vaccinations. Elle nous permet d’informer les parents et surtout de gérer les cas de résistances que nous rencontrons ». C’est en ces termes que s’est exprimée Mamichou Mukendi Mwila, animatrice communautaire depuis 12 ans. Nous l’avons rencontrée dans la Zone de Santé de Kikula,  district sanitaire de Likasi.
Likasi, ancienne Jadotville, est une ville montagneuse, située à 120 km de Lubumbashi, capitale de la province du Katanga. Dans cette ville, les Journée Nationale de Vaccination contre la poliomyélite  y ont  été organisées du 28 au 30 avril 2011, comme partout en République Démocratique du Congo.

Vacciner les enfants, est une chose, mais arriver à convaincre les parents réfractaires, en est une autre. Mais comment cette jeune mère de 3 enfants arrive-t-elle à persuader ces parents réfractaires à la vaccination ? Elle nous raconte : «J’arrive tous les jours  à 7h30 au bureau de la zone de santé de Kikula, où  j’exerce les fonctions de  superviseur chargée de la communication sociale. Quand j’ai commencé à travailler dans cette zone, je ne pouvais imaginer qu’un jour, je m’occuperai de la communication, car au départ, j’étais engagée comme infirmière-accoucheuse. Toutefois, je me souviens avoir bénéficié de plusieurs formations dans le domaine de la communication, sur financement de l’UNICEF en 2002».

En effet, après le lancement de la campagne, Mamie a été responsabilisée par son Médecin Chef de Zone pour gérer 15 cas de résistance dans l’aire de santé de Kaponona, ancien camp des ouvriers de la Gécamines, située à environ 10 kms du bureau central de la Zone de Santé Kikula. Après une longue marche à pied, nous voici arrivés  sur les lieux où nous apercevons une dame assise sur un  tabouret, avec un bébé dans les bras.

Et Mamie  d’introduire: « Jambo mama ….. Jambo sanaa. Habari ….Muzuri » avant d’expliquer sa raison d’être sur ces lieux. Avec son sourire habituel, Mamie amorcera un véritable dialogue avec la maman par un jeu de questions- réponses : âge de l’enfant ? Lieu de naissance ? Vaccins obtenus ?  En effet, la maman a un  bébé   de 9 mois, né dans un hôpital d’un village voisin, Fungurume.La maman soulignera que, son bébé, depuis que les vaccins lui  administrés à l’hôpital,  n’a plus été vacciné.  Son mari, lui aurait interdit de faire vacciner l’enfant et qu’elle ne pouvait le faire sans son accord ». Alors Mamie s’assoit à côté d’elle et se met à lui expliquer l’importance de la vaccination pour l’enfant :  « Nju ya ku kinga mwili ». «C’est pour protéger le corps et préserver la santé de l’enfant».

Mais la mère n’étant toujours pas convaincue, continue à refuser. Alors Mamie lui demande comment s’appelle son enfant : «Kendar», répond, la jeune femme. « Dieu seul sait si Kendar sera le futur Président de la République, voudrais-tu lui priver de cette chance et mettre sa vie en danger. S’il attrape la poliomyélite, il ne pourra plus marcher et sera totalement dépendant de toi. Est-ce, ce que tu souhaites pour ton enfant, que tu aimes ? ».  Emue, la jeune dame baisse la tête et répond par non. Mamie lui dit alors, qu’à l’hôpital, à la naissance, l’enfant avait été vacciné et que cela ne l’avait pas tué. Et qu’en acceptant de vacciner l’enfant une nouvelle fois, cela ne le tuera pas, au contraire… le vaccin va renforcer davantage l’immunité de  votre enfant.  «Si mon mari l’apprend, il se fâchera contre  moi », déclare t- elle d’une voix faible.

« C’est la vie de ton enfant qui est en jeu ! », lui répond Mamie. La jeune dame reste silencieuse, pendant un moment, puis lève le visage et parle cette fois-ci, fort, et déclare : « vaccinez-le ! Je sais ce que je dirai à mon mari ». Mamie sourit et l’embrasse en la remerciant, et demande aux vaccinateurs qui nous accompagnait, de vacciner l’enfant.

A quelques mètres de cette parcelle, 5 autres enfants n’ont pas été  vaccinés à cause du refus de leurs parents. Usant des mêmes approches communicationnelles, Mamie parviendra, à convaincre les mamans de vacciner leurs enfants. En une heure, elle a su convaincre les parents et gérer 11 cas de résistances.

« Nous savions que Mamie parviendrait à résoudre ces cas », nous a déclaré un  des  271 relais communautaires de cette aire de santé,  qui travaille sous la supervision de Mamie.
« J’aime ce que je fais,  mon métier me permet d’être plus proche des communautés, de parler avec elles, de savoir ce qui les préoccupent et surtout de les comprendre. Et comme elles me connaissent et que je les connais un peu, je parviens souvent à les convaincre et changer leurs comportements. C’est ça mon secret ! » a précisé Mamie.  «Et je souhaiterai que l’UNICEF appuie la formation en communication des prestataires, car ainsi renforcé dans ce domaine, nous aurons davantage de résultats dans les vaccinations de routine et cela permettra de ne plus rencontrer des cas de Polio virus sauvage en circulation dans notre pays ».
Mais ce travail n’est pas facile, car les distances à parcourir sont très longues, surtout à pied.

« Si l’on peut nous appuyer en moto, ce serait idéal car nous parviendront à récupérer d’avantage de cas d’abandons ».
Ainsi, grâce au concours de ces animateurs communautaires, le district sanitaire de Likasi a pu gérer les cas de résistances et vacciner près de 226.000 enfants de 0 à 59 mois, durant la première phase de la campagne de vaccination qui a eu lieu du 28 au 30 avril 2011 et même inciter  les parents à aller chaque mois avec leurs enfants  aux services de santé pour la vaccination de routine.  

 

 
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