Mamie Mwila : Le plaisir de convaincre les réfractaires à la vaccination !
Mamie Mukendi Mwila en plein entretien avec un parent refractaire à la vaccination. « Pour moi, la communication est essentielle lors des vaccinations. Elle nous permet d’informer les parents et surtout de gérer les cas de résistances que nous rencontrons ». C’est en ces termes que s’est exprimée Mamichou Mukendi Mwila, animatrice communautaire depuis 12 ans. Nous l’avons rencontrée dans la Zone de Santé de Kikula, district sanitaire de Likasi. Vacciner les enfants, est une chose, mais arriver à convaincre les parents réfractaires, en est une autre. Mais comment cette jeune mère de 3 enfants arrive-t-elle à persuader ces parents réfractaires à la vaccination ? Elle nous raconte : «J’arrive tous les jours à 7h30 au bureau de la zone de santé de Kikula, où j’exerce les fonctions de superviseur chargée de la communication sociale. Quand j’ai commencé à travailler dans cette zone, je ne pouvais imaginer qu’un jour, je m’occuperai de la communication, car au départ, j’étais engagée comme infirmière-accoucheuse. Toutefois, je me souviens avoir bénéficié de plusieurs formations dans le domaine de la communication, sur financement de l’UNICEF en 2002». En effet, après le lancement de la campagne, Mamie a été responsabilisée par son Médecin Chef de Zone pour gérer 15 cas de résistance dans l’aire de santé de Kaponona, ancien camp des ouvriers de la Gécamines, située à environ 10 kms du bureau central de la Zone de Santé Kikula. Après une longue marche à pied, nous voici arrivés sur les lieux où nous apercevons une dame assise sur un tabouret, avec un bébé dans les bras. Et Mamie d’introduire: « Jambo mama ….. Jambo sanaa. Habari ….Muzuri » avant d’expliquer sa raison d’être sur ces lieux. Avec son sourire habituel, Mamie amorcera un véritable dialogue avec la maman par un jeu de questions- réponses : âge de l’enfant ? Lieu de naissance ? Vaccins obtenus ? En effet, la maman a un bébé de 9 mois, né dans un hôpital d’un village voisin, Fungurume.La maman soulignera que, son bébé, depuis que les vaccins lui administrés à l’hôpital, n’a plus été vacciné. Son mari, lui aurait interdit de faire vacciner l’enfant et qu’elle ne pouvait le faire sans son accord ». Alors Mamie s’assoit à côté d’elle et se met à lui expliquer l’importance de la vaccination pour l’enfant : « Nju ya ku kinga mwili ». «C’est pour protéger le corps et préserver la santé de l’enfant». Mais la mère n’étant toujours pas convaincue, continue à refuser. Alors Mamie lui demande comment s’appelle son enfant : «Kendar», répond, la jeune femme. « Dieu seul sait si Kendar sera le futur Président de la République, voudrais-tu lui priver de cette chance et mettre sa vie en danger. S’il attrape la poliomyélite, il ne pourra plus marcher et sera totalement dépendant de toi. Est-ce, ce que tu souhaites pour ton enfant, que tu aimes ? ». Emue, la jeune dame baisse la tête et répond par non. Mamie lui dit alors, qu’à l’hôpital, à la naissance, l’enfant avait été vacciné et que cela ne l’avait pas tué. Et qu’en acceptant de vacciner l’enfant une nouvelle fois, cela ne le tuera pas, au contraire… le vaccin va renforcer davantage l’immunité de votre enfant. «Si mon mari l’apprend, il se fâchera contre moi », déclare t- elle d’une voix faible. « C’est la vie de ton enfant qui est en jeu ! », lui répond Mamie. La jeune dame reste silencieuse, pendant un moment, puis lève le visage et parle cette fois-ci, fort, et déclare : « vaccinez-le ! Je sais ce que je dirai à mon mari ». Mamie sourit et l’embrasse en la remerciant, et demande aux vaccinateurs qui nous accompagnait, de vacciner l’enfant. A quelques mètres de cette parcelle, 5 autres enfants n’ont pas été vaccinés à cause du refus de leurs parents. Usant des mêmes approches communicationnelles, Mamie parviendra, à convaincre les mamans de vacciner leurs enfants. En une heure, elle a su convaincre les parents et gérer 11 cas de résistances. « Nous savions que Mamie parviendrait à résoudre ces cas », nous a déclaré un des 271 relais communautaires de cette aire de santé, qui travaille sous la supervision de Mamie. « Si l’on peut nous appuyer en moto, ce serait idéal car nous parviendront à récupérer d’avantage de cas d’abandons ».
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