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Nouvelle croisade contre la malnutrition chez les enfants en RD Congo : la zone de santé de Kingabwa à l'avant-garde

© Photo Unicef / RD Congo
Centre de Santé Saint Kizito : Zone de Santé de Kingabwa à Kinshasa

La malnutrition est une de principales causes sous jacentes de décès par maladies infectieuses chez les enfants en RDC. La récente Enquête Démographique et de Santé (EDS) menée sur toute l’étendue du pays sur base de l’indice taille-pour-âge indique que 46 % d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique. Le Programme National de Nutrition (Pronanut) vient de commencer à Kinshasa la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie de lutte contre ce fléau, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef).

Le centre de santé Saint Kizito de la zone de santé de Kingabwa  est parmi les 8 centres et les 4 hôpitaux retenus à Kinshasa  pour la phase expérimentale de la mise en oeuvre de la stratégie de la « Prise en Charge Communautaire de la Malnutrition aiguë » (Pccma) initiée par le Pronanut. Kingabwa, dans la commune de Limete, est un des quartiers les plus pauvres et les plus insalubres de la mégapole Kinshasa. Situé au bord du fleuve Congo, ce quartier est marécageux. Lorsqu’il pleut, le déplacement des véhicules et des piétons y devient très difficile. Kingabwa a souvent été l’épicentre des épidémies de choléra qui ont sévit à Kinshasa. Ce n’est donc pas en vain que le Pronanut a retenu ce quartier qui est aussi une zone de santé  pour servir de test à la mise en œuvre de la prise en charge communautaire de la malnutrition aiguë chez les enfants. Cette stratégie consiste particulièrement à former des relais communautaires (sensibilisateurs) pour qu’ils détectent dans la communauté (quartier, rue, village,…) des enfants malnutris pour les orienter vers les centres de santé et les hôpitaux les plus proches afin d’y recevoir un traitement gratuit. Des médecins et des infirmiers ont reçu et continueront à recevoir une formation sur le traitement de la malnutrition aiguë sévère qui va désormais être intégré dans tous les centres de santé et hôpitaux de la RDC.

Une infirmière dévouée pour soigner des enfants malnutris : Mme Annie Ngombe est infirmière depuis 16 ans dont 10 au centre de santé (Cs) catholique Saint Kizito de la zone de santé Kingabwa et 6 au centre hospitalier Liziba de la même zone de Santé. Elle est parmi les 97 personnes (relais communautaires, infirmiers et médecins) qui ont reçu à la mi-mars 2009 à Kinshasa une formation appuyée par deux consultantes internationales de l’Unicef sur la détection et le traitement de la malnutrition aiguë sévère. Mariée et mère de 5 enfants dont 4 jumeaux, cette infirmière se pointe tôt au centre de santé Saint Kizito pour y attendre les enfants malnutris venus du Centre hospitalier Liziba ou orientés vers elle par des relais communautaires. Une quinzaine d’enfants maigrichons avec des côtes visibles, des pieds gonflés, des ventres bedonnants et des joues bombées pour certains d’entre eux, se présentent devant elle accompagnés de leurs de leurs parents (plusieurs mamans et un seul papa).  La plupart de ces enfants ont une mine triste et  maussade car ils ont perdu la joie de vivre. L’infirmière appelle ces enfants un à un pour procéder à leur pesée, pour mesurer la grandeur de leurs bras avec un périmètre bracal et pour mesurer leur taille. Se référant à leur âge, tous ces éléments (poids, taille et grandeur de l’avant-bras) lui permettent de déterminer le degré de gravité de la malnutrition dont souffrent ces enfants : malnutrition aiguë sévère avec complication, malnutrition aiguë sévère avec sans complication et malnutrition aiguë modérée. A ce sujet, elle nous explique : « Lors de notre récente formation, nous avons reçu l’instruction d’envoyer tous les cas de malnutrition aiguë sévère avec complications aux unités thérapeutiques intensives des hôpitaux. Dans les centres de santé, nous prenons en charge les cas de malnutrition aiguë sévère sans complication qui reçoivent gratuitement les médicaments aliments. Nous renvoyons à la maison les cas de malnutrition aiguë modérée en recommandant à leurs parents de les nourrir régulièrement avec le soya, le maïs et les arachides en pâte qui sont aliments très riches en protéines ».

Misère et malnutrition : Nous avons assisté à une altercation entre l’infirmière Annie Ngombe et Mme Christine Endenge, mère de Clémentine Mitela, une fillette de 2 ans pesant 7,6 kg qui est diagnostiquée comme atteinte de la malnutrition aiguë modérée. Sur la quinzaine d’enfants qui se sont présentés ce jour-là au Cs Saint Kizito, l’infirmière n’en garde que six qui souffrent de la malnutrition aiguë sévère sans complication. Il ont reçu chacun une bonne quantité de médicaments aliments et un rendez vous leur fixé pour une prochaine consultation au centre. Tous les autres enfants dont Clémentine Mitela sont priés de rentrer à la maison sans avoir reçu des médicaments aliments. La mère de Clémentine refuse alors de partir avec sa fille qui, selon elle, est vraiment souffrante et mérite de recevoir ces produits. Une autre infirmière s’est jointe à Annie Ngombe pour expliquer à cette maman que sa fille ne remplit pas les critères pour recevoir ces médicaments aliments, mais elle est restée catégorique en refusant de partir. L’infirmière est aussi ferme dans sa position. Abordée, Christine Endenge nous relate son calvaire : « Je suis mère d’un enfant de 4 ans que ne sais pas nourrir comme il convient. Mon mari m’a abandonnée depuis près de 3 ans. Il est parti faire du commerce dans une autre ville et ne fait plus signe de vie. La charge des enfants me revient à moi seule et je ne sais que faire ». En quittant le cantre de santé, nous l’avons laissée sur place.       Le seul papa qui a amené son enfant malnutris ce jour-là au Cs Saint Kizito s’appelle Justin Kayembe. Son épouse, nous dit-il, vient d’accoucher à la maternité Saint Bernard de Kingabwa. Il s’est vu obligé d’amener lui-même sa fillette Rachel Tshilanda au centre de santé. Agée de 5 ans et 3 mois, Rachel qui pèse 13,2 kg a complètement perdu la joie de vivre. Elle est retenue parmi les enfants souffrant de la malnutrition aiguë sévère sans complication. Ses joues gonflées et sa mine triste révèlent son état de malnutrition. Justin Kayembe, père de 4 enfants, reconnaît qu’il n’a pas d’emploi ni une autre source sûre de revenu. Il vit dans la misère avec sa famille.   Le Coordonnateur provincial du Pronanut de Kinshasa, Patrice Kabavulu, nous a expliqué que la malnutrition est la résultante d’une alimentation inadéquate due à des pratiques alimentaires inappropriées  et à la prévalence des maladies infectieuses et parasitaires qui se développent dans des conditions d’hygiène environnementale, individuelle et collective déficiente. Compte tenu du taux élevé de la malnutrition en RDC chez les enfants de moins de 5 ans, le Pronanut, nous a-t-il indiqué, a opté pour l’approche de la Prise en Charge Communautaire de la Malnutrition Aiguë sévère (Pccma). Pour la phase pilote ou expérimentale, 4 zones de santé de Kinshasa ont été choisies : N’Sele, Kikimi, Kingabwa et Selembao. Deux centres de santé et un hôpital général de référence sont retenus dans chacune de ces 4 zones de santé pour la phase expérimentale de la prise en charge médicale gratuite des enfants qui souffrent de la malnutrition aiguë sévère. La mise en œuvre de cette phase expérimentale est appuyée financièrement et techniquement par le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF). La mise en œuvre de la Prise en Charge Communautaire de la Malnutrition aiguë devra s’étendre à toutes les provinces et zones de santé de la RDC au fur et à mesure que le Pronanut recevra des moyens nécessaires.
[Par Norbert Tambwe Wediambulu, journaliste à l’Agence Congolaise de Presse (ACP)  et collaborateurs au quotidien « La Tempête des Tropiques » ]    

 

 

 
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