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Les Héros de Berlin

© Photo Unicef/RD Congo
Berlin, il aime aussi dessiner.

Il ne fait pas ses 14,5 ans.  Son prénom ? Berlin.  Tout un symbole !
Au moment de notre rencontre, ce garçon musclé de petite taille, a les pieds couverts de la poussière rouge de Matadi, cette grande ville portuaire où il vit.  On dirait que la croissance de Berlin s’est arrêtée quelque part dans sa jeune vie.  Ses pieds sont enfoncés dans des babouches en plastique jaunes, un peu trop grandes, communément appelées par dérision «Sauvons le Congo», car elles sont actuellement les moins coûteuses sur le marché dans toute la République Démocratique du Congo. Berlin pleure dès qu’il évoque ses parents disparus il y a 2 ans, emportés chacun à son tour par le Vih/Sida.  Berlin, lui, est en bonne santé et a été dépisté séronégatif. 
Cependant, sa vie d’orphelin n’a rien de facile.  «Mon oncle maternel, sans emploi, nous a recueilli chez lui avec ma grande sœur G. et mon frère J.  G. a tôt fait de fuir les mauvais traitements de notre oncle.  Quant à J., il s’est imporvisé «commerçant», faisant régulièrement la navette entre Matadi et Kinshasa.  Il ne fait rien de particulier pour m’aider.  Lorsqu’il s’arrête à Matadi, le temps d’écouler sa marchandise, J. demande simplement de mes nouvelles ».
Les injures, les coups, bref la maltraitance sont le lot quotidien de Berlin.  Il en porte d’ailleurs les stigmates dans sa chair.  «Mon oncle dit que je suis « sorcier », il n’hésite pas à me rosser copieusement dès qu’il en a l’occaion.  Souvent, Je suis la risée de ses 5 enfants.  Je suis le vilain petit canard, le souffre-douleur de la famille.  La femme de mon oncle, quand elle fait à manger, me donne les restes et les déchets, tandis qu’elle réserve les meilleurs morceaux pour son mari et ses enfants».
Dans cet enfer, les refuges de Berlin sont l’école et les jeux.  Comme les 41 autres orphelins et enfants vulnérables (OEV) inscrits dans le cycle scolaire normal ou dans les centres de rattrapage, il va tous les jours à l’école grâce à AMO CONGO (Avenir Meilleurs pour les Orphelins), une Ong soutenue par l’UNICEF, qui s’efforce de venir en aide à 153 OEV dans la province du Bas-Congo.
Dans sa classe de 3ème année primaire, Berlin rêve de devenir chauffeur.  Sans doute attiré qu’il est par le traffic intense dans cette ville de Matadi.  «A l’école, je m’applique tant bien que mal dans les branches comme le calcul et le français.  Mais j’aime aussi dessiner».
«Pendant mes rares moments de loisirs, j’imite « Goldberg », mon héros favori, parmi les catcheurs américains que je regarde parfois à la télévision».  Sauf que son catch à lui, se déroule sur le ring de la lutte pour la survie, dans la rue.  Il lui faut alors déployer ses biceps pour dénicher partout où c’est possible, la ferraille rouillée qu’il ira revendre, avec ses camarades chez « Mr Rambo », qui la rachète à un vil prix pour les besoins d’une fonderie de Kinshasa.
Quand il le peut, Berlin s’empresse d’aller au marché de la place Damar où, moyennant 50 Fc, il peut jouer au Nitendo pendant 5 précieuses minutes chez un marchand de rêves.  Là aussi, comme Goldberg, les héros virtuels de Berlin sont tous gagnants, comme lui. (Bibiane Ambongo.)

 

 
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